‹ Cultes, mythes, et religions (volume 3)Chapitre 37 sur 345 · Xenoph , De Venatione, I · texte numérisé non relu

Xenoph , De Venatione, I

HIPPOLTTE ES

localise la mort et la résurrection dans le temps, sont l'objet de cérémonies annuelles, où l'on pleure leur mort, où l'on fêle leur renaissance: preuve que dans une forme plus ancienne de la légende sacrée, tidélemenl conservée par le rituel, ces dieux mouraient et renaissaient périodiquement. ' Quand Euripide fait prédire par Artémis que les vierges de ' Trézène pleureront Hippolyte et couperont leurs cheveux en son honneur, il parle évidemment d'un rite encore en usage & l'époque où il écrivait et d'un rite annuel ou périodique, analogue à celui que célébraient les femmes do Byblos pour

I Adonis, celles de Thrace pour Orphée, celles de Béotie pour Penthée, Tous ces mytbes, auxquels on peut ajouter celui d'Osiris, oITreat des caraclÎTes corimiuns : le décliirement de la victime, sa mort, les lamentations des Tidèles. la résurrection en gloire accompagnée d'une explosion de joie. Ainsi la légende d'Hippolyle n'est plus isolée, comme un fait-divers des âges héroïques de la Grèce; elle rentre dans une série considérable et nettement définie d'usages religieux ou cultuels. Hippolyte. le héros misogyne de la tragédie athénienne, était, à l'origine, tout autre chose que la personnitîcation d'un idéal un peu ascétique de moralité; c'était une victime déchirée par des chevaux, que l'on pleurait et qui ressuscitait annuellement, fc Personne ne voudrait admettre que les Trézéniens. même

h une période très reculée de leur histoire, eussent coutume d'immoler chaque année une victime humaine en lui inQigeant le supplice de Havaillac Alors m^me qu'on ne reculerait pas devant une hypothèse aussi absurde, il resterait le fait inexplicable de la résurrection. C'est ce fait même, essentiel à la tradition locale de Tréznnc, qui, éclairé par de nom- [ breux exemples analogues, doit nous mettre sur la voie d'une f< interprétation plus raisonnable. Là oîj un animal est consik déré comme sacré et immolé en qualité de victime divinisée I divine, sa résurrection, du moins apparente, est assurée ■ par l'existence d'un autre individu de la même espèce, qui T-vient immédiatement prendre sa place et jouir des mêmes I honneurs jusqu'au jour où il sera victime à son tour. C'est

que le culte des animaux, sous sa forme la plus ancienne, celle dont on trouve encore tant d'exemples chez les sauvages de nos jours, ne s'adresse pas à un individu, mais à Tespèce; l'individu ne fait qu'incarner le génie bienfaisant de l'espèce dans les actes du rituel qui ont pour but d'assurer la participation des fidèles à la puissance magique dont Tespèce divine est investie.

Mannhardt a fait voir qu'Adonis, tué par un sanglier, pleuré et ressuscité suivant la tradition anthropomorphisée qui nous reste, n'était primitivement autre chose qu*un sanglier sacré. J'ai essayé de montrer, à mon tour, marchant sur les traces de Kobertson Smith, que Dionysos Zagreus était un taureau, Penthée un faon, Orphée un renard, Actéon un cerf. Je crois pouvoir affirmer aujourd hui que l^ Hippoly te trézénien était un cheval.

Avant d'aller plus loin, je dois dire quelques mots de Lycurgue et de Diomède, deux divinités thraces qui, à l'époque classique, paraissent étroitement apparentées à Ares, mais réduites à la condition de héros. Lycurgue est déchiré par des chevaux, c'est-à-dire 'XTroAUToç, pour avoir insulté Dionysos*. Diomède possède des chevaux qui déchirent des hommes et qui lui sont enlevés par Iléraklès. Mais Diomède, comme l'a déjà soupçonné Klausen, est un dieu-cheval : les Vénètes lui sacrifient des chevaux blancs, il fonde en Italie les villes A'Equus Tuticus et (TArt/ippa ("Acvcç r^z'.cv) ; il a pour femme Euippa, il enlève les chevaux de Rhésos, etc. Le seul fait que l'on sacrifie des chevaux à Diomède atteste sa nature chevaline primitive ; donc, la tradition relative à ses cavales androphages a besoin d'être interprétée. Ces cavales ne sont pas des quadrupèdes, mais des femmes thraces masquées en cavales et qui se disent des cavales comme ailleurs elles se déguisent en renardes et se disent des renardes [bassarai)^. L'objet du sacrifice est Diomède lui-môme, le cheval blanc. Du jour où la victime fut considérée comme humaine, c'est-à-

\. Cf. le Lexicon de Roscher. p. "219^. 2. Cf. plus haut, t. Il, p. 107-109.

dire où ranthroponiorpliismc l'empopla, on parla des cavales I andropliagcs de Diomède'- Ainsi Lycurj^ue. Diomi'dt?, Hippolyle sont des hyposlases de divlailés elievalines. di^chiri'cs périodiquement au cours de sanglants sacrifices; une Irace I do leur très ancienne affinité se reconnaît peul-^tre dans la tradition qui attribue à Diomède, venu à TrézÈnc, l'ingLiluIion du culte d'Ilippolyte ressuscité.

