‹ Cultes, mythes, et religions (volume 3)Chapitre 39 sur 345 · Fettui, Oclolier tquus · texte numérisé non relu

Fettui, Oclolier tquus

i. Tpoiînv Upi i<rti (Io«'îftvot (Slrnboii, VIII, p. 313). 1. Cf. Grappe, Griech. llgtlol.. p. 1S98, u. 3.

dans les désignations qu'a conservées le rituel, le souvenir de mascarades complétées par une « prise de nom ». Ces opérations magiques, antérieures au sacrifice, ont pour but de réaliser, extérieurement d'abord, l'identification au dieu, ïb'tLciiùziq T(p 6£(5, que le sacrifice et la théophagie doivent parfaire.

S'il y a quelque vérité dans cette manière de voir, il faut qu'elle trouve une application vraisemblable là même oii les textes précis nous font défaut. Or, dans le cas d'Hippolyte, notre méthode s'applique sans difficulté. Nous avons vu que ce nom avait autrefois désigné, à Trézène, un cheval sacrifié et déchiré par ses fidèles. Les fidèles du cheval sacré devaient se dire et se croire des chevaux, iTUTrot. Donc, le cheval était déchiré ou dépecé par des chevaux; il était bien Ix^toautoç, d'après le sens que nous avons attribué à ce mot. Peut-être était-il appelé, plus anciennement, « le cheval dépecé par des chevaux «, ïr.izoq (zxoXutoç; mais il pouvait aussi être dit Oeoç (-^roXuToç ou Satjxwv Ik^tôXjtcç, par suite de l'aversion très répandue chez les primitifs pour la mention pure et simple d'un nom sacré.

Lorsque la Grèce passa de la zôolàtrie à ranthropomorphisme, les légendes se modifièrent plus librement que les rituels; mais, retenues en quelque sorte par les pratiques du culte, elles ne purent jamais se transformer complètement Si l'animal est désormais au second plan, il ne disparaît pas; on le retrouve en qualité de compagnon, de victime, quelquefois de persécuteur du dieu. Mais il continue à jouer dans la légende un rôle important que l'exégèse mythologique ne peut ignorer et qui lui fournit même une méthode d'investigation très sûre quand elle cherche à restituer les formes primitives du rituel et du mythe.

Hippolytc, devenu un éplièbe austère, reste étroitement associé au cheval tant par son genre de vie que par son genre de mort; il est probable d'ailleurs qu'on lui sacrifiait un cheval comme à Diomède, qui passait, je l'ai déjà dit, pour lui avoir construit un temple et avoir institué des sacrifices en son honneur. Pourquoi, se demandèrent les exégètes, sacrifie-t-on

un cheval àHippolylc? Pour venger lo héros qui a éié déchiré

>&r ses chevaux. Pourquoi les chc

: d'Hippolyto sonl-ils

devenus furieux, connue les chiens d'Actiion? Parce qu'u divinité les a rendus tels, et cette divînili^ doit être Poséidon, le dieu par escellenco des chevaux'. Qu'avait donc fait Hippolyte pour mériter sa colère? A cotte question, il y avait prohahlement plusieurs réponses, comme on alléguait différents motifs du supplice d'Urphée et du supplice d'Actéon; mais il se trouve que la tradition littéraire ne nous en a conservé qu'une seule, ilippolyte. chasseur et conducteur de chevaux, a le goût des plaisirs virils; il préffere la déesse de la chasse à colle de l'amour. C'est cette dernière qui s'est vengée de ses dédains. La déesse de l'amour est Aphrodite, mais c'est aussi Phaidra « la brillante », qu'Uippolyte a outragée en repoussant ses avances'. La partie proprement romanesque de l'histoire, l'épisode de Phèdre qui punit la froideur d'Hippolyte en le calomniant, est le thf^me connu d'un conte populaire déjà familier à rKgyple et dont l'histoire hiblique de Joseph fournit un exemple. Quant à l'introduction de Thésée dans l'histoire, elle s'explique soit par les relations du héros athénien avec les Amazones, héroïnes équestres et chasseresses — Ilippolyte était fils de Thésée et d'une Amazone — soit par la part que les tragiques athéniens du v' siècle, Sophocle et Hluripide, prirent à la iixation définitive de la tradition.

L'association étroite qui existe entre IJippolyte et -Vrtémis, comme entre le Virhius latin et la Diane d'Aricie, comporte sans doute une exphcation mylliologique ; mais pour présenter à ce sujet des hypothèses acceptables, il faudrait m'engager dans de longs développements sur les composantes animales d'Arlémis et les relations de cette déesse avec les Amazones de la fable. Ce n'est pas ici le lieu d'aborder ces difliciles questions.

1. PoieiJoii riiRia; lance un laurcsu maria coulre les chevaux d'Hippoljte ; 1« Uareiu eitti bloa un aDimal sacra de PoseidOD que de» prf[re« de ce ilteu & Eptiiie l'appellent laOpoi (Atli(!uée, X, 25. p. ti5 c).

2. Od a déjà recoDOU rjue Phèdre eat uae ■< hjrpostasc « d'Aphrodite (Wide,

De HacrU Trotitniorum. p. 8fi).

Je n'ai pas jugé utile, au début de ce mémoire, d'examiner et de réfuter les rares explications du mythe d*Hippolyte qui ont été tentées de nos jours. Peut-on vraiment discuter l'opinion d'Ulrich Kôhler, qui voit dans le récit de la mort d*Hippolyte près de Trézène un souvenir des éruptions sous-marines, assez fréquentes, nous dit-on, sur cette côte volcanique^? Mais cette opinion est encore raisonnable en comparaison de celles qui sont nées, à la honte de la philologie du xix* siècle, dans Técole et sous Tinspiration d'Adalbert Kuhn. D'après rAnglais Cox, auteur de l'ouvrage extravagant Mythology of Ihe A njan Nations*, Ilippolyte fils de Thésée serait un doublet de Phaélon fils d'Hélios, le soleil conçu non plus comme un héros triomphant, mais comme un héros malheureux, victime du taureau marin qui symbolise la nuée d'orage. Decharme observe avec raison que cette explication — ainsi qualifiée par un excès d'indulgence — ne rend pas compte de toute la légende d'Hippolyte ; mais lui-même, marchant sur les traces de Preller, aboutit à des conclusions non moins absurdes*. Hippolyte serait, cette fois, un doublet de Phosphoros, Tétoile matinale, qui, avant le lever du jour, brille au ciel, oîi la lune, sa mère, règne encore en maîtresse (la lune, c'est TAmazone mère d'Ilippolyte) ; bientôt l'étoile Hippolyte excite les désirs de l'Aurore, qui est Phèdre, comme Phosphoros éveilla ceux d'Aphrodite et, chassé du ciel par le soleil, il disparaît à l'horizon au milieu des vapeurs de la mer*.

Quelque opinion que l'on puisse avoir sur la nouvelle méthode d'exégèse dont j'ai déjà soumis aux savants plusieurs exemples, je veux croire qu'on lui rendra du moins cette justice qu'elle s'appuie sur des faits rituels, sur des données

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