LES SYCOPHANTES ET LES MYSTÈRES DE LA FIGUE
En Italie^ et particulièrement dans le Latiumet à Rome, il existait un culte très ancien et très développé du figuier ; Romulus et Remus viennent au monde sous le figuier dit Ruminai, dont un rejeton fut transplanté sur le Comitium à Rome ; le 7 juillet, anniversaire de la mort de Romulus, les femmes célébraient une fête lascive dont Preller a déjà soupçonné le rapport avec la caprification que Ton opérait à la même date^ Ce n'est point par hasard, dit M. Frazer, que la mort du premier roi de Rome, né sous un figuier, était fixée au jour même de la fête des figues*. Comme la femme de larchonte-roi à Athènes était annuellement mariée à Dionysos pour assurer la fécondité de la vigne, le roi de Rome pouvait, dans un ancien rituel, être marié annuellement à la reine de la figue et mourir le jour même où il avait accompli le devoir conjugal, pour ne point exposer les cultivateurs à subir les conséquences de sa décrépitude, s'il lui était permis de vieillir. — J'expose, sans Tadopler, cette opinion très hardie, mais dont la hardiesse a encore été dépassée par M. Ettore Fais. Aux yeux de ce savant, Rome n'est pas la ville de la rivière^ Rumon^ ancien nom du Tibre, mais la ville de la figue, rumis^ vieux mot désignant à la fois le lait humain et le suc blanc de ce fruit. Les villes latines Ficana et Ficulea sont aussi des villes figuières. C'est pourquoi, dans le sacrifices dont on attribuait l'institution à Romulus, les libations n*étaient pas de vin, mais de lait. C'est pourquoi aussi Ton disait que Romulusavait péri dans le marais dit Caprea ; le nom aurait été suggéré par celui du figuier mâle capri/icus*. — Discuter ces opinions ingénieuses, mais insuffisamment justifiées, est une tâche qui ne m'incombe pas en ce moment ; il me suffit de montrer que l'importance religieuse du culte de la figue et de la culture qui est née de ce culte n'échappe pas à ceux qui cherchent dans les religions primitives, dans les survivances du totémisme végétal, l'explication des mythes et des rites où le figuier intervient comme un élément.
1. Frazer, Early hislory of Kingship, p. 269. On a cru à tort, diaprés Théophraste, que la caprification n'était pas connue en Italie; Palladius et Goiumelie en parlent, sans dire que ce soit un usage récent.