‹ Cultes, mythes, et religions (volume 3)Chapitre 331 sur 345 · L'AMÉRICANISME · texte numérisé non relu

L'AMÉRICANISME

le Créateur s'était contente d'insuffler à rhommc « l'haleine (le vie ». Je connais deux savants catholiques (savants, mais pas théologiens), qui, lors de l'apparition de ce livre, ne so tenaient pas d'aise; on allait pouvoir enfin, suivant la vieille formule, « réconcilier la science et la foi ». Chose étrange, il se trouva deux évoques, un Italien et un Américain, pour féliciter le P. Zahm. Or, cet évolutioin'slt» n'ouhliait qu'une chose : c'est que l'humanité, elle aussi, a évolué depuis la rédaction de la Hihie. 1/idée de chercheur une vérité scientifique dans la Genèse est souvent une hérésie religieuse, mais c'est toujours une hérésie scientifique. Tne étude crili(pie des sources de la tJenese, comme l'essai hien connu de M. l'ahhé Loisy, est la condamnation la plus efficace d'un concordism<» qui, pour s'affuhler d'un masque darwinien, n'en est pas moins du concordisme, c'(»sl-à-dire une négation puérile du progrès. Le masque darwinien finit d'ailleurs par donner ond)rage, surtout quand l'ouvrage du l\ Zahm eut été fraduitenitalien. Après plusieurs années d'altente, llomc^ invita discrètement l'auteur h retirer son livre d(» la circulation (Civiltà Cattolica, \^' juillet 181)1), p. 12;;) « La hiérarchie américaine, écrit M. ihuitin, honore un apologiste évolutioniste, le P. Zahm. » Franchement, si c'est là le chef-d'o'uvre de l'apologétique améric^iine, point n'est hesoin d'importer cette denrée-là.

l'n des adversaires les plus violents de l'américanisme a fait le meilleur éloge du livre de M. iloutin, tout (»n dénonçant « le mauvais esprit » qui l'anime et les « conclusions détestahles » auxquelles il conduit (l'esprit en est purement scientifique et il n'y a pas de conclusions du tout). Le ferrihlc abhé Maignen reconnaît que ce livre est « bourré de documents cités sans réticence » et qu'il « met à la portée de tous... des dépôts de munitions à peu près inaccessibles ». Ce sont là, évi(h»mment, des mérif(»s très séri(Mix. M. Maignen, dans le menu» article de la Vérité Française (il) décembre 11)03), a qualifié l'auteur de « prêtre interdit ». Cela n'est pas vrai. On n'a qu'à lirtî la brochure de l'abbé Houtin, si piquante dans fia finesse attristée : Mes difficultés avec mon évéque. M. Houni. n

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tin a été si peu jugé indigne du ministère que son évèque le pressait, tout récemment encore, de rentrer dans le diocèse d'Angers^ Il ne l'a pas fait, par scrupule de consdence, parc^ que les Angevins se passionnent « pour des vieilles légendes aussi ineptes que celle de saint René » et parce que « ils acceptent, avec une si étrange faveur, les dernières extrava* gances de la dévotion ». Exemple : « En 1900, la dernière année que j'ai passée en Anjou, le tronc qui est au pied de saint Expédit, dans la cathédrale d'Angers, rapporta 4.000 francs. Le culte de saint Expédit repose sur un calembour ». C'tôt tout; pas un mot de plus. Je cite ces qimtre lignes, parce qu'elles donnent une idée de la réserve vraiment attique de l'auteur. Bref, il sentit qu'il ne serait pas à sa place en Anjou et l'évdque, en retour, refusa de renouveler son celebrei. Des gens du. monde peuvent croire qu'un prêtre sans celebret est un prêtre interdit ; mais l'abbé Maignen peut-il croire cela* ?

I. Depuis que cet erticle est écrit, l6« ouvrages de M. l'abbé Hootin ont M rejoindre, sur la liste de l'incto, ceux de Renan, de Taine et de Tabbé Loisy. Ceux de Léo Taûl sur Diana Vau^an n*y figurent pas encore.

