‹ Cultes, mythes, et religions (volume 3)Chapitre 330 sur 345 · I.SQIJISITI0N riESi'ACSK K · texte numérisé non relu

I.SQIJISITI0N riESi'ACSK K

un des argumenta allégués devant les Cortès de Cadix pour la suppression do Tlnquisition. Sous la RestauraUon, elle fui surtout une « haute police m au service des passions réncUonnaires. Lorsque les portes de la prison de l'Inquisition à Sèville furent entonrées par la foule, le 10 mars 1820, les trois détenus qu'on en lit sortir étaient des prisonniers politiques. Ainsi, il est bien vrai que l'Inquisition, de purement religieuse qu'elle était, finit par devenir politique ; mais l'évolution qu'elle accomplit suffit i prouver que son caractère primitif était dilTérenl.

On s'étonne de voir intervenir l'Inquisition, au xvi' et au xvti" siiVcle, pour prohiber l'exportation des chevaux, sous prétexte qu'ils pouvaient être vendus aux Infidèles, contrairement aux canons du troisième Concile de Latran. Plus singulier encore est le rôle qu'elle joua en IG27, lorsque l'altération des monnaies et l'introduction des pièces de mauvais aloï en Espagne eut jeté le désarroi dans les finances. L'importation de ces monnaies fut un instant assimilée à l'hérésie, punie du brteberetde la confisenlion. Mais Urbain Xlll refusa d'autoriser cet abus du glaive spirituel et Philippe IV dut bientôt rendre aux tribunaux séculiers la connaissance des crimes monétaires et fiscaux.

L'Inquisition d'Espagne, au cours de sa trop longue existence, annexa bien d'autres provinces h ses domutncs. Elle poursuivit le jansénisme, considéré comme l'ennemi de l'ultramontanisme et, par suite, de la suprématie des papes; 1» franc-maçonnerie, condamnée par la bulle fn emiwiiti de 1738, objet d'un décret sanguinaire du cardinal-secrétaire d'^!)tat (1739); le philosophisme, comprenant, bien entendu, l'athéisme ; la bigamie, impliquant une survivance des mœurs juives ou musulmanes, punie des galères h temps et de cent à deux cents coups de fouet'; le blasphème, où l'on s'applique h distinguer ce qui a saveur d'hérésie do ce qui

I. Le hi^ros des proct* Je Iii|;«mie fui aa certalu Anloaio Je Valltulollil (I5T9;, qui a>oua avoir épitust qiiln» tcuimea eu ilix sut; it reçut tOD coups de louet et fut coadamui aux (jvl^rei i perpétuiLt.

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est seulement grossier ou inconvenant; le mariage des prêtres, l'usurpation du costume sacerdotal (surtout en vue de confesser des femmes et de leur poser des questions indécentes) ; la possession démoniaque et la simulation de la possession, jugée plus grave que la possession elle-même; rinsulte aux images ; Tabus des saints non canonisés; les propos contre l'Immaculée Conception ; la sodomie, Tusure, la violation du secret de la confession, etc. En toutes ces matières, si rinquisition d'Espagne se montra indiscrète en se mêlant de ce qui ne la regardait pas, il faut avouer qu'elle ne fut pas féroce et qu'il valut toujours mieux tomber entre ses mains qu'entre celles des juges séculiers ou même des inquisiteurs romains. M. Lea a cité de nombreux exemples de cette mansuétude relative. Alors que Rome prononçait la peine de mort non seulement contre les francs-maçons, mais contre quiconque louait un immeuble à la maçonnerie, l'Inquisition se contenta généralement de les bannir. Saint Louis châtiait les blasphémateurs avec une cruauté que l'Inquisition espagnole n'imita jamais. L'infamie de la condamnation du chevalier de La Barre n'a pas d'analogue dans les annales de la Suprema; un jeune homme de Madrid, qui avait fait bien pis en 1720, s'en tira avec 200 coups de fouet, cinq ans de galères et huit ans dVxil. Dans h\s allaires de poss(\ssion, l'Inquisition fut toujours (lis])osé(^ h adniottro Tiniposture et à prohiber les stupidcs ])i'ati(|ues d'(\\oi'cisnie. Enfin, quelque funeste et rx('rral>le qu'ail été l'inslitution in((uisitoriale, la justice oblige de reconnaître quVIlr aurait pu étrc^ encore bien plus malfaisanle si l'intelligence des inquisiteurs n'avait été généralement très su|)érieui'e à c(»lle des magistrats laïcs et des fonctionnaires de l'Étîit. (Vest peut-être pour celte raison que le pouvoir civil la sollicita souvent d'intervenir, même là où les inh'réls de la foi n'étaient nullement en péril, par exemple* en Hi'iO et encore en 1818 pour arrêter les progrès d'une é|)i(léune.

