Revue celtique, t. XV, p 2'iO
4. Plut., De fluviis, p. 1151 d (VI, 4). Cf. Re-v. celL, t. VIII, p. 169.
5. De même pour le second autel, s'il faut vraiment reconnaître un corbeau dans l'oiseau qui fi<;ure au dessus de la main gauche de la déesse. L'oiseau y tiendrait la place de l'enfant Lug.
224 SUCELLUS Eï NANTOSVELTA
mérovingienne Nantkiide, femme de Dagobert. Je rapporte cette ingénieuse étymologie en laissant aux celtisants le soin de la discuter *.
1. Voici le texte de la note que je dois à l'obligeance de M. d'Arbois : « Nanlo-suelta, femme de Sucellos, porte un nom dont le premier terme nanto- est le thème du nom du dieu irlandais Nél, génitif Néit = *Nantos^ génitif *Nanli, dieu de la guerre chez les Irlandais. Ce substantif, qui paraît avoir eu un doublet, iicit, génitif *ncti> = *nanlis, génitif *7iaiitlis, a été aussi employé comme nom commun et signifiait alors « bataille, blessure ». On connaît ces sens divers par le Glossaire de Cormac aux mots cul*, Néit, par celui d'O'Donovan au mot ned**, par celui d'O'Clery au mot néiil***, et par le texte du récit mythologique intituli Cal/i Maige Tured que M. Whitley Stokes a publié dans le tome XII de la Revue cellégue, p. 62-130.
«Net était grand-père de Balar, grand-père lui-même du dieu f^ug et surnommé balc-béimnech «le fort frappeur» ou «celui qui frappe fortement » **** Bahbéimnech exprime la même idée que sii-cellos « bon frappeur », Comparez au mot net = nanto-s le thème germanique nantha-, fréquent dans les noms propres (Grimm, JJeiitsc/te (fiammatik, t. II, p. 412; Foerstemann, Fersonennamen, col. 94rf-952) ; le sens de ce thème est donné par le verbe gothique a«ananthjan « oser » ; il veut dire « brave, courageux », ou, employé substantivement « courage, bravoure » *****. Le germanique iiantha- suppose un prégermanique nanto- ***** •.
« On peut donc supposer que Sucellos était originairement une conception mythologique gauloise identique ou du moins analogue à ce.le du dieu irlandais Balai-, Net = Nanto-s est associé : à Balai; comme nom de grand-père, en Irlande ; à Sucellos, comme premier terme de nom d'épouse chez les Celtes du continent,
* Glossaire de Cormac, traduction publiée par Whitley Stokes, p. 39 (cf Goidelica, p. 158) et 122.
** Whitley Stokes, Three Jrish glossaries, p. 10:^.
*** Revue celtiijue, t. V, p. 28. Ce mot apparaît toujours au génitif, ibid., p. 58, 74, 96, 100.
**** Leliar Gabala, dans le Livre de Leinster, p. 9, col. 1, lignes 41, 45.
***** Oskar Schade, Altdeutsches Worterbuch, t. I, p. 639; cf. p. 651
****** Xe pas confondre ce thème en -o avec le thème en -«, nanlii- < vallée », écrit à tort nanto dans le Glossaire d'EndlIcher et d'où le nom de peuple Nantuates, le nom de ville Nantua
« Le second terme -suelta de Nanto-suella semble être le participe passé de la racine verbale sUEL • briller », d'oii le vieil-irlandais sollus, follus «brillant » = *suahieltus*.
« Nanto-suella signifierait donc quelque chose comme « brillante à la guerre», «brillante par le courage», «aussi brillante que le dieu de la guerre » et serait un synonyme ou à peu près du nom de la reine mérovingienne Nanthilde, Nantechildis, femme du roi Dagobert lur et dont le nom veut dire « brave guerrière ».
« Le sens vraisemblable de la dédicace DEO SUCELLO NANTOSVELTE serait : «Au dieu bon frappeur et à son épouse brillante à la guerre ».
•Whitley Stokes, Urkeltischer Sprachschatz, p. 324; Curtius-Windisch Grundziige der griechischen Etymologie^ 5» édition, p. 430; cf. p. 551.
SUCELLUS ET NANTOSVELTA 225
Je passe à la question principale soulevée par l'article de M. Michaelis.
On sait qu'il existe, au sujet de l'identification du dieu au maillet, deux doctrines nettement opposées. Chacune de ces doctrines est soutenue par un groupe de savants qu'unissent certaines tendances scientifiques d'un ordre général : pour éviter de répéter sans cesse des noms propres, nous appellerons les premiers les archcologjces et les seconds les épigrapJiistes.^
Les archéologues pensent que le dieu au maillet des monuments gallo romains est identique au dieu gaulois de la nuit et de la mort, que César appelle Disputer et dont les Celtes, suivant lui, se croyaient issus comme d'un père commun -'.
Les épigraphistes affirment que le dieu au maillet n'est autre que le Silvain romain ; ils expliquent comme des attributs de ce dieu rustique le maillet (massue de bûcheron ou pedtnn), le vase {scyphus faginics) ^, enfin le chien, qui paraissent sur les images du dieu au maillet.
Si le monument récemment exhumé à Sarrebourg avait porté pour épigraphe Diti patri et Aeiecurae — Aerecura étant, dans quelques inscriptions, la parèdre de Dispater* — les épigraphistes se seraient avoués vaincus. Si l'on avait lu sur cet autel Silvajw et Siivanae, les archéologues auraient confessé leur erreur. Mais il arrive que sur le premier monument non anépigraphe qui réunit les deux mystérieuses divinités, nous trouvons des noms tout différents de ceux auxquels on pouvait s'attendre. Cette circonstance est surtout fâcheuse, à mon avis, pour la thèse des épigraphistes. En effet, les archéologues se contentent de dire que le dieu au maillet est un dieu chtho nien indigène, auquel César, en quête d'assimilations un peu hâtives, a donné le nom de Dispater ; ils n'ont jamais prétendu
1. J'ai longuement résumé l'histoire de ces débats àansmei Broizesjigiiréi, p. 156 et suiv., et crois inutile de les raconter à nouveau.