I. C. Julllau, Nolei gallo-romainei, X\\ (1906], p. tn
1, La Umoiguage do Tatitesurles Auslii (roruj ftrri, frci)ueni fusitum Gtrm.. iSJ, peut être dû À une giaèralUaUDD uabgju ; cf. ibid.. S, puie, d'uue tnsoièro gûuérale, de la rareté du fer cbei les Gerinniot.
informent les troupes roniainos et leur donnent, des instructions en conséquence pour le combat corps k cops. Le récit de Polybe est si détaillé qu'il n'aurait pas manqué d'expliquer en quelques mots le caractère défectueux des armes des Insubres si cette infériorité avait été, dans son opinion, l'elfelde l'épuisement de leurs ressources, et non celui du manque d'Iiabileté de leurs artisans.
Le dernier archéologie qui ait traité avec détail des épéea anciennes écrit à ce propos : « Les épées de La Tène étaient forgées avec du for doux ; par suite, elles se recourbaient facilement dans le combat, comme cela est d'ailleurs attesté par d'anciens auteurs*. » Rien de plus; pas même un renvoi aux auteurs en question. Mais il y a une diiïérence importante entre une arme qui se recourbe, qui tend à prendre le profil d'un sabre, et une arme qui se replie sur elle-même comme une lame de fer blanc. Or, c'est bien de cela que parle Polybe. Une expérience, faite au Musée do Saint-Germain, avec une lame de fer de la longueur et de l'épaisseur dos épées gauloises, a prouvé qu elle pouvait bien se fausser en frappant violemment un obstacle, mais — le bon sens suffit à l'indiquer — qu'elle ne se " doublait » pas. l'our a doubler >■ une pareille épée, ou lui donner la lorme d'un S, il faut qu'un homme la lorde fortement et longuement en l'appuyant contre son genou; une succession de coups, si énergiques qu'on les suppose, ni! peut pas produire le même elTot.
L'information de l*oIybe ne rcposc-l-elle donc sur rieu? C'est là, de toutes les hypothèses qu'on peut faire, la moins admissible, car Polybe est un historien de premier ordre. Son information est d'ailleurs confirmée, du moins en apparence, par ce fait que le capitaine de Sigrais ignorait encore et que t'abbé Cochet a constaté en 1817' : c'est que nous | dons un bon nombre dépées gauloises tordues, doublées, repliées en trois et même en quatre. Signalées d'abord en Normandie, ces épées repliées l'ont été depuis en Champagne,
I. J. Naue, Die eorrBmUchtn Schwerler, Huoicb, IA03, ii. 89. S. Rnue arcMol., ISG3, I, p. 33 ; et. ibid., 18S9, p. 7S3.
m MYTHE Ni IfVa RITE
dans [a vallée du Rht'inc, dans la vallée du Rhin, en ii^uisse. dans rilalie du nortl (lig. 1), en Hongrie, en Roumanie, en Espagne, et m<ime en debors du domaine propre de la cîvili-
I sation celtique, au Danemark duns l'Ile de Bornholm'.
Les archéologues qui se sont occupés de ces épées repliées ont tous rappelé les textes antiques qui mentionnent des ép^es gauloises ainsi tordues; mais il est curieux de voir à quel point leur connaissance, d'ailleurs incomplète, des textes les a conduits à se contredire sur la question de la qualité de ces armes. Techniciens eux-mêmes ou éclairés par des techniciens, ils devaient avouer qu'elles sont excellentes ; historiens,
I ou croyant l'Ôlre. il étaient tenus do les déclarer exécrables.
Fig. I. — Epée gauliiUc ile Çatarfto, tordae intenlionoellemenl'.
