‹ Cultes, mythes, et religions (volume 3)Chapitre 92 sur 345 · HMériaui, t. \\\\. p. S8i · texte numérisé non relu

HMériaui, t. \\\\. p. S8i

3. !>«■ poitilet de taace no (et laot quRlquefois tordue) et pllées eomaie le» I iptei {Bull, du Conili, 1S97, p. 502, SOS; Monumenii andchi. I. IX, p. 156). 3. Uorel, La Champagne touterraînt, p. %S.

ISt UN MTTHE NÉ DIT* RITE

ment celle-ci ; le mort est un homme brisé; il faut que les objets qui l'accompagnent dans la tombe soient brisés aussi. L'usage si répandu de placer des objets dans les lombes a été généralement expliqué, par les anciens eux-mêmes, :;omme l'effet de la sollicitude des vivants, qui veulent meubler la demeure du mon et subvenir ainsi aux besoins de la vie d'oulre-tomhe. II est incontestable que cette idée du don fait aux morts s'est manifestée de bonne beure et a produit des conséquences dont les fouilles de toutes les nécropoles portent témoignage; mais c'est une idée secondaire, non primitive, et qui se concilierait mal avec l'habitude de briser la suppellex. A l'origine, non seulement le mort est tabou et ne doit être touché que par certaines personnes, préparées d'avance à cet office et puriliées après, mais tout ce que le mort a possédé ou louché est tabou également. On ensevelit le guerrier avec ses armes, la femme avec ses objets de parure, parce qu'ils sont tabous et, à ce titre, retirés de la circulation et du commerce, parce qu'ils sont devenus « dangereux », au sens magique de ce mot. L'usage une fois établi et confirmé par la pratique de longues générations, il tendit, d'une part, à s'atténuer par la fraude pieuse de la substitution — consistant dans l'abandon de la partie pour le tout ou de l'image pour la réalité — d'autre part, à prendre une signification nouvelle parle développement de l'idée de don et d'offrande. L'étude du sacrifice, où l'idée d'offrande est également adventice et secondaire, mais où elle devient bientôt dominante, offre l'exemple d'une évolution analogue qu'il nous suffit d'indiquer ici.

Au dire de plusieurs antiquaires contemporains, les épées ployées auraient été préalablement rougies au feu, problablementsurlefeu môme du bùctier". Il faut repousser cette hypothèse, d'abord parce que les épées de fer celtiques pouvaieot parfaitement être pliées à froid en deux, en trois et en quatre',

1. Conlll, Bull, dt la Soc, normande d'iludu prihiitorigue», t. XI (1901) p. S9; Sdnt-VcDaut, Atf/^e/in du Comilé. 1S97, p. 514,320; Pulabj, Rn. archéol., IB79, II. p. 216.

S. L'cipérieaee a M raite à Saiot-GerniftiQ sur une ismc <ie fer de memei dli

vis, parce que de nombreuses épées ployéea, en particulier selles qu'on a recueillies dans les ni^'cropolcs de la Marno et de a haute Italie, provienacut do sépultures k inhumation. On a Vaussi pensé que les épécs étaient traitées de la sorte pour Ipouvoir être introduites dans les urnes lunéraires, ou placées p comme des bandes de fer autour de ces urnes' ; cette opinion it également réfutée par la prévalence de l'inhumation dans ' les plus anciens cimetières celtiques, jusqu'aux environs de l'an âOO avant notre ère. Ce n'est pas à dire que. dans les nécro* pôles celtiques à incinération, l'épée n'ait pu quelquefois être cbauiïûe avant d'être tordue et introduite après torsion dans une urne; mais le rite de la torsion est antérieur à celui de l'incinération et à l'usage des grandes urnes destinées à recc-

»Voir les cendres du mort.

Nous avons établi ; i" que la torsion des épées de fer n'est pas un elfet de leur emploi ; 2" que c'est un rite religieux très répandu. Reste k expliquer pourquoi Polybe, auteur judicieux et grave, a signalé des épées celtiques tordues et doublées aux mains des derniers défenseurs de la Gaule Cisalpine.

La réponse à cette question s'impose : f'olybe a connu, directement ou indirectement, des groupes de lombes celtiques contenant des épées repliées, comme on en a découvert un grand nombre, au xrx' siècle, k Marzabotto, à Bologne, dans les enviroos de Côme, dans le Picenum ; il a cru, comme

»les archéologues modernes jusqu'à notre temps, que ces p-oupes de sépultures marquaient les emplacements de champs de bataille ' ; il en a conclu que les morts avaient été ensevelis avec leurs épées dans l'état où celles-ci avaient été réduites par la violence d'un suprême corps a corps. Une fois les Gaulois d'Italie exterminés, chassés au delà des

t. SaiQt-VeDaDt, loe. I., p. tSS, m.

3. Od de* premiera arcbèologuuB ttallena qui ait décrit uue nécropole t gtnIotM, MD» ea reconnallrc le RBraclère. Glaai. a latitalO <»□ ouvrage: Bat- I IfvAs dtl Ticino [HlJaa, I82«).

186 Vy MYTHE >E D'UN BITE

Alpes OU réduits en esclavage, le territoire fertile qu'ils occupaient et où ils pratiquaient surtout IV-levat^e fut rc^partî entre des colons romains. Ceux-ci. rien qu'en labourant le sol, durent souvent rencontrer des nécropoles, dans les pays mêmes où la résistance des Gaulois avait été si longue à briser ; à l'aspect de ces grands corps {procera corpora). ensevelis avec de grandes épées camardes du type de La Tène II ' (g/adii praehngi sine mucroniàus), repliées sur elles-mêmes et comme tordues, les nouveaux venus, encore hantés par le souvenir des récentes batailles, durent naturellement s'imaginer qu'ils en l'xhumaient les victimes. C'est de nos jours seulement qu'on a cessé de croire qu'une agglomération de tombes marquait l'emplacement d'un combat. N'a-l-on pas vu encore, sous le second Empire, des savants comme Quicherat et Castan alléguer les riches nécropoles de l'Alaise francomtoise comme une preuve à l'appui do l'identiRcation d'Alaise avec le théâtre des victoires décisives de César?

