LES SYGOPHANTES ET LES MYSTÈRES DE LA FIGUE
logue existait-il dans le culte des Phytalides? Il y a lieu de le croire. Dans la légende évhémérisée et atténuée, Déméter reçoit simplement l'hospitalité chez des mortels ; mais on a la trace, du moins à Eleusis, d'une union plus intime entre la déesse et le héros local. Si Phytalos a été Tamant de Déméter à Hiéra Syké, le culte du figuier devait comporter une hiérogamie comme celui du blé. D'ailleurs, les anciens savaient qu'une hiérogamie était un épisode essentiel de tout culte mystique ; Alexandre d'Abonoteichos, le faux prophète de Lucien, ne manqua pas d'en célébrer une avec sa jolie complice Rutilia^
Je sortirais de mon sujet et je répéterais des choses déjà dites si je voulais insister ici sur l'importance religieuse du figuier et de la figue, tant en Grèce que dans plusieurs régions de ritalie. En Grèce, les figuiers divins ou plutôt les génies de ces figuiers furent assimilés, lors du triomphe de l'anthropomorphisme, tantôt à Zeus, tantôt à Dionysos ; on connaît un Zeus meilichioSy stikasics, un Dionysos meilichios, snkeatès, sukiiès*^ l'un et l'autre conçus comme IvBsvSpoi, c'est-à-dire comme résidant dans les arbres. La figue et le bois du figuier étaient employés dans les purifications, les fumigations, les flagellations rituelles, dont le but est d'obtenir la fécondité par le transfert de l'esprit du bois dans le corps humain ; figuier et figue paraissent avoir eu une importance particulière dans les rites des Plyntéries, des Thargélies et probablement des Diaisies*.
TpiiiToXipiou icaipO- Eubouleus naquit de Déméter et de Réléos {Bymn, Orph.^ XLI, 5-9).
i. Lucien, Pseudom., 39. II y a comme un écho très lointain de cette conception dans l'histoire dégoûtante, mais infiniment instructive, de Jacques Casanova et de la vieille marquise d'Urfé.
2. Cf. Wide, Laconische Kulie, p. 166. Les Naxiens honoraient Dionysos Meilichios pour leur avoir révélé la figue; dans les statues de ce dieu, le visage était sculpté en bois de figuier. Cf. Boetticher, BaumkuUus, p. 437.
3. Cf. Lobeck, Aglaoph., p. 703; Harrison, Prolegomena^ p. 75;Toepffer, Attische Généalogie ^ p. 247. Il est remarquable qu'on se nourrit exclusivement de figues aux Plyntéries et qu'on nourrissait les nouveau nés, à Athènes, avec du jus de figue.