‹ Cultes, mythes, et religions (volume 3)Chapitre 329 sur 345 · Cest le fameux caviar de la ceDsure russe · texte numérisé non relu

Cest le fameux caviar de la ceDsure russe

des livres exposait à des enquêtes dont les conséquences pouvaient être graves. L'Inquisition nommait des revisores de iiôros, autorisés à entrer dans toute bibliothèque privée, dans toute librairie ; naturellement, ces individus abusaient de leurs fonctions pour extorquer de Targentaux libraires. Les arrivages de l'étranger étaient Tobjet d'une surveillance si vexatoireque les navires évitaient les ports espagnols; on fouillait partout, dans les ballots de marchandises, dans les tonneaux, pour découvrir des livres prohibés. Les éditions de la Bible en langue vulgaire inspiraient une terreur particulière; non seulement l'index de 1G40 les prohibe, mais il interdit les extraits, les résumés d'histoire biblique; la Bible figure à côté du Coran et d'autres livres islamiques parmi ceux dont les possesseurs doivent être dénoncés à l'Inquisition.

Les œuvres des arts plastiques et même les produits industriels n'échappaient pas au zèle inquisitorial. En 1G49, la Suprema prohiba l'usage des rasoirs et des couteaux dont les manches portaient des images du Christ, de la Vierge ou des instruments de la Passion. Les Caprichos de Goya furent poursuivis en 1803; il fallut l'intervention de Charles IV pour sauver l'artiste. Le 2 octobre 1815, la Suprema approuva un décret du tribunal de Madrid ordonnant à tous les coiffeurs d'enlever de leurs devantures les bustes en cire de femmes décolletées; le mouchoir de Tartufe ne suffisait pas à l'Inquisition.

Alque utinam his potius nugis iota illa dedisset Temporal,,.

En somme, de quelque point qu'on envisage son action, rinquisition a été le tléau de l'Espagne et les milliers de faits particuliers classés avec tant de soin par M. Lea rendent cette conclusion de plus en plus évidente. Il n'y a pas, dans l'histoire, d'exemple plus frappant des méfaits de l'oppression théocratiquo; elle ramena un des plus beaux^^vs du niuiide à -UfTetat voisin de la barbarie. « Si quoiqu'un, dans la postérité, ose jamais dire que dans le siècle où nous vivons, les peuples de l'Europe étaient policés, on vous citera pour prou-

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vop qu'ils étaient barbares, et l'idiîe que l'on dura de vous est telle qu'elle flétrira votre siècle et portera la haino sur tous vos contemporains. » Ainsi parlait Montesquieu aux inquisiteurs d'Espagne et de Portugal ; ces lignes vengeresses pourraient servir d'épigraphe à la grande œuvre de l'historien de Philadelphie.

Dans le quatrième et derniiu' volnme de col ouvriige, M, Lea poursuit d'abord la revue des divers domaines où s'exerçait la police de l'Inquisition. Dure à l'hérésie, elle ne le fut qu'un peu moins au mysticisme. Comme l'Inquisition pontificaleavait poursuivi les Froticelles, l'Inquisition espagnole sévit contre les Illuminés qui, forts de leurs relations directes avec Dieu, se croyaient impeccables et échappaient à la discipline de l'f^glise. Illuminés [alumbrados) et quîétistes (rfe/'arfos) furent, par ce motif, souvent confondus avec les protestants. C'étaient d'ailleurs, h. peu d'exceptions prts, des faibles d'esprit ou des imposteurs, parmi lesquels se glissèrent nombre de voluptueux qui cherchaient dans l'exaltation mystique un prétexte à des débauches raffinées. L'Inquisition s'en inquiéta dès la (in du w" siècle; en 14i)8, Francesco de Vil lalobos se plaint àes atuminndos . secte qu'il croit d'origine italienne; « ils doivent, dit-il, être ramenés h la raison par les verges, la prison, le frtiid et la faim. « Vers l.'i21, les inquisiteurs procédèrent contre les mystiques de Guadalajara el de Pustrana. dont beaucoup étaient afiiliés aux Franciscains. Dès cette époque, les abus sexuels encouragés par le mysticisme prennent une place importante dans les procès inquisitoriaux; ainsi Friincescu Hernundez, se disant fiancée du Christ, avoua qu'elle partageait volontiers son lit avec les hommes de sa secte. Un de ses amants affirmait que le voisinage de Francesca l'affranchissaitde toute tentation, qu'il ne sentait pas, même lorsqu'il la caressait et l'embrassait, l'aiguilton de la chair. Ce même mystique opinait que les dévots

1, Aoalpe du luino IV.

des deux sexes devaient s'embrasser tout nus, car a c'est Tintention qui compte, non le vêtement ».

