Decharme, Mythologie de la Grèce^ p
4. Déjà Pott avait voulu expliquer la mort d'Hippolyte victime de Phèdre comme une image du crépuscule!
et des analogies précises, et qu'elle ne va pas, comme celle qui Ta précédée, se perdre « à rhorizon au milieu des vapeurs de la mer », sans rien expliquer, sans tenir compte d'aucun rite et sans ménager, circonstance très aggravante, les plus audacieux défis au bon sens.
Aetos Prometheus
C'est une opinion généralement admise parmi les archéologues que les frontons d'un temple grec portent le nom à! aetos ou lïaetôma, à cause de la ressemblance extérieure qu*ils présentent avec la silhouette d*un aigle aux ailes éployées*.
Si cette ressemblance existe en effet, on doit avouer qu'elle est peu frappante et qu'il faut en être averti pour la découvrir. Un fronton est un triangle; bien des objets naturels, vivants ou non, affectent une forme plus ou moins triangulaire ; quelle raison y avait-il de choisir Taigle comme terme de comparaison?
L'explication ordinairement reçue est d'ailleurs contredite par un texte de Pindare qui, étudié de prës> conduit à une opinion toute différente*.
La treizième Olympique fut composée en Thonneur de Xénophon de Corinthe, vainqueur à Olympie en Tan 464. Le poète y fait l'éloge de Corinthe et des inventions dont se glo-
1. [Revue archéologique t 1907, II, p. 59-81. Une rédaction toute diflTérente du même mémoire, destiuée au grand public, a paru dans les Conférences du Musée Guimet (Paris, Leroux, 1907) et à part (34 p.)].
2. Elym. Magn.f s. v. : àeroç aTÉyaafia xi twv oixcov, èjiçepàc t^ TiTT,a£t xoO Çwou. Cf. Bekker, Anecd.y p. 202, 20; 348, 3.
3. L'interprétation que j'expose a été celle de plusieurs savants éminents, Viscouti, Bœclkh, Keiier, Christ, etc. — Visconti, Mus. Pie-Clém.y t. IV, p. Il : a Ceci se rapporte à ce que nous indique Pindare sur l'invention due aax Corinthiens, de représenter des aigles dans ces triangles, ce qui fit dcaoer aux frontispices et aux combles le nom d'àeto: et d'àsTcaiiaxa. » Bœckh, Explic, Pind.f p. 213 : Fasliginminde illud nomen tulil quod in eius summo apice vel in area aquila olimposila est^ quam Corinthios opère fictili formasse non dubito, Bœckh cite à ce propos Pans., III, 17, 4, passage qui n'est pas concluant; cf. Tacite, Ilisl.y 111,71 : Sustinenles fastigium aquilae.
AETOS PnOMETHEUS 69
riliaient les Corinthiens — celle du dithypambe (qu'il allribue ailleurs aux Naxîons ou aux Tiitîbains) et celle des Imrnaia bien proporlionnés des coursiers (h moins qu'il ne f'aîllo entendre autrement ce vers difficile). 11 ajoute : « Qui donc a placé sur les temples des dieux te double roi des oiseaux? »
Èj:sÔj]x;{v. 21, 22).
Cela signiiie évidemment que les Corinthiens, les premiers, ont surmonté les temples des dieux d'une double image du roi des oiseaux, c'est-à-dire do deux aigles. 11 s'agit là d'une invention qui ne doit pas titre très ancienne, car la première que rappelle Pindare dans ce passage, celle du ditliyramlie, est attribuée par Hérodote' à Arion de Méthymnc qui florissail vers l'an 600. On ne peut rien dire de la seconde, puisqu'on ne sait pas exactement de quoi il s'agit; mais Didyme, cité par le scholiaste. y voyait une allusion à l'invention des poids et des mesures, ou h la première frappe des monnaies de Corinlhc par Phîdon d'Argos, qu'on place également au VII' siècle'. Suivant une autre opinion, attribuée par le scholiaste à Théophraste, en son livre sur les inventions, Pindare aurait parlé obscurément de l'invention de la roue du potier, dont une tradition faisait honneur à llyperbios de Corinthe*, contemporain, semble-t-il, du Scythe Anacharsis, c'esl-à-diro encore du vu' siècle.
Tous les commentateurs anciens et modernes sont d'accord sur un point : c'est que les deux aigles mentionnés par Pindare sont des images de ces animaux, cl non pas ces animaux eux-mi5incs, Mais un scholiaste comprend que Pindare fait honneur aux Corinthiens d'avoir les premiers construit des temples avec deux frontons : XI-^k ta xnit -csù; vsoù; -rûv Oeù-«
i. HérodoU, t, 23.
2. "On ♦»!«»» i itpôTOC xi'î'at Kopivf|ioi( tô ("Érpoï 'ApteÎo; ^v.
3, Plioe. Hat. Sal., VIT, 198.
