LES SVGOPËANTES ET LES MYSTÈRES DE LA FIGUE
xp6ppY](7i; éleusinienne n'était guère qu'une formedité ; mais le sycophantc des Phytalides a fort bien pu devenir le type du dénonciateur frivole, à Tépoque lointaine où le culte auquel i^ présidait^ pâlissant devant celui d'Eleusis, ne jouissait pas d*une considération supérieure à celle des mystères orphiques et pseudo-orphiques que raillaient les Athéniens éclairés du IV' siècle.
Un culte qui rapporte des bénéfices à ceux qui le célèbrent ne disparaît jamais subitement ; il traverse d'abord une période d'obscurité et de discrédit, où ses prêtres deviennent des exorcistes et des diseurs de bonne aventure, comme les druides et les druidesses de la Gaule sous Tempire romain. Tous les cultes familiaux qu'absorba le sanctuaire national d'Eleusis ont dû passer par une phase de ce genre, que les cultes orphiques et isiaques ont également connue plus tard. Le nom desycophanie^ dénonciateur religieux qui présidait aux mystères de la figue, se conserva dans le langage populaire, où il désigna un accusateur frivole qui rend son accusation publique; mais Torigine en fut si bien oubliée que Ton inventa diverses historiettes pour justifier la forme étrange de ce mot. Seule, Tanalogie de syco* phante avec hiérophante semble une marque indélébile et irrécusable de la signification particulière d'un composé qui, comme tant de mots, d'idées et d*usages, a dû se laïciser pour survivre.
Appendice.
Le rail de provoquer, dans les myslùrcs, l'exclusion préalable des personnes indignes, n'est pas parliculier à l'antiquité. Eu voici un exemple très curieux et tout récent, emprunté bu journal Le Malin, du 18 août 1907 ; j'imprime en lettres grasses le passage essentiel:
« Stiusbouhg, 17 août. — De notre correspondant parliculier (par téléphone). — Plusieurs localités de laHesse sont actuellement le théilLre de scandaleux exploits qui doivent être imputés Ik la folie religieuse.
( Il y a un mois environ, on avait signalé quelques-unes de ces manifestations à Cassel. Mais la police lit cerner le local où se tenaient ces réunions.
H Seulement, le mouvement s'est étendu depuis à nombre de localités de la province. Le siège principal des nouveaux <iillu- » minés n est à Gross-Almerode. Voici ce que raconte un témoin oculaire :
« Hommes, femmes et cnfaols sont en proie à un certain éner- II vemcnt avant que commence la séance.
<t Après l'exécution de cantiques cliantés en chœur, un adoles- « cent gravit les marches de l'autel, danse une sarabande elTrénée Il et, les traits afTreusement crispés, pousse des cris inarticulés.
u Le pasteur s'approche alors de l'adolescent et s'écrie en lui 'I imposant les mains : « Le Verbe est en lui ; c'est le Verbe qui u parle I n
« La foule extasiée écoute durant quelques minutes ces sons u inarticulés qui doivent être les discours du Verbe; puis, un u enthousiasme indescriptible succède aux minutes de recueille- <• ment. La foule bat des mains, les hommes se jettent à genoux, i< baisent le sol ou frappent de la tête les dalles du parvis. Les ,1 femmes se jettent au cou des adolescents, puis le pasteur adresse <c aoe eonrte prière au Très-Haut, disant :
u Seî^eur tout puissant, sifjnale à tes enfanls celui (|ai parmi eux H n'est pas digne de rester ici. «
116 appendice;
u Les fidèles, complètement affolés, s'emparent alors da c yenn, qni est eipolsé ayee fracas dn temple. »
« Plusieurs meneurs de ce mouvement sont déjà deTeans célèbres dans toute la région. Il y a notamment le prophète Dalimayer, qui parcourt le pays, répandante profusiondes brochures où il prétend avoir été touché par la grâce divine. Le Messie lai serait apparu et l'aurait chargé de convertir les masses.
