Cf. Foucart, U, p
LES SVCOPIIANTëS ET LES HVSTËllËS DE LA PiUUE 113
Ira pas volontiers que les gens, visés sans être nommés par l'hiérophante, SQ soient retirés sans bruit; la foule les désignait par leurs noms, les accusait tumultueusement de tel ou tel crime, les houspillait et les Forçait h la retraite. Mais il arrivait sans doute aussi que l'hiérophante, connaissant sa paroisse, procédait par allusions plus précises, sinon par désignations nominatives, Le passage déjà cité d'Aristophane n'aurait pas été compris du public, si, eu principe du moins, il n'avait pu en Ôtre ainsi à Athènes. " Hors d'ici, s'écrie le chœur des initiés, le mauvais citoyen qui excite la sédition, le chef qui livre des forteresses et des vaisseaux, le misérable percepteur comme Thorycion..., l'orateur qui retranche sur le salaire des poètes 1 » On a beau faire très large la part de plaisanterie : il n'en reste pas moins que l'hiérophante, dontio chœur tient ici la place, tout comme Alexandre dans les mystères de Glycon, dénonçait les impurs et les coupables ou excitait la foule h les dénoncer.
Ainsi la proclamation do l'hiérophante jouait un rôle analogue h celui des moniloires sous l'ancien régime en France, dont l'objet était de délier les langues et de provoquer des dénoDciatious. La constitution athénienne ignorait l'accusateur public; mais, dans une certaine mesure, l'hiérophante en remplissait les fonctions.
On conçoit que dans les bourgades primitives de l'Attique, où l'organisation du culte, bien plus rudimontaire qu'à Ëlcusia, tenait lieu d'institutions civiles encore dans l'enfance, cette proclamation de l'hiérophante ail répondu & une nécessité sociale, en mémo temps qu'elle risquait de déchaîner des soupçons injustes et d'exposer des innocents k des accusations collectives et anonymes. Tel fut d'ailleurs, en France, l'ordinaire effet des monitoires. Si l'hiérophante d'Eleusis ne fut jamais qualifié, que nous sachions, de délateur, cela lient à la majesté du caractère dont il était revêtu et sans doute au fait que la