A. U'aprèi une autre «cholie. Didyme, citant TimAe, aaraït ndmii lloterprétttioD que Qous croyooa seule exacte iBcBckh, t. Il, i, p. 273) : '0 ieTs; oîwvùv
10 VET09 PROMETHEÎIS
Ainsi Pindare aurait voulu désigner les deux frontons, celui de l'est el celui do l'ouest, que le langage ordinaire appelait aigles, ÔEtsi ou ôîto;*»"»; I*^ ra^t àsTiî pour fronton paraît déjà dans une inscription athénienne du vi' siècle ',
Cette explication trop facile n'est pas conciliablc avec les expressions énergiques du poète; c'est ce que Boeckh' et d'autres savants" ont parfaitement reconnu. Pindare ne peut avoir songé qu'à des figures d'aigles placées sur le sommet des temples. S'agit-il d'aigles formant acrotéres, ou d'aigles occupant le champ du fronton? La premii^^re interprétation ne^ serait pas inadmissible', mais la seconde me parait plus vraisemblable. Elle explique à merveille pourquoi les frontoDi des temples grecs se sont appelés ài.td, non que leur forme: rappel&t exactement celle de l'aigle, mais parce que, dans \t édiRces du culte élevés au vu" siècle à Corinlhe, deux figure» d'aigles ornaient les champs des frontons. Des frontons ainsi décorés se voient sur des monnaies de dates plus récentes* D'autre part, on peut citer un passage de Pline, qui ne dérivi nullement, comme on l'a dit, du vers de Pindare, mais de li môme tradition ancienne que le poète a suivie. « Butade d<
pavi^ïdc iniv d fui Tfiiv \ip(itv xiSJ^ievoï. Tnl; Se t'a àfiuiia, iïi( ^ifti AiSutM) i[apoiTiSf[icvo; Ti[iaiov Ijydvra xal toOtd îv rai; aîxoiafilai; aùi£iv EÛpi]|j,i, ti ji^ KKDiaùc T^iv i\iifr,<iii t£)v npoxEiiifvuv. Surquol Bœckb obeerve(t. Il,ii. p. SU) Jam uhi quatiivtris, qiitd in illa re invtnerinl Corinlhii, credamu3 Didymo ex Timaeo rtfertnti attoma ab illit guippe oi-nalius exeogilalum esse, ila lamen ul aquila ab iisdtm aelamad imposila lil.
I . Ntue Jaltrb., 1904, p. 325, d'après Wiegand, Die arcbaischt Pùrùsarchittk- (ur, p. 38.
S. Quem locum li qui» simpliciler de fastigio Iriartgulari m frotiU postieoqut lempiorum posilo Umplorum intelligerel. inepte toquenttm Findarum faeèr§i (Breckh, Etplic. Pind., p. 2)3).
3. Fix, ap. Ettienne-Dldol, The», ling. graec„ s. t. «ti; : Homtn Iulit quod aquila olim tuper faitigio fuit, aeu potius guod t'n tympano tint ana fa lîgîi aquila anagtypho exprtaaa eral.
i. Cf. Bœckh. Expiîe. Pind., p. 214.
à. SiUl, Archatol. der Kunsf, p. 327. [J'ai cité & tort, daaa la première Mi", tion de ce IraTaJ], le bas-reliet dit des prélarient (tu Mutée da Louvre, d( le fond est occupé par uii temple avec ua aigle dans le fruntoo (Clarao^ItdvJ □Bch, p. 106); M. HicboD me fait observer que cette partie du baB-reliefei moderne et qu'elle a été récemmeul enlevée.]
\ETOS PROMETIIEUS 71
Sicyone, écrit Plinp*,potierdeterrc,futlepr(!n)iei-qui inventa, à Corinthe, Aa fairt^ des imagos awc la mt^me malîêro [suit l'histoire du jeune liomme dont Ea lllle de Butade voulut conserver le portrait, puis l'exposé d'une autre tradition qui attribue à la mr'nio découverte une antiquité plus haute]. L'invention propre de Butade est d'avoir mêlé de la rubrique h l'argile, oii d'avoir modelé avec de la terre rouge. 11 fut aussi le premier qui plaça des figures sur le bord dos toits {primus pprsonas legttlarum fixtrrmis imhricibus impostiit). Au début il les appela ;)ros/y/jrt (bas-reliefs); plus tard, le même Butade Rt des ectypa (hauts- reliefs. De là vinrent les ornements du faîtage des temples (Ame et /astigia temphrum orta). » On s'est demandé si Pline, par fastigia lemplortim, entend les frontons sculptés des temples ou les acrotères; ce dernier sens est chez lui le plus usuel, pour ne pas dire le seul usité. L'expression : persana-: (prjularnm extremis imliricibiis imposuit, probablement traduite par à peu près du grec (remarque/ qu'imposuil rend liltéralenienl le verbe dont se sert Pindare, iîriôiiM), convient naturellernenl aux ni&iîques, gueules de lion et autres ornements de terre cuite qui décorent souvent, dans tes temples grecs el étrusques, les extrémités des tuiles failiëres. De ces manques, Pline passe aux statues en rondebosse qui surmontaient les temples, c'est-à-dire aux acrotères. 11 ne parle donc pa.s des sculptures des frontons, dont je ne tache pas, d'ailleurs, qu'il y ait une seule mention certaine dans son ouvrage. Mais la source grecque qu'il a suivie devait , en parler et il semble que les mots Aijic et fastigia temphrum orta la résument beaucoup trop brièvement. J'inchne à croire que cette source attribuait aussi à Buladc la décoration des frontons au moyen de ligures isolées, point de départ des grandes compositions en pierre dont un auteur grec ne pouvait taire abstraction. On a donc eu raison, malgré le» divergences que je signale, de rapprocher le passage de Ptine du I vers de Pindare, d'autant plus qu'il s'agit, dans l'un et dans I fautro. du développement de l'art plastique à Corinthe.