A b DIT IONS

Page 21 . — Pourquoi Luc place-i-il le Baptême de Jésus par saint Jean vers Tan 29 de notre ère? Je crois qu'il est arrivé à cette date par une combinaison fondée sur le texte de Josèphe. Cet historien mentionne la mort de saint Jean à propos de la défaite d'Antipas en 3(1, où le peuple reconnut reflet de la colère divine provoquée par l'exécution du Baptiste (Aniiq.^ XVill, 5, 1). Pour faire place à la prédication de Jean, h son arrestation, aux incidents qui amenèrent la guerre entre Arétas et Antipas, Luc a retranché sept ans de la date maxima fournie par Josèphe. Irénée ne sait rien par tradition sur la date de la naissance et du baptême de Jésus ; son seul auteur est saint Luc {Adv. Haer., 111, 14, 2). Il le dit expressément dans le passage où, défendant Tautorité du troisième Kvangile, il énumèreles renseignements nombreux et importants qu'il nous donne seul : et quoi annorum Dominus baptizatus sil^ et quia in quinto decimo anno Tiberii Caesaris (cf. Luc, m, 1 et 23). C'est donc qu'il ne trouvait rien à ce sujet dans Papias ni dans les autres livres aujourd'hui perdus qu'il pouvait lire. Sa source étant Luc, et Luc ayant déduit la date de Josèphe, lequel connaît saint Jean, mais ne connaît pas Jésus, on voit sur quelle base plus que fragile se fonde la chronologie traditionnelle. Autant dire qu'elle n'a aucun fondement.

Page 44. — Voici, sur les poissons sacrés de la Syrie actuelle, un passage extrait d'un rapport inédit adressé en 1907 à l'Alliance Israélite * :

« Au pied de la colline de Top l^agh, où sont étagces les maisons d'Ourpha, se trouvent deux magnifiques sources, transformées en deux bassius rectangulaires où vivent de nombreux poissons. Sur le Top Dagh est bâtie la vieille forteresse, surmontée de deux élégantes tours. Les deux bassins sont entoures, au bas, de magniliques platanes.

i. Voir ausdi Fr. Cumout, Les religions orientales^ Paris, «907, p. 285.

ftl6 ADDITIONS

A c6lé d'un des bassins est bâtie une mosquée et près dn seeoiid est la promenade publique la plus fréquentée de la Tille et la plus pittoresque qui se puisse imaginer. Les carpes qui Tirent dans ces bassins sont sacrées pour les babitants. Personne ne les inquiète; elles sont au oon» traire nourries par tous les promeneurs qui leurs distribuent dn pain; elles grossissent et se multiplient à l'euTi. Elles m^ont rappelé les belles carpes qui se trouvent dans les bassins du château du duc d'Aumale à Cbantilly.

Page 119. — Du iabou guerrier étudié dans ce mémoire^ il eût fallu rapprocher l'usage celtique connu sous le nom de fosierage, qui fait partie des plus anciennes coutumes de rirlande'. Les fils des nobl^ n'étaient pas élevés dans leurs familles, mais confiés à des familles étrangères qui, se chargeant de leur éducation, prenaient sur eux une autorité morale très grande, aux dépens de leurs ascendants naturels. Il est évident que le scrupule, interdisant d'élever les enfants dans les familles de guerriers auxquelles ils appartiennent par la naissance, ne peut s'expliquer que par un tabou religieux. Peut-être a-t-il encouragé l'habitude de confier les enfants des familles nobles aux Druides. On pourrait en retrouver une survivance lointaine dans nos internats.

Page 187. — M. A. Blanchet veut bien m'aviser que, dès le 3 février 1875, Ernest Curtius communiquait à la Société archéologique de Berlin les photographies du grand pavé en mosaïque de Bîredjik sur TEuphrate, représentant un empereur romain entouré de médaillons avec les bustes des provinces personnifiées {Arch. Zeitimg, 1876, p. 57). Le médaillon avec BPITANNIA a été donné au Musée de Berlin en 1884 par M. Pressel, de Vienne (lAiV., 1885, p, 158).

Page 261. M. Glotz me communique aimablement Textrait suivant d'un journal quotidien dont il a oublié d'inscrire le titre et la date :

« Le vol et le mensonge sont presque inconnus chez les Sedangs, Un homme que Ton accuse d*uu de ces crimes demaude tout de suite l'épreuve pour se justifier. Tantôt il se fait plonger dans la rivière avec son accusateur. Tantôt il se fait verser de Tétain eu fusiou dans la main. Celui qui remonte le premier à la surface de Teau, celui qui hurle avant l'autre

i. Cf. Revue ceitique, 1886, p. 95.

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