Au milieu du xvi® siècle, llnquisition avait l'œil ouvert sor ces folies ; sainte Thérèse elle-même aurait été plongée dans un couvent et réduite au silence sans l'intérêt que lui portait le roi Philippe II. Cette haute faveur et la prompte canonisation de Thérèse n'empêchèrent pas ses Conceptos del Amor divino d'être mis à Tindex. Toutefois, l'attitude de l'Inquisition fut longtemps hésitante à l'égard de ceux qui, se disant et se croyant inspirés, mettaient en cause le Saint-Esprit, troisième personne de la Trinité. Comment nier la possibilité de cette intervention? Comment reconnaître ce qu'y pouvait ajouter la malice du démon ou celle des hommes? « Découvrir rhérésie dans le mysticisme, écrivait le dominicain Alonso délia Fuente, c'est chercher des paillettes d'or dans du sable ». La croisade contre les mystiques, commencée par cet inquisiteur en 1570, eut pour adversaires naturels les Jésuites, qui ne pouvaient condamner ni les Exercices spirituels de Loyola, ni les auteurs d'écrits édifiants qui, dans la même voie, allaient un peu plus loin que leur maître. Alonso moorut, disgracié, dans un couvent. Mais la Suprema ne se découragea point; quinze alumbrados, dont neuf prêtres, parurent dans l'autodafé du 14 juin 1570 et furent sévèrement châtiés. A diverses reprises, au début du xvir siècle, on traita sans nuMiageniont les mystiques de Séville. en particulier certains confesseurs ijui enseignaient des obscénités à leurs pénitentes ; mais aucun de ces délinquants ne fut condamné au feu.

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La Papauté ne commença à s'inquiéter sérieusement que lorsque Miguel de Molinos, devenu confesseur et directeur de conscience à Rome (!()()")), enseigna une sorte d'hypnotisme spirituel qui tendait à rendre inutiles et même blâmables les œuvres extérieures dont l'Église tirait puissance et profit. Cette fois, ce furent les Jésuites qui conduisirent l'attaque (1678). Molinos fut incarcéré par rinquisition

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■■romaine (l(j85)et condaintié deux ans apii\sii la prison peritûliiello, avec port du sandfnito. Viw bulle d'Innocent XI ( I (iSH) spécifia les GS propositions condamnées de Mol i nos; c'était la rupture di^iinitive de l'Ëglise avec le mysticisme, qui mettait en péril non seulement l'autorité de la hiérarchie, mais ses finances. Dès lops, la persécution se déchaîna contre les molinistes; en 1724 encore, à Palerme, une héguine et un moine, qualinés du molinistes inipënilentt;, furent brûlés vifs. Il faut dire pourtant que des ctuUiment!; aussi cruels furent rarement infligés pour cette cause; on lus reservait, en Espagne, aux judaïsanls.

