‹ Cultes, mythes, et religions (volume 3)Chapitre 51 sur 345 · Groupe de Léoeharie, Pline. HUt. Nal., XXXIV, IS · texte numérisé non relu

Groupe de Léoeharie, Pline. HUt. Nal., XXXIV, IS

5. ProiaUbte est eiseDliellcmeat t nup^ipac Ot£; (Soph., Oed. Cùl., 56]. Buiraot cerUiaes rersIonB, il aaroit dérobé le Teu à l'aiilel de Zeug ou aux torgei d'llppbae»log i Lcmnos (Preller-Roberl, p. !93);c'eet l'ËquiraleDl deces nytbM de «auva^ea qui n'expliqaeat rîea en alléguaQt que le feu a été pria

hamtneclieinucTieillefeiuuir, oubleD&qaelque auimal quieo avait la Une Iradition certainenieut [ilui aDcieone, paiiqu'elle ttl plus logique, noaia élé couservjepar Serviai(ad Virg., Buca/., Vl,42} : l'rométbèe a voiâ le feu i la roue du aolell {ad/iibila facu/a ad rolam Solh ignem furatui qtum llùininibuM indicavil).

80 AETOS PROMËTHEUS

siquc nous montrent-ils le Titan Prométhée cloué, lié, parfois môme empalé et tourmenté par Taigle de Zeus? Pourquoi l'aigle, toujours débonnaire aux hommes, est-il devenu ici le bourreau d*un ami des hommes on, pour parler comme Nietszche» d'un sxirhommel — Nous ne sommes pas embarrassé pour répondre.

Rappelons d'abord la conclusion, ou, plus exactement, l'hypothèse à laquelle nous sommes arrivés dans la première partie de ce mémoire. Il nous a paru qu'à Corinthe et sans doute ailleurs, avant la construction des plus anciens temples^ un aigle était souvent fixé au dessus de l'entrée do certains édifices, non pas comme trophée de chasse — les Grecs ne chassaient pas Taigle — mais comme protecteur contre les influences malfaisantes du dehors, en particulier contre la foudre'. Empaillé ou non, Tanimal ne pouvait être solidement rivé à la charpente qu'au moyen d'un pieu qui lui traversait le corps de haut en bas, de clous passés à travers ses ailes et ses serres, enfin de cordes qui le maintenaient contre un montant. Ainsi Taigle protecteur et prévoyant, le 7:pc(i.r^Ô£'j;, était exactement traité comme le Prométhée de la Fable, lié et cloué à un rocher suivant Eschyle, empalé suivant quelques dessins archaïques et un vers de la Théogonie d'Hésiode, lié à un poteau sur des pierres gravées du vu* siècle^ Le caractère divin que nous attribuons à Taigle n'est nullement en contradiction avec notre hypothèse sur l'emploi que Ton faisait d'un oiseau de cette espèce pour pro-

i. Comparez le cuq de dos clochers (Grimm, Deutsche Mythologie, p. 558). Les Wcodes, par une survivance païenne, plaçaient des coqs en haat des croix de bois. Les Hongrois, ayant renversé un coq qui surmontait le campanile d'un monastère, le quittèrent bientôt après pleins d'effroi et craignant le feu du ciel^ eo quod gailus deus iguipotens ait {ihid,, p. 539).

2. Vases & ûg. noires» Rép, des vases, L p. 388; H, p. 48 (Prométhée n'est jamais lié à un rocher); pierres gravées et bronze archaïque d*01ympie, Milchhœfer, Anfànge der Kunst, p. 89, 485, 487 (cf. Furtwœngler, Gemmem^ p. 13). Four d'antres monuments, voir Preller- Robert, p. 99, n. 3; Terzaghi, Monumenti di Promeleo^ dans les Studi et materiali de Florence, t. \\\ (1905), p. 199 et saiv.; Bapp, art. Prometheus^ dans le Lexikon de Roscher. — ilésiode, Théog.y 52t : (is^ov 5ià xtov' êXa^aa;. Il s'agit bien, quoi qu'on ait dit, d'un empalement.

AETOS l'HOMETHEUS

léger UDO maison. La mise à mort du dieu animal est un rite commun des religions primitives. soiL qu'il s'agisse de le mander en cérémonie pour se sanctilier, soit qu'on veuille se servir do sa dépouille en vue d'une mascarade rituelle ; il suffit de rappeler les U'gendcs d'Orpheus, de Zagreus, de Pentheus, héritiers de divinités aaîmales qui étaient périodiquement sacrifiés par leurs fidèles, non pas en dépit, mais à cause même de leur sainteté.