Pour suppléer au peu que nous savons louchant ce dernier I culte, nous possédons quelques vers d<^ Virgile, d'Ovide et de Sluce. ainsi qu'un passade di' Pausariias, sur le culte du béros Virbius b Aricie'- Le Tail. que les anciens ont assimilé le Virbius latin à Bippolyte, ressuscité par Asklépios et transféré en Italie par Artémis, n'autorise point k croire que le I culte d'Ilippolyte ait passé de Trézène dans le Lalium, mais bien que ces deux cultes, dérivés do rituels zùolâtriqucs analogues, présentaient beaucoup de traits communs'. Or, l'on racontait que Virbius avait été décbiré par des chevaux et qu'en raison de celle aventure aucun cheval ne pouvait pénétrer dans le bols sacré de ce héros ^ Les interdictions de ce I genre sont assez fréquentes et généralcnienl expliquées par I une historiette à laquelle l'inlerdiction elle-même a dnnné lieu Mais il y a quelque raison de croire que l'animal exclu ffoiilmatre d'un bois sacré, d'un temple ou d'un autel, n'est autre que la forme primitive du dieu adoré dans cet endroit; on 1 y introduit à titre exceptionnpl pour le sacrifier. L'exemple le plus probant est fourni par le rituel du culte d'Aphrodite à Chypre. En temps normal, le sacrifice du porc était interdit, car le porc passait pour odieux il Aphrodite

I. Je croli que Ici cbcvmix qui dùrorcnt Gliukoti à Cotiiiai en BMlie roiiiporteat uue eiplicatioii aa&Iogue; voir l'iudlc&liiiD des lexUa daus la Gritekittke Mylhoiogie île Gruppc. p. g:i.

a. Virg., Ae»., Vil. 174; Ùïide. Mélam.. XV, 5(t; Staci', Hilvu, lit. I. s: ; Pau«*nM(, II, 31. 4,

3. M. Wi»sowa voit dans Virbiu* un dëmoD aecùurable aai tcinmet m couebes! l.'ikiiimilaliOD de Virbius k Hippolyle >?rsit due a raualogie >lu rituel de la Diina uemoitniiia il'Ancie ave celui de l'Arlémi» laurlque. HIeii euleudit, Il u'athclie auciiou iiiipurtiiu<:e .iu tabou des chevaui (Wiiia«ra, Htligion uitd Kutlui du- H-imir, nu3. p. 3un).

t. Qiïàr, Faite», lll, i6i-, Virg., Aea., Vil, 1"

depuis qu'un sanglier avait tué Adonis; mais une fois par an, le 2 avril, des sangliers étaient sacrifiés à TAphrodite Cypriote*. A une époque où le sens primitif du rite s'est oblitéré, on croit que Tanimal est exclu d'un lieu ou d'un culte parce que la divinité lui tient rigueur et qu'on l'y sacrifie exceptionnellement — comme le bouc à Dionysos — pour satisfaire la vengeance divine. Il est donc possible, comme Ta déjà supposé M. Frazer% que le culte de Virbius à Aricie ait comporté le sacrifice annuel d'un cheval, analogue à celui qu'on accomplissait à Rome, le 15 octobre de chaque année, sur le Champ de Mars'. Le caractère archaïque de ce dernier sacrifice est marqué par ce que nous savons du rituel, qui comporte l'avulsion de la tête de lanimal et d'autres pratiques plus dignes de Peaux-Rouges que de Romains. Ce « cheval d'octobre » était sacrifié à Mars, divinité anthropomorphe qui, comme toutes celles du Panthéon gréco-romain, a recueilli la succession de plusieurs divinités animales; mais pour le Mars latin, comme pour l'Arès grec, dont les dieux-chevaux Lycurgue et Diomède sont les proches parents, il est certain qu*ils ont hérité, dans une large mesure, du culte autrefois très répandu du cheval.

Dans la Grèce et dans l'Italie classiques, le sacrifice du cheval est relativement rare; là où il se rencontre, c'est sous l'aspect d'une survivance, d'un rite prêt à tomber en désuétude*. On en relève des exemples dans les cultes de Poséidon et des Fleuves, d'Ilélios, de Diomède et du héros scythique ïoxaris, héros guérisseur comme Chiron et Asklépios, dont nous avons déjà signalé les caractères chevalins ^ Les Salen-

i. Rob. Smith, Beliqion der Semiten, p. 220; cf. Frazer, Golden Bough^ 2« éd., t. II, p. 314.

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