Encouragée par l'exemple de Uorac, l'Inquisition espagnole procéda avec rigueur contre les molinistes. llnévi)que, Toro d'Oviedo. dénoncé par les Jésuites, fut envoyé à Rome, jugé, déposé et condamné ù la réclusion perpétuelle; sa confession renferme des détails si scabreux que M. I.ea les a laissés en latin. Un moliniste, Juan deCausadas, prébenduiru de Tud61e, fut bnïléà Logrofio; son neveu, carme déchaux, expia ses fautes par tOO coups de fouet, dix ans de galères et la prison perpétuelle (1729). Jujin de la Vega, provincial des Carmes, fit cinq enfants k une nonne mystique qui les étoulTa à leur naissance et, dénoncée, mourut en subissant la torture. Mais, à celte époque (1739), l'attenfion de la Suprema se détourna des molinistes et autres mystiques ; elle commença & les qualifier dV/ziAws/eros (imposteurs) et A'ilttsos (trompés) et à les traiter comme des escrocs ou des imbéciles, c'est-àdire avec une indulgence relative. En 17Sa, une femme surnommée la Santa fut simplement envoyée à l'hôpital des fous par le tribunal de Valence; rini[uisition devenait rationaliste ! Les imposteurs, très nombreux dans les deux sexes — la profession de ôeata rf.velandera étant aussi fructueuse que facile — restaient passibles du fouet et de la prison ; une moliniste impénitente, Iteala Oolorcs, fut même brdlée en 1781 ; mais comntent réfréner la crédulité populaire dans im pays atTolédesuperstilion,oiisainleriii'Tèse. Marie ilAgri'da cl liuit d'autres démentes avaient joui de la faveur dc^ rois et reçu les féUcitation8despapes'?L'lnquisition0lle-môme n'y réussit pas.

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Un orime fort n^panda, qni oecapa beaneoiqp Im mqnitaon, eft la toUeitalio ad ^r/ria. Si un eonfanmir s'en raidait eoopableeaTafaiiiie pteitMite, eUe^ffaitarerlirlli^^ rition, qui sévitiait eontre le eoiifeaBeor. La c soUfeitatioii • était d'autant plna fréqnmte qa'cm n'avait pas «u»re imar giné rédieole appelé eonfesaionnal. On on ordonna TiHage Tera le milien dn xvi* aiicle; mais llnqnisition, jnaqn^ lafin dn xni*, dot intormiir à maintes reprises pour le faire fwévar loir à titre exclusif * Les railleries des prolestants décidèrent nnqairition à {ur^idre en main les aflaires de soUieitaticm, jugées avec trop d'indulgence par les cours ^iscopales; dUe y fut encouragée par Pie IV (1561). Les tribunaux ecclésiastiques résistèrent naturellrânent à cet impiètement des inquisiteurs; le motif allégué par ceux-ci, c'est que la sollicitatimi implique un abus du sacrement de la conf enion et, par suite, une suspicion d'bârésie. L'argument était bon, mais dangereux, car, lorsqu'il n'y avait pas confession, la foute, quelque dégoâtante qu'elle fût, n'était pas considérée comme grave; en 1580, l'Inquisition décida même que les confesseurs ne devaient pas être inquiétés pour des propos ou des actes indécents s'ils affirmaient n'avoir pas eu rintention de faire communier leurs pénitentes. Beaucoup de probabilistes déclaraient que Tacte d'embrasser une femme, de lui prendre les mains ou les seins, etc., constituait un péché véniel, non mortel, tant dans le confessionnal que dehors. En 1743, il y eut à ce sujet une savante controverse entre les Jésuites et les rigoristes : que penser des tatti mamillari^

En général, pour ces faiblesses de la chair, l'Inquisition se montra plutôt indulgente. Elle ne poursuivait guère qu'en cas de récidive ; l'accusé n'était jamais torturé quand sa faute n'était pas compliquée de molinisme; condamné, il s'en tirait d'ordinaire avec quelques coups et l'interdiction de confesser. D'autre part, les femmes sollicitées hésitaient à se compromettre, à venir raconter, devant un tribunal de moines, les sales tentatives dont elles avaient été l'objet. Pour surmonter

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cette répugnance, la Sv/'i-ema (il môme un devoir aux coufesseurs, sous peine d'excommunication, de refuser l'absolution h des pénitentes qui avouaient «voir été sollicitées par un autre, à moins qu'elles ne dénonçassent te coupable au Saint Office. Un cas particulier est celui de la sollicitation passive, quand les premiers pas étaient faits par la pénitente. Si le confesseur résiste, écrit Paramo, il doit dénoncer la femme; s'il cède, il doit encore la dénoncer et se dénoncer lui-même, ou, mieux, consulter le pape comme sur un cas réservé. Les archives espagnoles ont gardé le souvenir de nombreuses affaires où la sollicitation se compliquait de sévices lubriques infligés sous prétexte de pénitence; malgré la réserve que s'impose M. Lea. il a dû parler des moines ia/ici/(7/i(es y/lar/rlantes, qui se multiplièrent vers la fin du xvin' siècle. Plusieurs de ces délinquants étaient septuagénaires : l'un d'eux, dénoncé en 178(î, avait 80 ans !