Voici comment s'exprime M. Vou^a dans son livre sur Les Belvètesà La Téne (p, 16): on sait que La Tène, sur le lac de I KeufchAlel, marque l'emplacement dun fortin helvétique du IV" au H* siècle avant noire ère, où l'on a découvert une centaine d'épées en fer et quantité d'objets de harnachement, d'usage ou de parure : « Les (îaulois travaillaient le fer et le bronze avec une yrande perfection ; plus de la moitié des épées
(. Pour les exemplee signalés pu NorniaDilie, voir Coulil, Bull, de la i^oeiéU normande d'éludta prihistoriqura, t. IX, 1901. p. 97, qui en Indique auanj d'aulrcB. Pour la Chimpague, voir Morel. La Champagtte loulerraint, p. S5 ; Coyoo, L'art du fer à fépaqve gauloise, p. 10, etc. Ponr la fallËe du Rhôoe: Bullelin du Comilé, 1897. p 1111-520 laveerpUncbes). Pour la Suisae : BoDiUtlen, Armet tl charioU découverts à Tiefennu, pi. V, etc. Pour l'Italie du nord. Il iurSt de reD«o>er à uue qoIo de Brliio, Monwn. antiM, t. IX, p. 7S6. Pour |« Hongrie: Hev. arcltio/.. 1879, II, p. SU, Slî. i'our TEspatiae : Bev. archéol., 1987, 11. p. 153. Pour UoriiLalni : Mnleriaux. t. XXII, p. 3H4. J'ai noté plunieun eiemplea d'épées repliées duns les Mutées de U ralUe du Rbin.
3. Hivtala dr Vono, I8S3, pi. 1 a, 6g. 15; Bertrand et Hciaacb, les Cellesp. 168. Bg. 96.
étaient encore dans ie fourreau et, lorsqu'on parvint à sortir, elles paraissaient n'avoir jamais élé employées; h celles qui sont sans fourreau, beaucoup présentent des entailles ou sont Tausséos. Ce sont bien les épées pliantes et à pointe camarde que les historiens romains [sic) nous décrivent, ces épées mal trempées qui se ployaient sur les armes des Romains et se changeaient en strigiles selon Polybe [Polybe n'a jamais dit cela; cette comparaison avec des strigiles est de l'invention du traducteur Ckmgny]. J'en ai redressé plusieurs qui étaient ainsi faussées. »
Le mot >• faussées » est assez vague; s'il s'agissait d'épéee repliées ou doublées, Vouga l'aurait dit. D'ailleurs, dans lea quatre planches d'épées qui accompagnent son mémoire, il n'y a pas une seule épée repliée
Le mémoire de Vouga est do 1885; l'année d'après, 1886, M. le D'' Gross publiait son ouvrage La Tène, un oppidum helvèii^, où sont réunies, sur quatre planches phototypiques, les images des épées trouvées à La Tène, toutes en fer et non tordues. A la p. SO, M. Gross parle de la « perfection technique » des armes de La Tène; mais, à la page suivante, sous l'influence du passage cité de Vouga, que .M. Gross a d'ailleurs omis de citer, il écrit : « Plusieurs épéos, principalement celles qui étaient encore renfermées dans leur fourreau, sont parfaitement intactes et dans un état de conservation tel qu'elles paraissent n'avoir jamais servi; d'autres, en revanche, témoignent d'un emploi répété par les brèches multiples de leur tranchant; d'autres encore sont entièrement taussées et quelques-unes même sont brisées en plusieurs tronçons. " On ne s'étonne pas que certaines épées, recueillies dans les ruines d'un fortin abandonné depuis plus de deux mille ans, soient ébréchées, brisées ou faussées; remarquez que M. Gross, comme M. Vouga, emploie ce dernier mot, mais ne parle pas d'épées repliées sur elles-mêmes. Toutefois, au mot faussées, il ajoute une note où il transcrit ce qu'il appelle " le jugement que porte Plutarque sur la manière de combattre des compagnons de Brennus. » Plutarque ne porte pas de jugement, mais copie Polybe ; il ne parle pas des compagnons de Bren-
les en ^| quant ^|
^Huus, mais de Gaulois qui Rrcnt la guerre aux Romains vingt- ^K trois anaplus tard; otitin, l'olybe et Plutarque parlent expressément d'épées gauloises réplit^es et doublées, non pas d'armes simplement faussées. La référence, outre qu'elle manque de précision, pourrait faire croire à torique cerlaines épées do La Tèncont été trouvées dans le même état que beaucoup d'épées exhumées de tombeaux celtiques, qui sont effeclivement repliées en deux, en trots et même quelquefois en quatre.
