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la petitesse du taureau et du cerf, placés devant le trône du dieu \
L'art grec et l'art romain ignorent cet artifice un peu puéril, familier aux arts orientaux, qui consiste à élever les dieux au-dessus des hommes en les représentant comme des géants ; dans les nombreux bas-reliefs, les peintures de vases, etc., où des dieux et des hommes sont réunis, la taille des premiers n'est presque jamais supérieure à celle des seconds. Il n'y a d'exception que dans certains bas-reliefs votifs où les donateurs, s'approchant d'une divinité ou d'un héros, sont figurés à plus petite échelle - ; mais la disproportion n'est jamais aussi forte que dans les reliefs du vase de Gundestrup.
Fig. 4. — Relief du vase de Gundestrup.
Pour mettre en lumière la nature divine d'un animal, les Asiatiques et, à leur exemple, les Grecs ont usé d'un autre procédé : ils lui ont attribué des ailes. Ainsi l'on peut dire qu'un lion ailé est l'équivalent d'un lion colossal, observation qui trouvera son application dans ce qui suit.
La preuve que le motif des statuettes d'Angoulême et du British Muséum est bien indigène, que ce n'est pas un type gréco-romain emprunté, ressort du fait qu'on n'en connaît pas d'autres exemples ; ces deux figurines sont absolument isolées dans le riche trésor de l'art antique. Je crois être en droit d'affirmer cela, après avoir réuni et» publié près de 15.000 statues et statuettes grecques et romaines. Je conclus que ce motif est celtique : 1° parce que les deux seuls exemples connus se sont rencontrés en pays celtique ; 2" parce que la
i. Les légendes celtiques connaissaient des géants et des géantes (Diodore, V, 21 ; Denys d'Halicarnasse, XIV, 1).
2. Le Bas-Reinach, Monume?its figurét, pi. 41, 46, 49, 50, 51, 53, 54, etc.
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différence très marquée entre la grandeur de l'animal et celle de l'homme n'est pas conforme aux traditions de l'art classique ; 3° parce que cette différence est très fortement ' accusée dans d'autres œuvres celtiques ou inspirées par la mythologie des Celtes.
Bien entendu, quand je parle de la mythologie des Celtes, je n'entends pas dire qu'elle ait été créée par des tribus parlant des dialectes celtiques ; il est bien possible que ces tribus aient adopté des conceptions mythologiques qui avaient été élaborées avant leur arrivée ou avant l'établissement de leur suprématie sur le sol de la Gaule, comme le firent les envahisseurs germaniques au vo siècle. Cette réserve faite, le mot celtique peut être employé ici sans inconvénient.
Revenons à nos carnassiers. En dehors des deux exemplaires en ronde bosse que j'ai reproduits, il existe quelques motifs analogues, mais non identiques, isolés, eux aussi, dans le répertoire des types classiques et qu'il est intéressant de passer en revue.
D'abord, sur une des plaques extérieures du vase d'argent de Gundestrup ', on voit un monstre à deux têtes dont chaque gueule a saisi la moitié du coips d'un homme (fig. 4) ; évidemment, nous sommes ici en pleine fable, car l'animal n'est pas moins fantastique que la divinité barbare, avec torques au cou, qui domine la scène, tenant dans chacun de ses bras levés un autre animal fantastique également.
A ce propos, je veux protester une fois de plus ^ contre l'opinion répandue, commune aux archéologues Scandinaves et à mon feu maître Alexandre Bertrand, qui place le vase de Gundestrup au i«r siècle avant l'ère chrétienne ou, au plus tard, aux environs de cette ère. J'ai toujours soutenu et je maintiens encore que ce monument appartient au moyen âge ce qui est loin d'en diminuer l'importance à mes yeux, car la persistance des motifs de la mythologie celtique n'y est que j)lus intéressante à constater. Expliquer les éléphants du vase
1, A'ordiske Fortidsmind(r, t. If, pi. 12.