‹ Cultes, mythes et religionsChapitre 155 sur 232 · Revue archéol., 1883, pi. I-IV · texte numérisé non relu

Revue archéol., 1883, pi. I-IV

2. Le fauve de Nove.s, généralement qualifié d'ours, est un lion, comme le prouvent sa crinière et sa longue queue. L'animal est assis sur son train de derrière. Sur chacune de ses pattes postérieures repose une tête barbue, qui supporte une patte antérieure du fauve. La gueule du lion, largement ouverte, contenait probablement la partie inférieure d'un corps humain (le groupe est mutilé en cet endroit), car deux tronçons de bras humains, dont l'un est orné d'un bracelet, semblent avoir appartenu à ce corps.

Î5. Indicatair d'antiquités suisses, 1874, pi. lU, 1.

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en matière dure, que le hasard nous a conservées, sont comme des jalons dans l'histoire de motifs rustiques, ordinairement traités en bois, dont l'évolution nous restera toujours inconnue, mais dont nous pouvons, à mon avis, constater à la fois la haute antiquité et la persistance. Je me demande si certains types de notre mythologie populaire, comme ceux de la Tarasque et du Graoulli, ne se rattacheraient pas à la même tradition iconographique, fondée elle-même sur un cycle de légendes dont cette tradition était l'écho.

Ce qui précède était écrit et même imprimé lorsque MM.

Kœrte ont publié les résultats de leurs fouilles dans plusieurs anciens tumulus de Gordium en Phrygie. Or, par un hasard bien „. ,„ ' . • u ■

•' ® '1 Fig. Id. — Lion en bois

singulier, un des objets qu'ils ont de Gordium '.

recueillis est .précisément une anse en bois d'un grand chaudron de bronze, grossièrement sculptée en forme de lion dévorant un petit animal dont il a saisi la tête dans sa gueule ffig. 13). Il est bien intéressant de trouver ainsi, dans la capitale de la vieille Phrygie, un motif étroitement apparenté à ceux dont les imitations décoratives se rencontrent en Etrurie et en Illyrie. On va voir que cette découverte est également venue confirmer l'hypothèse que j'avais cru pouvoir émettre touchant l'existence de types semblables en Lydie.

Dans un article publié par la Revue des Etudes anciennes (1904, p. 1-C), j'ai étudié récemment le motif du carnassier androphage en Lydie. Il est nécessaire que je revienne brièvement sur ce sujet avant de chercher à préciser la nature du carnassier androphage gallo-romain.

La population de la Lydie paraît s'être composée d'au moins deux couches, l'une commune à la Lydie, à la Phrygie et

1. Revue archéologi(jue, 1904, IL p. 120. J'ai analysé, dans cet article, l'important ouvrage de MM. G. et A. Kôrte, Gordion, E>-gtbnisse der Ausgrabungen im Jahre l900, Berlin, 190i.

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aux régions avoisinantes, l'autre venue du dehors à une époque que nous ne pouvons déterminer, mais qui ne doit pas être fort ancienne, puisque l'épopée homérique ne connaît pas les Lydiens, mais les Méoniens '. Ces Méoniens parlaient probablement une langue indo-européenne: la langue des conquérants lydiens était apparentée à l'étrusque, c'està-dire non aryenne.

Un vers d'Hipponax nous apprend que Candaulès, nom royal, signifiait, en méçnien, xovâv/-/]?, c'est à-dire « étrangleur de chiens ». Ce nom est indo-européen, carie chien se dit x6a,v, canis, dans des langues aryennes et le second élément a été expliqué avec vraisemblance par le vieux slave daviti « étrangler » (Deecke). Cette seule synonymie bien attestée suffit à établir le caractère indo-européen de la langue méonienne ; c'est un point qui peut être considéré comme acquis.

J'ai montré que l'épithète de Candaulès « étrangleur de chiens » convient particulièrement à un lion ; le roi Candaule, dont Hérodote nous dit que le vrai nom (c'est-à-dire le nom lydien) était Myrsilos, portait comme titre une épithète divine qui l'assimilait au lion. Or, le lion était l'animal sacré de la Lydie et de la Phrygie ; cela ne résulte pas seulement des monuments les plus anciens, y compris les monnaies, où le lion est figuré, tantôt seul, tantôt groupé avec un autre lion, mais de la nature de la grande déesse phrygienne Cybèle, que l'on représente dans un char traîné par des lions ou entourée de lions. C'est une loi générale que l'animal, attribut d'une divinité à l'époque classique, n'est autre, primitivement, c'est-à-dire avant le règne de l'anthropomorphisme, que cette divinité elle-même. Cybèle devait être originairement une lionne et il est probable que son amant Attis était un lion aussi. A l'origine des traditions méoniennes, il y avait une ou plusieurs familles de lions totémiques, dont les historiens firent plus tard des dynasties^ celles des Attiades et des iléraclides. Il est possible, comme

1. Cf. Krcischracr, Gesch'uhU ihr ^rifcliischen Sprache, p. 384.

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le pense M. E. Meyer. que la dynastie des Attiades soit une invention postérieure; mais THéraklès lydien a si bien conservé sa nature léonine qu'on le figure, à la diflférence de l'Héraklès grec, revêtu d'une peau de lion. Avant la fin du vie siècle, l'Héraklès à la dépouille de lion ne se rencontre que sur la côte d'Asie, à Chypre, à Rhodes et dans l'art étrusque archaïque, où il fut introduit par les émigrés lydiens.

La preuve que le lion était bien, en Lydie, ce que les ethnographes appellent un totem, c'est qu'un ancien roi du paj's avait eu, disait-on, un lion pour fils et que ce lion, promené autour de Sardes, avait rendu cette ville inexpugnable. On peut ajouter que Crésus, roi de Lydie, envoya à Delphes, comme offrande, un lion d"or du poids de dix talents '.

Or, il devait exister, en Lydie, une très ancienne image représentant un lion dévorant un homme ; c'est ce type, inconnu de l'art grec classique, qui paraît dans l'art étrusque le plus ancien et dans l'industrie des situles illyriennes, apparentée à l'art étrusque primitif.

Si une telle image a existé, il ne pouvait manquer d'y avoir, à son sujet, une tradition sacrée, ce que les anciens appelaient un ispôç Xd/Ob Et quand le lion totem s'est anthropomorphisé, la légende a dû se transformer aussi : le carnassier royal a dû devenir un ogre royal.

Cette légende de l'ogre royal n'est heureusement pas un pcstulat: Athénée nous l'a conservée d'après l'historien Xanthos. Un roi lydien, prédécesseur de Candaule, s'appelait Camblès; une nuit, il coupa sa femme en morceaux et la mangea. Le lendemain matin, on vit la main (ou le bras) de la femme arrêté dans sa bouche ; cela fit scandale et le roi se tua -.

Dans le nom de Camblès, comme dans celui de Candaule, il y a l'élément can, chien ^ ; c'est donc probablement aussi

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