Lorsque l'anltiropomorphisme l'emporta en Grèce sur le zôomorpliisme et le phytomorpliisme, sans doute par l'elTet d'une invasion venue du nord — pélasgique, minyenne ou aryenne — Prometheus fut nécessairement conçu comme un homme qui avait été empalé, lié el cloué. Mais il fallait imaginer un motif de ce traitement barbare infligé à un personnage quasi-divin. Le prototype du Prométhée anthropomorphe, l'aigle protecteur, fournit naturellement l'explication, L'aigle, avons-nous dit, passait pour un bienfaiteur des mortels, parce qu'il s'était élevé jusqu'au cîel et leur avait rapporté le feu céleste ; c'est de lui que l'Iiumanité avait reçu le plus précieux des dons. N'est-ce point pour cette raison qu'il avait été cruellement châtié par Zeus, le nouveau maître du ciel. le dieu jaloux? Mais l'aigle faisait partie intégrante delà légende'; il ne pouvait plus en être éliminé; i! devait seulement changer de rôle, être associé en quelque manière au demi-dieu con(;u sous figure humaine, soit à titre d'ami, soit en ennemi. Comme dans la légende d'Adonis, où le sanglier sacrifié devient le sanglier homicide, dans celle d'Hippolyto, où les chevaux sacriliés passent pour les meurtriers de leur mattre', l'aigle divin, jadis victime, devint bourreau. Serviteur désormais du dieu céleste, il fut chargé du soin de sa vengeance sur le téméraire qui avait volé le feu du ciel. Ainsi !c xp3;jii;Qgû{ se dédoubla en quoique sorte el l'aigle qui

1. Les moQu méats QgurÉs reprédeulent toujours un dgle; ou paraît BToIr ■ubitilué DD vaatour ^ l'olieau céleste quaad le m^lbe du lupplioe de Promélbée fat Iransfirè aux Eofera. Cf. S. RelDich, Cultes, t. tl, p. 171.

% S. RetuBCh, Ilippolyte, la Archiu fur Reliijionnwisstnackaft, t. X (1901), p. 47-Sa (cl pIuB haut, p. Si el "uiv.].

88 AETOa PHOMETHEUS

avail d'abord porté ce nom devint l'ennemi et le tourmenteur do Proraélhéo.

On avouera que cotte lliéoric se lient assez bien, qu"«llo fait état des données essentielles du problème el qu'elle oit're, par surcroît, un parallélisme frappant avec d'autres explications que j'ai déjà présentées de mythes grecs, notamment ceux d'Orphée, de Penlhéo, d'Actéon et d'HippoIyto. J'avoue d'ailleurs volontiers, comme il s'agit de faits très anciens, antérieurs à toute histoire positive et sans doute ignorés des Grecs eux-mêmes à l'époque classique, que mon interprétation ne peut prétendre à la certitude; il me suffit de revendiquer pour elle quelque vraisemblance. A dire vrai, c'est un édilice construit non avec des matériaux résistants, d'une solidité éprouvée et vérifiable, mais avec des liypotlièses possibles ou probables qui se soutiennent et s'arcboutent mutuellement. Ce genre d'architecture est connu : c'est celui des châteaux de cartes. Mais peut-être faul-ii se résigner à y avoir recours quand on cherche à expliquer des mythes dont les racines, plusieurs dizaines de fois séculaires, plongent dans le passé le plus lointain do l'humanité.

Jusqu'à présent, en dehors des exégèses littéraires et phi-. losophiques qui faisaient de Prométhéo l'image du génie humain malheureux, ou de l'insolente ambition de la science rappelée à l'ordre par la religion — hypothèses trop absurdes pour mériter qu'on les discute sérieusement' — il n'existait, du mythe de Prométhée, qu'une seule tentaiive d'explication, proposée par Adalbert Kuhn en i859', modifiée légèrement

1. Je ne meotloDne que pour mémoire U version eihémériate : « Protaév tliée, qui était un prince éclairé, décooTrit auihabitaote de la. Scythie, gens barbares et groiiiers, la maolère d'appliquer le Teu à leurs besoÎD» et à pluiienra opérations dei arti maouels. Voilà ce que déslRoele feu qu'il emprunU du ciel. ■ (CheTalier de Jnucoutt. art. Feu de l'Enûyclopédie,éd. de Geatra 1773, t. XIV, p. 2ia). Les evhém^riïtes de rauliquilé raisaient de Prométliéà un astrologue qui arail aon observatoire sur le Caucase (SerT. art Vïrg Bucol., VI, 12).