Ce qui est vrai de La Tène est vrai d'Alésia. Parmi les épées recueillies au cours des fouilles ordonnées par Napoléon III, quelques-unes sont faussées et brisées, tant par l'etTet des cbocs que par celui de la rouille ; il n'y en a pas qui soient repliées.
Je n'hésite pas à affirmer que les épées repliées se sont toutes trouvées dans des tombes celtiques et qu'on n'en a pas
I rencontré dans les stalions non-funéraires, dont les plus connues sont La Tène et Alésia".
Mais pourquoi les tombes celtiques ont-elles donné en si grand nombre des épées repliées? Les archéologues qui acceptent les yeux fermés le témoignage de Polybe pourraient Atre tentés do répondre que les guerriers, ensevelis dans les tombes, sont morts en combatlant et que leurs épées s'étaient repliées en deux ou en trois au cours des luttes suprêmes qu'il ont soutenues. Mais il suffit de faire observer, pour réduire celle hypothèse à néant, que l'épée repliée en deux ou en trois se trouve très souvent dans son fourreau*; si
I. • Oa replisit parfou é[da9le> meauraut HO k S taujoun coïncida nvec la Soc. normande •lilude» prtliii
:e>, le» )ioignardi et mëine de gracdei □ètrei, Ea Norojsadie, ces découverlei aat e de ïBseB fuuérsiref • (CouUl. Bu/I. de la t. IX, 1901. p. 101). Ce« uécropole» nor- DModea appartleDDEot k la seconde pha^e du deuiiéme ige du Fer (La
noB II).
s. Voir, aa musi^p de SaiDt-Cermaia, le» o» 4lt79, 4S83. 11387, I3B0> (ép«e« torduM daon leur* roiirreaDi, provenant de sépultures gaulolwi delà Jlarac).
elle avait été déformée sur le champ de bataille, en assénant de grands coups sur les casques et les cuirasses des ennemis, il est évident qu'elle se trouverait hors du fourreau et que le fourreau, n'étant pas une arme, n'eût pas souiTert.
Nous sommes donc en présence d'un rite celtique, rite que l'on constate ailleurs encore qu'en pays celtique et qui rentre dans une catégorie d'usages funéraires très répandus que l'ethnographie étudie sous la rubrique de « brisures intentionnelles »*. Les vases, les figurines en terre cuite, les armes, les outils, les vêtements, souvent même les objets de parure sont endommagés plus ou moins gravement, brisés, mutilés, déchirés, avant que la tombe se referme sur le possesseur ou le porteur de ces objets. Je ne connais qu'un seul texte antique mentionnant cet usage; c'est un demi-vers de Properce : fracto busta piare cado*, qui se rapporte à la brisure des vases funéraires; mais les fouilles en ont fourni d'innombrables preuves, que Millin et Millingen, au commencement du XIX* siècle, ont été, semble-til, les premiers à recueillir'. M. Pollicr et moi, en explorant la nécropole de Myrina en Eoiide, avons souvent remarqué que la mutilation des objets, figurines, vases, ustensiles de bronze, ne pouvait s^expliquer par la pression des terres ou la vétusté ; la tête de telle statuette se trouvait dans un coin de la sépulture, le corps dans le coin opposé; il était évident que les survivants avaient brisé les figurines sur le bord de la tombe ouverte et en avaient jeté les fragments dans la fosse avec le dessein de les séparer*. On remplirait un volume avec des témoignages de ce genre ; qu'il me suffise de transcrire quelques lignes de M. Vedel, sur les fouilles exécutées par lui, avec beaucoup de conscience, dans les
1. Voir surtout Verh. der Berl. Gesellsch. fUr Anihrop.^ t. XXIV, p. 166 ; Archiv filr Anthrop., t. XXIV, p. 180. Le même usage de briser des yases sur les tombes se constate dans le Bourbonnais et le Berry, à Madagascar, en Nonvelle-Guiuée, dans la Grèce contemporaine, etc. 11 est inutile d'accumuler les références.