La seconde partie de ce quatrième volume est l'histoire

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politique de la décadence et de la suppression du Saint-Office, dont l'apogée se place sous le règne de Philippe IV. Au xvii'' siècle, l'Inquisition formait un État dans TKtat; Philippe V, venu de France avec des idée\s gallicanes, en fit une servante de la Couronne. Charles 111, que le progrès des idées ne laissait pas indifférent, limita encore les privilèges des inquisiteurs. Lors de Tinvasion française, alors que Napoléon supprimait l'Inquisition dès son entrée dans Madrid (décemhre 1808), un long débat s'engageait h ce sujet devant les Cortès de Cadix (1810); enfin, en janvier 1813, ceux-ci déclarèrent l'Inquisition incompatible avec la Constitution, malgré la protestation du nonce du pape, qui organisa même un complot contre les Cortès. Ferdinand VII, à son retour de Valençay, prononça la dissolution des Cortès et rétablit l'Inquisition; mais, dans l'impossibilité de recouvrer ses biens confisqués, elle traîna une existence misérable. Abolie de nouveau en 1820, sous la menace d'une émeute, puis rétablie nominalement à la suite de l'expédition du duc d'Angoulômc (1823), elle disparut définitivement lors de l'alliance de la reine Christine avec les libéraux, le 15 juillet 183i. Il fallut cependant attendre le 8 mai 1869 pour que le principe de la liberté religieuse fût proclamé dans la Péninsule; encore a-t-il été restreint par la Constitution de 1870, qui prohibe les cérémonies publiques des cultes dissidents.

M. Lea a consacré un dernier chapitre de synthèse à l'étude des causes qui ont amené la décadence de l'Inquisition et qui l'ont rendue impopulaire. Indifférente à la morale, h la justice, même à la décence en matière religieuse', uniquement soucieuse d'orthodoxie et de domination, elle étouffa tout ce qui restait d'indépendance intellectuelle en Espagne et y entretint, après leur avoir peut-être donné naissance, les instincts d'intolérance et de cruauté. Par sa tentative prolongée durant plusieurs siècles d'exercer un contrôle indiscret sur

1. Il fallut que le pape Urbain VIII, en 1642, prohibât, soas peine d>xcommuiiir.-ition, Tusta^e du tabac daus les églises. Au xvi« siècle, les ambassadeurs vénilieDS étaient étonnés des inconvenances que clergé et ûdèles se permettaient dans les édiOce» du calte.

les consciences, elle aboutit à la raine intellectuelle, morale et matérielle du pays. La plupart des rigueurs qu'elle exerça échappent à la statistique ; mais celles qu'on a pu dénombrer, en n'admettant que des chiffres sûrs (très inférieurs à ceux deLlorente), sont encore effrayantes. Hernando de Pulgar, secrétaire d'Isabelle la Catholique, sait que 2.000 individus ont été brûlés vifs avant 1490; en 1524, on comptait que 1.000 hérétiques avaient été brûlés à Séville; au xviii^ siècle, de 1721 à 1727, la moyenne des victimes du feu est encore de onze par an. Ces abominables cérémonies avaient si bien endurci les cœurs que le peuple protestait lorsqu'on un autodafé on ne brûlait que des effigies ou des ossements. Le Père Garan, dans un récit de l'autodafé de Majorque en 1691, décrit avec une joie féroce l'agonie de trois malheureux brûlés vifs et s'amuse de leurs horribles contorsions. Telle fut l'éducation que l'Église donna à l'Espagne ! Assurément — et M. Lea y insiste — des crimes non moindres ont été commis dans toute l'Europe, par les protestants comme par les laïcs ; mais que conclure de là, sinon que la radix siuUUiae n'a pas été la malice humaine, mais l'insolente prétention d'un dogmatisme religieux que la Grèce et Rome, heureusement pour elles, avaient ignoré ? « La vraie responsabilité, écrilM. Lea, doit peser à travers les âges sur des hommes comme saint Augustin et saint Léon, qui, de la doctrine du salut exclusif, de la voie étroite, ont conclu que le dissident obstiné doit être mis à mort, non seulement en punition de son crime, mais pour préserver les fidèles de la contagion ». Cen'est pas TÉglise romaine, mais l'arbre judéochrétien tout entier qui a porté ces fruits rouges de sang. La sève qui circule dans cet arbre est celle de Tintolérance, et c'est pourquoi les bûcherons du xviii^ siècle ont travaillé pour le genre humain.