Indulgente h. lexcès pour la sollicitation, l'Inquisition le fut moins quand elle s'avisa de punir les paroles n suspectes d'hérésie » que la délation, devenue une plaie de l'Espagne, lui rapportait. Dire que le mariage est aussi bon ou vaut mieux que le célibat, ou que la fornication n'est pas un péché mortel, étaient des propos qui pouvaient ruiner un homme. A l'autodafé de Séville (1559), trois hommes et une femme reçurent cent coups de fouet pour avoir, dans une conversation privée, aventuré la seconde de ces opinions. On trouve k Séville, en 1562, 10 cas do ce genre et 19 en 1565,tous punis de "peines corporelles sévères. A Tolède, de 1575 à lUlO, 264 individus furent chAtiés pour des écarts de langage. Cette rigueur porta ses fruits; au xviii" siècle, les dénonciations deviennent rares; pourtant, il y eut encore une poursuite intentée de co chef on 1818. A moins de ne parler que de choses banales et de parler le moins possible, on risquait toujours d'être dénoncé par un familier de l'Inquisition ; tout homme, dit M. Lea, se sentait comme sur le bord d'un abîme et devenait

non seulement réservé, mais renfrogné. Les professeurs étaient particulièrement surveillés; on se servait contre eux des notes hâtives prises par leurs élèves. Très souvent aussi, on molesta des prédicateurs, dénoncés par un auditeur malveillant. Toutefois, quand les délits de parole, vrais ou supposés, n'impliquaient ni judaïsme, ni molinisme, ils étaient punis sans cruauté; la torture et la peine de mort ne furent jamais appliquées.

L'affaire était plus grave quand il y avait suspicion de sorcellerie. L'Inquisition romaine n avait pas inventé ce crime; mais, en le poursuivant avec la dernière violence, elle avait affolé les populations et fait naître des essaims de sorcières un peu partout. A son exemple, les tribunaux civils, au xvr et au xvii*^ siècle, se livrèrent aux plus extravagantes cruautés. On sait que des statistiques dignes de foi évaluent à cent mille le nombre des femmes qui furent brûlées en Allemagne au xvii^ siècle. En 1609, Henri IV envoya une commission pour délivrer des sorcières le Pays de Labourd ; en quatre mois, on en brûla une centaine. L'Inquisition espagnole prit en main les affaires de sorcellerie vers la fin du xvr- siècle, sous prétexte que l'intervention du Diable au sabbat motivait la sienne; elle acceptait ainsi la doctrine imbécile des (( pactes », formulée en I3Î)S par l'Université de Paris. Kn t]spa,fi:iie (U)inine ailleurs, les p()ursuit(\s exercées par rincpiisition ne firent qu(* confirmer et propager la croyance populaire à rint(M'venlioii du Diable; loin de combattre des superstitions absurdes, elle leur prêtait ainsi son autorité. Dans ces conditions, on peut dire que la sorcellerie fut alimentée et répandue par b^s procès d(^ sorcellerie. Les astrologues furent éi^alcMnent rcM'Iierebés connue bén'^tiques, parce que leurs |)réteiitionsniettai(Mit en péril le libre arbitre. Mais, envers les astroloirues eonune envers les sorcières, rhKjuisition espagnole se montra beaucoup moins rigoureuse (}ue les tribunaux séculiers. On n'usail pas do la torture et la peine de mort était rarenuMît aî)pli(piée. Même les sorcières qui étaient censées avoir renonce» au cbristianisme et renié Dieu pour le Diable, furent bien moins souvent brûlées qu'ailleurs. «Aucun pays plus que