De tout temps, les anciens ont violé des sépultures et se sont emparés de leur contenu; la vj^iiupuyla., comme on l'appelait . en Grèce, n'est pas seulement une pratique du moyen âge et 1 de notre temps. Quand les colons romains s'établissaient daoft % une région, ils se hdtaient d'y fouiller les anciennes tombes. iStrabon nous l apprend expressément dans sa description do Corinthe' : « Corînlhe. écrit-il resta longtemps déserte; elle fut restaurée par le divin César à cause de la beauté du site. (Zésar y envoya comme colons un giand nombre d'affranchis qui, explorant les ruines et fouillant les tombes (ta èp£->ix xtvoûvTEï xa'i Tsù; tâçcu; t;'ji3viaxii:xstKq], découvrirent une quan- J tité do tessons de vases et de bronzes. Comme ces objets J étaient d'un admirable travail, ils ne laissèrent aucune sépul- 1 ture inviolée et remplirent Home d'antiquités dites rten-ocorînlhies qui s'y vendirent à de très hauts prix. Au début, ioB tessons de poteries furent payés aussi clierque les bronzes de Corinlhei mais, dans lu suite, cette mode passa, parce que les d trouvailles do tessons devinrent rares et que la plupart de J

]. Slrabou, Vlll, 6, 23, p. 327 (éd. Didot].

UN MÏTHE NE D'UN RiTK

lux que l'on continuait à découvrir n'claienf pas d'une aussi

' belle qualité que les premiers ». Ce passade est d'autant plus

înléressant qu'on y trouve la première mention du commerce

d'objets eshumés de tombes et l'une des rares mentions de

vases peints que la littérature antique nous ait conservées.

Un autre texte, beaucoup plus célèbre, peut recevoir quelque lumière des considérations que nous avons fait valoir. Virgile, dont le nom est celtique, comme la déjà reconnu Zeuss, dont la mère Magia porte un nom celtique, qui est né en pays celtique k .Andes, dans le territoire de Mantoue, qui s'est montré singulièrement informé des choses et des usages celtiques, Virgile, lui aussi, a dû voir, dans sa jeunesse, des tombes celtiques ouvertes par le soc de la charrue, laissant paraître des squelettes de grande taille, h c'jté d'armes de fer rongées par la rouille. Lui aussi, comme Polybe ou son Informateur, a dû croire qu'il avait sous les yeux les victimes d*une bataille sanglante et quand, vers la lin du premier livre des (léorgiqtiex, il prédit qu'un jour le laboureur découvrira, en creusant les champs de l'Emathie, les corps des Romains tombés dans les guerres civiles, il se souvient évidemment des spectacles analogues qui ont frappé ses yeux et de l'interprétation aussi naturelle que fausse qu'il en a donnée. Mon hypothèse s'autorise à la lois de l'épithète attribuée par Virgile aux ossements, f/randia, qui convient à des squelettes de Gaulois et non de Romains, et de la mention des tombes, sepulcrn. Il n'y a pas de tombes pour les victimes des guerres civiles ; comme dit Lucain, répétant un lieu commun, belliim civile iepvlcra Vix ducihus praeslare potesl'; si Virgile parle ici de sépultures, c'est qu'il a dans l'esprit des tombes de guerriers ensevelis avec leurs armes et pris à

irl, par ses contemporains et par lui, pour des guerriers

lorts au champ d honneur. H n'est pas sans intérêt de découir ainsi dans Virgile l'écho d'une impression d'enfance, d'un

iQvenir de la Gaule cisalpine, analogue h ceux qui, cent ans

15* im MTTHE NE BlJN RITE

plus lot, motivèrent l'erreur de Polybe sur la qualité des I armes gauloises :

Scilicet el lempus veniet mm finièus illis

Agricola/incuroo letram motilus aralro,

Exesa inveniel icabra robigine pila

Aul gravibvi rasti-is gateas puhabil inartes

Grandiaque e^osiis mirabilur osm sepulaW .

V.n résumé, l'archéologie a mis hors de doute que les. Gaulois éliiicnt de très habiles forgerons dès le v* siècle avant notre ère et que leurs épées de fer, peut-être mdaid d'acier', valaient au moins les armes do leurs «ennemis. Ces épées, à l'époque de l'Allia et de la prise de Rome, probablement mëmejusqu'^ la lin du iV siècle, étaient pointues, à double tranchant el servaient à frapper d'estoc el de taille" Plus tard, un type prévalut (mais non à titre exclusif) dont l'extrémité inférieure était camarde el avec lequel ort trappait seulement de taille'; comme armes de pointe, les Gaulois avaient des javelots (^aesa) et des poignards, dont on connaît un grand nombre, mais que Polybe n'a pas mentionnés dans la description de leur armement. Les écrivains anciens, racontant loa guerres contre les Celtes au ni" siècle et plus lard, ont eu raison de signaler la forme camarde de leurs épées, uniquement propres à frapper de taille'; mais ils ont eu tort de généraliser ce renseignement el d'attribuer le m?me type aux épées des vainqueurs de l'AlHa. D'autre part, tant en Gaule qu'en Italie,

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