Si jamais le retour d'un pareil régime, laïc ou clérical, était possible, c'est que les hommes auraient oublié ou mal appris l'histoire de l'Inquisition. Il faut donc remercier profondément M. Lea de nous l'avoir racontée et souhaiter que des traductions et des résumés la rendent populaire. Vaine-

L'INQdlSlTlON D'ESPAGNE 509

ment dirait-on que le danger n'existe plus, que Torquemada est bien mort, qu'il est inutile de remuer les cendres de ses bûchers, la poussière de ses prisons plus cruelles encore. Un homme qui se flatte d'avoir tout à fait raison, là où le contrôle scientifique est impossible, a le tempérament d'un inquisiteur; donnez-lui la puissance nécessaire, il ne sera pas moins malfaisant. L'Inquisition ne survit plus que dans l'almanach pontifical, avec des pouvoirs encore redoutables de censure ; mais le virus inquisitorial n'est pas détruit. Contribuer à en délivrer les intelligences, par le tableau exact des ravages qu'il a causés, c'est vraiment, suivant l'expression de Voltaire, « cultiver la vigne du Seigneur. » Pas un historien de notre époque n'a mieux cultivé la sainte vigne que M. Lea.

L'Américanisme *.

Ce qu'on appelle assez improprement Y américanisme n'est qu'un épisode de l'évolution qui, au sein même de l'Église romaine, tend à mettre la foi et les mœurs en harmonie avec les exigences de l'esprit moderne. Lamennais, qui n'était point américain, mais breton, ne demanda pas autre chose, et s'il eut peut-être le tort de le demander en déclamant, il a trouvé des successeurs plus discrets et mieux armés de patience. Naturellement, l'Église romaine réagit; c'est sa mission et son métier d'être conservatrice, comme c'était celui de Joseph II d'être monarchiste. Mais, vus de haut et de loin, les retours agressifs du principe d'autorité ont peu d'importance ; la mise à l'index n'est plus qu'un brutum fuimen\ le mouvement continue, emportant ceux-mêmes qui croient lui résister en le condamnant :

Dticunt volentemfata^ nolentem trahunt,

M. l'abbé lloutin. qui a des qualités exquises de narrateur — la sobriété, la olarlé, l'art d'avoir raison avec politesse — a (\\|H»sè, dans un volume très attrayant, l'histoire de laniérioanisino stncto srn^u, o ost-à-dire de ce catholicisme un pou //>//. plus soucieux d'action sociale que de dévotion ou de tluH)loirie, qui. constitué presque sans résistance aux Ktals l nis. dans une société pratique et utilitaire, n'a commencé à susciter des polémiques que lorsqu'on tenta de l'accliniater en Kurope. 11 y eut un moment, vers IjsSj, où. si>us rintlucnce de 1 éloquent évoque Iroland. soutenu en Franoo par des chrotions libéraux et des idéalistes en quête d'un idoal. on put croire qu'un néo-catholicisme allait naître

1. Al. ort Houtia. L : \e'^'..'.:':stH^. Paris. Nojrry. 190». I2-S. vii-49T. p.; du uuHuo. Mt$ d.;-ic:^^t-:s .:r<r/ "wn çrc-^u^r, Paris, chez Tauleur, 190*. ln-8, q-62

