Apollodore, III
qui sera le prolecleur du clan des biches avanl de devenir, à son tour, leur aliment. InterpK-tiî ainsi, le texte d'ApoUodoro est d'un grand intérêt : il rt^pond à ceux des (écrivains grecs (|ui parlent du désespoir el des cris des femmes do Byblos aprts le sacrifice annuel du beau chasseur Adonis, au passage do Plutarquo sur les femmes d'Orchomtne, qui chercliont Dionysos après lavoir sacrifié aux .\grionia'. Môme k l'époque (le Pausanias, alors que le sacrifice annuel du cerf est oublié, ou ne se céR'bre plus qu'en secret, les Orctioméniens pleurent annuellement la mort d'Acléon comme les Syriens pleurent la mort d'Adonis. Les liommes ne pleurent pas ainsi les victimes des dieux, mais leurs propres victimes; si l'on a pleuré Aeiéon et Adonis, c'est qu'Adonis et Actéon, sous les espèces du sanglier et du cerf, ont éti^ immolés par des hommes qui ont cherché et trouvé longtemps, dans leurs chairs pantelantes, un aliment de force et de sainleli^-
Voici donc comment on pourrait restituer l'évolution du mythe : 1° un clan de femmes en lîéolie. ayant pour totem le cerf, se disent la grande Biche et les petites biches ; elles ont coutume de dépecer, de dévorer et de pleurer tous les ans un cerf; 2° le panthéon grec so constitue et rccucillo les débris épars des cultes totémiqucs; la déesse Biche prend le nom d'Arlémis : les femmes s'appellent désormais " Artémis et ses nymphes ii, comme les fidèles de Bacclius s'appellent Bacchoi et Bacchantes; 8° lu rite s'humanise et se transforme: on sacrifie, dans le culte officiel, des biches à Artémis; mais le souvenir du sacrifice primitif de communion demeure et lu rite lui-même se conserve peut-être dans les mystères, qu'on accusa Eschyle d'avoir révélés dans une piiice où paraissait précisément Actéon '; i* comme une époque civilisée ne peut admettre que la déesse et ses compagnes aient dépecé et dévoré un cerf, la légende fait intervenir à cet elTet des chiona furieux ; 3* pour justifier le supplice infligé au cerf, on raconte qu'un homme fut transformé en cerf pour avoir oiïcnsé
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Artémis ; 6® la légende se précise, s'embellit et Ton imagine différentes histoires, dont lune d'un caractère galant et badin, pour motiver la colère de la déesse contre le chasseur.
Je n'ai pas encore abordé une question difficile, celle de rétymologie du nom d'Actéon. 11 faut d'abord écarter Tétymologie adoptée par le duc de Luynes d après Fulgence * : àxxatwv, <« le rayonnant », d'abord parce qu'il n'existe pas de verbe ày-TaCw, puis parce que 'AxTa{(i)v,au génitif 'AxTafwvoç, ne pouvait être à l'origine un participe*. Moins vraisemblable encore est le rapprochement institué par le Danois Broensted entre Actéon et le mot àxtéavoç, signifiant « pauvre », sous prétexte qu' Actéon, au dire des mythologues evhéméristes de la basse antiquité, était un prodigue que la passion de la chasse avait ruiné. Lenormant et de Witte interprètent Actéon par le « grand possesseur », « celui qui enrichit », de (à augmentatif et de xTaiwv pour xTawv, participe présent de l'inusité xtâw, enrichir'; cela n'a pas le sens commun. Otfried Mûller et Vinet après lui ont rappelé l'épithète d'àxTaToç attribuée à Zeus, à Apollon et à Pan. 11 semble, en effet, que le nom 'AxTaiwv dérive du substantif àxTi^i ; mais ce dernier mot ne signifie pas seulement « rivage »> et « promontoire » ; il désigne une « élévation », une « colline », et ce sens, qui est nettement indiqué dans un vers iV Antigone {ii33), est peutêtre la signification primitive, non pas, comme le veulent les lexiques, une acception dérivée. Actéon serait donc « le montagnard », celui qui fréquente les escarpements et les collines, épithète qui convient aussi bien à un chasseur qu'aux cervidés qu'il poursuit. Artémis chasseresse est dite « montagnarde »
1. Fulgcuce, Mythol.y I. li : Actaeon splendens dicilur. Un des cbevaux du soleil s'appelait Actéon (cf. Elite^ l. II, p. 329).