« Dallmayer chasse l'Esprit Malin et guérit les malades en leur imposant les mains. II est accompagné de deux Suédoises qui, prétend*ilj auraient le don de prophétie.
c Dans la localité d'Eschwège, c'est le prophète Hartig qai opère» mais ce dernier est moins détaché des choses d'ici -bas, car s*il prêche il quête aussi et il est en train de réaliser une petite fortune. »
Depuis que mon mémoire sur l'étymologie da mot Syeophamie a été i^>mmuniqtté à FAcadémie des Inscriptions (1906), plosiems autres notices on mémoires ont été pubh'és sar le méoie sqet. Je vais les énumérer et les résumer brièvement :
l* filial, Compies nnutiu de rAcadémù. 1906, p. 740 (S8 décembre). M. Brêal pense que le terme sycopkanie ae recoaTre rien de r^K que cVst une simple injure analogue à ciirwmik^ « Da sycQphante est un hiérophitnte de rien du toat. « Cette expUeatioa ne viitF^re ^uèn? de celle de Dacier, reprise par Boe^rkh cf. pims haut« p. 97' : elle se heurte à Tobjection grave que la figue, aax veux des aucieus^ n^a Jamais été synonyme de « rien da loat «.
â* Arthur Bernard Cook. Cow/cîx/ R^niew^ aodt 1907. p. i3S4J8. L'^Auteur développe l\>piuioa de Sltil . rjxssimjç ^r iiéptraî-) ; g n^a cv>aQti cette hypothèse qu'après aToir tenalné soa Béaoîre^ oà Tou trouve dHuteressantes repriHiuctionsde mains 6ù»Bt le geste de la ti|cue. Voici lacoacLusiou de M. Cook: < y:iMHixy:g» ai l'accusatiiT denoterùt one assomptioa ootrsi^eaate, roî>jet du >feH>e est iiuEtAoatcf ; on poorrût traduire par 4 ^n^ssierement. *• — II est iuutile d'iostster sur la Êubtease de l!i^>r«e dj poiat de vue ie la <emaJitique. lucideauneaC X. a rappelé aue explicatiou de V. Lauceiot Shadwi^ qui h restv^} .acvitaae eC qui est absurde : * La mut st^puHe fcefeeMisl
APPENDICE in
celui qui amène les figues à la lumière en secouant l'arbre el, métapliysjquement, celui qui, par de fausses accusations, oblige les riches à livrer leurs fruils. «
3" Paul Girard, «•'dup dfs Kludei grecques, 1907, p. 143-163. Le hiârophanle ne serait pas, à l'origine, celui qui exhibe les choses sacrées; le mol doit s'expliquer comme hiérokfrijx et signille r « apparition sacrée » (p. 158). Quant au sycophanle, c'est «celui qui paraissait dans le figuier, en train de voler des figues » {p. 155), H Le voleur surpris dans le figuier ne pouvait nier; mais, le délit nue fois constaté et puni, on admettra sans peine que le nom de Tjxsfavn^î lui demeurât attaché comme une tare et qu'on l'appelât de ce nom lors même qu'il ne le méritait plus, ou qu'on (il de ou/:çivcT;î une injure à l'adresse de ceux qui étaient seulement soupçonnés d'avoir volé des figues; ceux-ci, de leur côté, comme le premier sans doute, traitaient leurs adversaires de sycopbantes. et voilà pourquoi uuxoçavTEtv finit par signiBer calomniera {p, 159-ltO). M. P. Girard trouve celle explication « séduisante » ; peu de philologues seront là-dessus de son' avis.
4" Un mémoire Irès sérieux et plein d'idées neuves a été publié en anglais par M. Paton dans la Rfvue archéologique de janvierfévrier 1907. sous ce litre : 7'he Pharmakoi and Ihe Hory of ihe fait (p. 51-57). M. Paton approuve mon explication de ou«çivn;î, à laquelle il était arrivé indépendamment (p. 52) ; puis, insistant sur le râle religieux de la Tigue. il a expliqué pour la première fois un des passages les plus embarassanta de la Genèst. Voici son raisonnement. Au mois de Thargelion, deux victimes dites Pharmakoi étaient conduites hors d'Athènes, portant des colliers de figues sèches.De pareils colliers de figues m&les servaient à l'opération de la cap rit! cal ion, consislant ù féconder le figuier cultivé, cru femelle, au moyen du figuier sauvage, cru mAle. Helladius dit que les Pharmakoi mAles portaient des figues noires, les Pharmakoi femelles des figues blanches. Ce texte laisse enlrevoir un étal de choses plus ancien, où les Pharmakoi étaient un homme et une femme, conduits hors de la ville, tout nus, sauf une ceinture de figues. Une fois sortis de la ville, les Pharmakoi étaient frappés sept fois, avec des branches de figuier, sur les parlies de la génération, opération magique dont le bul évident était de promouvoir la fécondité du couple, oij résidait un principe de vie en sympathie avec celui des figuiers. Avec le temps, cette cérémonie