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l'Espagne, écrit M. Lea, n'était exposé à la contagion de cette folie ; si elle a été réprimée et rendue relativement inodensive, cela est dû à la sagesse et à la fermeté de l'Inquisition )) (p. 20(5). Voilà, après tant d'accusations trop fondées, un bel éloge. Dès le début, la Suprema montre une certaine tendance à considérer le sabbat comme une illusion ; il fallait pour cela quelque bon sens et quelque courage à l'époque où Léon X et Adrien VI faisaient massacrer des sorcières par centaines dans les vallées lombardeset vénitiennes. L'inquisiteurenvoyé en Navarre (1538) reçut pour instruction de ne pas écouter les clameurs du peuple, qui réclamait à grands cris des bûcliers, mais de se garder avec soin des fraudes. Il est certain que la Suprema a sauvé beaucoup de malheureuses que les tribunaux séculiers voulaient condamner au feu. Assurément, cette sagesse était précaire; il y eut une recrudescence de crédulité au début du xvu'- siècle; mais le bon sens et le scepticisme reprirent bientôt leurs droits, grAce surtout au bon inquisiteur Salazar, dont le nom mérite d'être retenu et respecté. Du reste, l'Inquisition romaine, comme celled'Espagne, hésitait, dès 1(130, à brûler des sorcières, sans pourtant contester d'aucune manière la croyance en la sorcellerie, qui fait partie intégrante de l'enseignement catholique. En 1743 encore, le pape Honoît discute la question de savoir si une sorcière, terrifiée par des menaces et des coups, commet un crime nouveau en transférant à un bœuf le sort qu'elle a jeté sur le (ils d'un homme qui l'a battue; il conclut que c'est bien un second crime ajouté au premier. Le même pape admet aussi sans hésiter l'existence des incubes et des succubes; il croit que les démons, en s'accouplant aux hommes et aux femmes, peuvent produire des rejetons. Ainsi, en Italie et en Espagne, la pratique fut plus éclairée que la doctrine. Peut-on en jeter le blAme sur l'Église romaine lorsqu'on voit le protestant Sir William Blackstone affirmer, en Angleterre, que « nier l'existence de la sorcellerie, c'est contredire la parole révélée de Di(nr? » (177;)). Cet Anglais avait raison, puiscpi'il est écrit dans la Bible : « Tu ne laisseras pas vivre une sorcière ». Pour que l'Europe fût débarrassée des procès de

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sorcellerie, il a fallu que la Bible cessftt d'être un livre inspiré, ou que ceux qui continuaient à la croire telle fussent mis dans Timpossibilité de commettre des crimes en son nom.

« Joseph de Maistre, dans sa profonde ignorance de Tinquisition, émit la théorie que c'était une institution purement politique. Les apologistes, Hefele, Gams, Hergenroether et autres, ont développé à Tenvi cette thèse afin d'atténuer la responsabilité de l'Église, oubliant qu'ils y ajoutaient encore en admettant que, durant trois siècles, le Saint Siège aurait pu approuver un tel abus de l'autorité qu'il dél^^ait » (p. 248). Même quelques historiens prot^tants, comme Ranke et Maurenbercher, ont opiné dans le même sens. M. Lea est d'un avis tout opposé. Il y eut, dit-il, simple coïncidence entre le développement de l'Inquisition et celui de l'absolutisme en Espagne; ce sont des faits parallèles, mais indépendants. Assurément, les souverains espagnols se servirent parfois de l'Inquisition dans leur intérêt, surtout dans celui de leurs finances ; mais ce qui doit étonner, c'^t qu'ils n'en aient pas usé davantage. Il n'y a rien de pareil, dans rhistoire de l'Espagne, aux procès des Templiers, de Jeanne d'Arc, de Gilles de Rais, de Savonarole, où Tlnquisitîon fut employée par les princes pour les débarrasser de personnages hostiles ou gênants. L'exemple le plus remarquable d'un pareil abus en Espagne est l'histoire du favori de Philippe II, Antonio Ferez, contre lequel le roi irrité déchaîna le Saint-Office ; mais, comme le montre le récit détaillé de M. Lea, l'Inquisition affecta beaucoup d'indépendance dans cette affaire et se préocupa de ses intérêts plus que de ceux du roi. L'avènement des Bourbons resserra le lien entre l'Inquisition et la Royauté; tout manque de loyalisme envers le roi, de la part d'un prêtre, tomba sous les coups de l'Inquisition qui tendit à devenir, au xviii® siècle, le plus puissant soutien de la monarchie. Cette soumission d'un tribunal ecclésiastique au pouvoir temporel fut même

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