ï, A. Kuhn, Dir flerabkunfl dts Ftuers, Bprliu, 18S9. Milchnoefer appeUU encore ce mémoire ■ eine der ktrvorragtndsten Leislungen auf rf«n GebieU dtr lergteichenden Sagenforschung <■ (Anfilnge der Kunsl, 1883, p. 89),

par Max Millier et quelques autres, mais, dans ses diverses rédaclions. (îgalt^monl cxlravagiinto et irrecevable. C'est le miirile de M. Andrew Lang d'en avoir débarrassé la science; mais, antérieurement mfimo à son livre (1883)'. elle avait déjà perdu son crédit et Borgaigne, dès 1878, dans son grand ouvrage sur la religion védique, se contentait d'y faire une allusioD presque dédaigneuse. Kulm crut reconnaître, dans le nom parfaitement grec de Prométhée, le sanscrit pramtinthyus, durivé de pramanlha. nom du vilebrequin dont on faisait usage pour produirt^ le feu par frottement. Mais pramanlha est à la fuis apparenté au sanscrit matkuami, signiBant « frotter » et au grec iJiavOivio, signilianl « apprendre » ; d'autre part, la racine manik exprime l'idée d'enlèvement et de vol. Donc, Prométhée est à la fois le frotteur, le savant et le voleur (du feu) et les Grecs ont été victimes d'une triple contusion du langage'. Un peu effrayé do tant d'audace, Max Mù!lor renonçait à faire intervenir l'idée de larcin contenue dans mantk ; mais, par là mùme, il laissait sans explication aucune la partie du mythe relative au vol du feu'. Pour lui, Prométhée, producteur du feu, est aussi le dieu du feu. identique à Agni et, par suite, à l'inévitable Aurore mullérienne, M. Lang n'a pas manqué de répondre que le vol du feu est partie intégrante, essentielle du mythe, et que ce vol est particulièrement digne d'attention puisqu'il se retrouve dans la

I. CF. A. Lang, La mythologie, Irad. franc., p. 106; Modrrn mi/ltiolog;/, p. 19*.

3. Cr. Bréal, Mélanges de Mylholagie (IS17]. p. 1S : " Le Dom de ProméltiÉo Tient, comme l'a démontré M. Kubo, <lu védique pramanlha, c'est-Â-dire qu'il désigae celui qui iatroilull et tourne un bàloa daD« le creux d'une roue, pour produire le feu par le frollemeot. Mail la ruclue math, manlh, qui d£iigue uu mauTemeut pbjaique daua U lauftue ds Tlude, a ëU détournée de ce seuil en grec pour marquer le mouvement de l'esprit, de la même fl^oa que eogitare en latiu. ITua foU que (lavU, ^tfi signifia prnwr, savoir, IlponTifeùc devint le dieu qnl counatl l'uvculr. De \K le Prouiétbâo d'Iîscliyle, prédisant aux dieux le sort qui les attend >.

3. NI Knbu ni Max MQlii-r a'ex[>llqueDt le cbIVtimeul de Prométhée ; M. Bnpp. qui Insiste sur la nature volonntque du mylbe, ne l'eipllqiie pas davanlage. En mythologie, une expUl^alion incomplète ue peut élre bonne à luoitiA : elle doit £tre entièrenieut fausse.

90 AETOS PROMETHEUS

mythologie de divers peuples sauvages, qui ne possèdent cependant pas, dans leurs idiomes, les racines sanscrites math et manth. Mais M. Lang, conformément à son habitude, n'a pas proposé de théorie; il se contente de constater l'existence, en divers pays, de l'idée du feu obtenu par un larcin et il ajoute spirituellement' : « Lorsqu'une Puissance désire aujourd'hui ce qui répond, parmi nous, à la possession du feu, c'est-à-dire le secret d'un explosif appartenant à une Puissance rivale, elle aussi n'a d'autre ressource que de le voler ». Quant à la nature de la peine subie par Prométhée, M. Lang n'en a rien dit; or, c'est précisément dans le caractère singulier de ce supplice, dans le rôle de l'aigle, que j'ai trouvé ce qui me semble être le mot de l'énigme, la clef du mythe.

11 est vrai que j'ai autrefois émis une opinion — très brièvement motivée, d'ailleurs — qui est en contradiction avec celle que j'exprime aujourd'hui*. J'ai pensé que l'aigle de Prométhée n'était autre que l'aigle ou le vautour qui déchire, aux Enfers, le Titan Tityos et que cet aigle ou ce vautour de Tityos avait été emprunté par la fable grecque à quelque monument du genre de la célèbre stèle chaldéenne des vautours, où l'on voit des morts abandonnés aux oiseaux de proie.

Il y a, toutefois, une différence capitale entre Tityos et Prométhée; le second est attaché à un poteau ou à un roc, cloué ou même empalé; le premier a été simplement foudroyé par Zeus et le poète homérique le représente étendu tout de son long sur le sol, dont sa colossale stature couvre neuf plèthros*. Les clous, les liens, le pieu, l'attitude debout ou assise, sont des éléments significatifs et non négligeables du supplice traditionnel de Prométhée. Toute explication du mythe doit en tenir compte si elle veut prétendre à la vraisemblance; c'est parce que la mienne no néglige aucun de

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