Prudence, Peristeph.y XI
4. Duchesne, Histoire ancienne de VÈglixe^X. I, p. 321 ; Dufourcq, Éludes sur les gesta marlyrum ro7nains, p. 207; Oelehaye, Légendes hagiographiques^ p. 85.
élé Iralné par des chevaux; il a 6lé écartelé. Cette k'f^endo est restée familière au moyen-âge: elle a inspiré encore, vers 4460. le beau tableau de Thierry Bouls, représentant le martyre de saint llippolytc, qui fut commandé, pour l'église Saint-Sauveur de Bruges, par un certain Flamand nommé Hippolytc de Berthoz'. Ainsi la donnée primitive qui se relltte dans le nom même d'Hippolyte, celle d'un corps df'cliiré et mis on pièces. s'«st conservée dans la tradition populaire relative au saint homonyme plus fidèlement i|uc dans la version toute littéraire d'Euripide. L'hagiographie n'a pas ajouté il la légende; elle a comme enlevé le vernis qui la recouvrait. Il résulte de ce qui précède que la tradition primitive de la mort d'Hippolyte. ie Upâ; Àivc- de son culte à Trézène, ne doit pas être cherchi^ dans la tragédie d'Euripide, mais reconstitué & l'aide des textes accessoires et des légendes parallèles dont nous disposons.
l'our Euripide, llippolyle est un éphèhc chaste et même misogyne, qui méprise la déesse de l'Amour et devient une victime mémorable de sa vengeance. Mais le poète n'ignore pas (jue cet éphèbc est un dieu'. Quand Artémis, sa protectrice, paraît à la tin du drame, elle annonce au héros expirant qu'il recevra de grands honneurs à Trézène, que les jeunes filles, avant de se marier, lui otTriront des boucles de leurs cheveux, quelles lui apporteront, pendant de longs siècles, un tribut de deuil et de larmes, qu'elles célébreront son infortune dans leurs chants. Ces indications se rapportent évidemment au culte d'Hippolyte ii Trézène et concordent avec les témoignages d'autres auteurs'. Hîppolyle possédait, à Trézène, un temple et une ancienne statue de culte; un prêtre h
1. friedlaniler, Utiileruierkt iter niederlUndiiehtH Italer nnch, tUp. dt femlui-ts, t. Il, p. HIB. ■i. Cl. Wldc, Ut laerit fro«-.taiorum, |>. Si. 3. £uript>]E, Hippol., HIS é<j. -, fausaoîas, II, 32, I ; DioJ,,
58 BIPPOLYTE
vie était attaché à son sanctuaire; on y célébrait des sacrifices annuels ^ Hippolyte, disait-on, avait été ressuscité par Asklépios et doué par lui d'une vie éternelle*. Au temps de Pausanias, les Trézéniens niaient que le temple d'Hippolyte fût son tombeau et prétendaient qu'il avait été transféré parmi les astres; cela prouve simplement qu'Hippolyte était un dieu local, un dieu de Tancienne espèce, distinct des Olympiens immortels d*Homère, un dieu qui mourait, qui ressuscitait, dont on montrait le tombeau. L'intervention d'Asklépios dans la légende ne peut être que secondaire, car Asklépios, on le sait assez, est un tard venu dans le Panthéon grec comme dans Tart grec, où les peintres de vases ne Tont jamais représenté. Dans la légende béotienne d*Actéon, le chasseur, déchiré par ses chiens furieux, est ressuscité par le centaure Ghiron, dieu guérisseur bien plus ancien qu*Asklépios. Or, nous savons par un passage de Xénophon' qu'une tradition faisait d'Hippolyte l'élève du centaure Chiron. Il est donc probable que, dans la version primitive, Hippolyte, déchiré par ses chevaux comme Actéon par ses chiens, était ressuscité, lui aussi, par Chiron; la proximité de Trézène et d'Épidaure, le sanctuaire le plus fameux d'Asklépios, fit substituer ce dieu nouveau à Chiron dans la légende trézénienne. 11 n'est pas sans intérêt de constater que le centaure Chiron est un dieucheval et que la survivance d'une divinité chevaline se reconnaît aussi dans le culte d'Asklépios, en particulier dans les ex-voto de ce dieu où la présence du cheval a été diversement expliquée.
Le fait essentiel à retenir, c'est qu' Hippolyte mourut de mort violente et ressuscita pour devenir immortel. Par là môme il se rattache étroitement h une classe de héros assez nombreux dans la mythologie antique, qui ont été victimes d'un déchirement sauvage, d'un c-apayiJLÔç, et qui ont ensuite recouvré une vie éternelle : Dionysos Zagreus, Adonis, Pen« thée, Orphée, Actéon. Ces dieux, dont l'exégèse postérieure