‹ Cultes, mythes et religionsChapitre 104 sur 232 · I^ejay, édition citée, p. c · texte numérisé non relu

I^ejay, édition citée, p. c

2. Les mss. ont decorae, décora, decori'i. Si l'on conserve colla décor,!, on peut en rapprocher lactea colla dans V Enéide. VU, 660 l'en parlant des Gaulois).

TEUTATÈS, ESUS, TARANTS 213

Lucain, MM. Haskins, Lejay et Francken, ne le commentent même pas. Quelques anciens critiques ont voulu substituer à Ligiir le mot Liger, entendant par là les riverains de la Loire, ce qui est manifestement absurde et impossible. La seule traduction, à mon avis, est celle-ci : < Et toi, Ligure, aujourd'hui tondu, qui, autrefois, tes long-s cheveux flottant avec grâce sur tes épaules, avais le pas dans toute la Gaule chevelue '-. » Praelate n'exprime pas l'idée de domination, mais celle d'excellence, comme dans cette phrase où César dit des Gaulois : Virtute bclli omnibus getitibus praeferebantiir (Bell. Gall., V, 54). Mais, dans cet exemple, virtute est un ablatif de cause : dira-t-on qu'il en est de même dans les vers de Lucain et que, suivant lui, le Ligure l'a autrefois emporté sur toute la Gaule chevelue par la longueur de sa chevelure ? L'idée serait bien puérile et, d'ailleurs, on s'attendrait alors à trouver Gallis praelate comatis au lieu de toii praelate Cotnatae. Je crois que crinibus effusis est un ablatif absolu, comme dans cet autre passage de la Pharsale (VII, 369-70):

Crédite pendentes c sumviis moenibiis Urlns Crinibus eflfusis hortari in proelia maires.

Si l'on admet mon interprétation, il faudra désormais citer les vers de Lucain à l'appui de la thèse qui attribue à l'élément ligure un grand rôle dans l'histoire préromaine de la Gaule. On sait assez que cette thèse, présentée avec quelque exagération par Belloguet -, a été solidement fondée par MM. MûUenhofF et d'Arbois de Jubainville sur des arguments empruntés à la toponymie^. Aucun de ces auteurs n'a, que

1. Voici l'incroyable traduction de Philarète Chasles, dans le Lucain de la collection Panckoucke (t. 1, p. 35) : « Vous voilà libres, Cornâtes aux longs cheveux errants sur des épaules blanches; et toi, Ligurien, dont le front est sans chevelure, mais dont la valeur est plus célèbre. > Il est impossible d'accumuler plus de contre-sens en quelques mots.

2. Belloguet, Elhitogénie gauloise^ t. III, p. 45 ; < Nous avons présumé que ces premiers — ou tout au moins précédents • — habitants de notre sol étaient des Ligures, race que nous avons trouvée répandue sous ce nom dans les Gaules, en Espagne et en Italie . . . Nous réclamons l'honneur de les avoir le premier présentés au monde savant comme la véritable souche de notre arbre généalogique. »

3 Voir Les premiers habitants de f Europe, 2» éd., t. Il, p. VII.

214 TKUTATES, ESUS, TARAXJS

je sache, allégué le passage de la Pliarsale sur lequel nous venons d'insister.

La Ligurie ne fut entièrement soumise à Rome que l'an 1 4 av. J.-C. ; mais les Ligures avaient déjà commencé à adopter les mœurs romaines dans les régions, antérieurement conquises. Les derniers Ligures restés libres étaient appelés chevelus, capillati ', par opposition aux Ligures soumis qui avaient renoncé à la chevelure nationale (les tonsi de Lucain). Il est probable que, dans le vers 448, nunc tonse s'applique au moment dont parle le poète, c'est-à-dire à l'époque de la conquête de César, plutôt qu'à celui où il écrit. Dès cette époque, en effet, la plus grande partie de la Ligurie. avait cessé d'être indépendante ou avait subi l'influence romaine -.

Nous sommes parvenus à la fin de l'énumération géographique; les vers qui suivent sont le célèbre passage sur les dieux :

Et qiiibus inmitis pUiaittir sa» gui ne liiio Teutatesy horrensque j'eiis aUai ibus lisus l;t Taranis scythicae non initior ara Dinnae.

Or, jusqu'à présent, la carte sur laquelle nous avons pointé les indications géographiques de Lucain présente un blanc considérable : c'est toute la région qui s'étend entre la Loire, la Seine et l'Océan, y compris l'Armorique. Oji a donc lieu de penser que le passage commençant par et quibus s applique a des peuples qui n'ont pas été mentionnés jusque-là •*. Ces peuples ne sont pas les Belges, dont il a été question, mais ceux de la Gaule du nord-ouest : Lucain ne dit pas qu'ils offrent des sacrifices humains à une triade composée de ïeu-

1. Dion, IJV,24: «'."AXite'.: oc itap'jtOoiXXao'o'.of'jKo A'.yJiuv tiûv Kojj.yitcï)V v.a/.'/i- [).Éva)V IXeuOÉpujç %v. xat tote v5|<.o')j.sva'., £?o'jXu>0-r)oav. Cf. Pline, Hist. Nat., IIJ. 47, 135 ; XI, 130 ; il connaît encore des Ligures capillati dans les Alpes.

Page 1