LWMÉRICANISME 511

et faire la concentration des bonnes volontés actives autour (fune hampe surmontée d'un laharum. C'était Tépoque, précisément, où M. de Vogué, dans la Revtte des Deux-Mondes, regrettait qu'on n'eût pas planté le labarum en haut de la tour Eiffel. Ce néo-catholicisme là, professé surtout par des gens de lettres étrangers à toute culture théologique, avait quelque chose d'équivoque et de frivole ; il était permis de craindre, suivant la spirituelle expression de M. lioutin, « qu'il ne s'agît que de mettre de nouvelles cordes à de vieilles guitares ». Le jour où Ton voulut s'expliquer un peu clairement, l'accord cessa ; il cessa surtout, pour ne se point rétablir, le jour où la jeunesse fut en présence d'une grave question morale et qu'elle dut choisir d'urgence entre deux conceptions antagonistes du devoir. M. Houtin n'a touché que d'un mot à ce sujet, sans doute parce que la crise dure encore*; mais qui osera écrire l'histoire de l'Église pendant les trois dernières années du xix^ siècle sans tenir compte de la grande psychostasie'l

A côté des gens de lettres, il y avait des ecclésiastiques comme M. l'abbé Klein, traducteur et propagateur de la Vie du Père Hecker, un Pauliste dont l'américanisme voulait faire un saint. Alors même (jue Rome eût a[)prouvé ce livre, on ne voit pas ce que l'émancipation religieuse y aurait gagné. L'âme de la religion est et restera la théologie; or, il ne semble pas que la théologie puisse s'élargir et se renouveler par des concessions à l'esprit du siècle; son évolution, pour être féconde, doit être intérieure. Science logique, fondée sur des données historiques et des textes, elle doit so régénérer par l'histoire et la logique, sans se soucier — cap ce n'est pas son rôle — de l'utilité ou de l'opportunité de ses leçons. Un bon commentaire d'un Évangile, comme celui que vient de publier l'abbé Loîsy*, a plus de poids que tous les discours sur la nécessité de ramener le peuple à l'Évangile, en adoucissant les aspérités de la route et en la semant

i . Faut-il marquer qu'il s'agit ici de l'Affaire Dreyfus? ^ 1908. 2. A. Loisy, Le quatrième Évangile^ Paris, 1903.

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de petites fleurs — fût-ce les fiorelii des Franciscains. La grande faiblesse de raméricanisme a été la médiocrité, pour ne pas dire la veulerie théologique de ses défenseurs. On lui ferait, en le traitant d'hérésie, un honneur qu'il ne semble pas avoir mérité.

L'américanisme, d'ailleurs, n'a jamais été formellement condamné à Rome. La lettre pontificale Testent benevoleniiae (22 janvier 1899), adressée au cardinal américain Gibbons, rejeta certaines opinions nouvelles dites américanistes; mais, d'abord, Léon XIII (ou le cardinal jésuite Mazzella, auteur présumé de ce document) ne spécifie aucune opinion comme professée par tel ou tel auteur ; en second lieu, sitôt la lettre publiée, l'archevêque Ireland, l'archevêque Keane et bien d'autres se hâtèrent de blâmer les doctrines qui avaient été déclarées contraires à la foi. « La lettre du Saint Père, remarquait un journal catholique, a produit un résultat merveilleux : non seulement il n'y a plus d'américanistes, mais il n'y en a jamais eu. » Ce fut, en somme, la répétition de ce qui s'était passé lors de l'Encyclique Providenttssivius /)e//.ç (1 893) ; tout le monde s'inclina, on protesta qu'on était d'accord, et les travailleurs honnêtes continuèrent à travailler honnêtement. Des esprits entiers peuvent s'indigner de ces accommodements et les (|uali(ier d'hypocrites; mais d'autres estiment que révolution se |)oursuit ainsi mieux qu'au fracas de vitres brisées et (|ue, si le pape lui-même croit devoir ménager aux (( avancés » une porte de sortie, ils seraient bien sots de s'aller buter la tête contre les murs.

M. l'abbé lloutin prononce une seule fois (p. 169) le nom du Père pauliste Zahm; il eût (Hé bon d'en dire davantage. Le cas du P. Zahm est, en effet, très intéressant. Ce brave homme, professeurde physique à l'Université deNotre-Dame (Indiana), a publié en 1(S9G un ouvrage intitulé : Evolution and dogjva, qui a été fort remarqué, même en France. Ses convictions évolutionistes étaient si profondes qu'il en retrouvait rénoner' dans la (lenèse, ou du moinsdanslaCenèse counnentée par saint Augustin. Sauf l'àme de l'homme, tout avait évolué ; la vie elle-même avait pu sortir de la matière;

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