‹ Cultes, mythes et religionsChapitre 164 sur 232 · Herraann-Bliimner, Privalalterûi., p · texte numérisé non relu

Herraann-Bliimner, Privalalterûi., p

ordre de faits et d'idées entièrement différents de ceux que nous avons entrepris d'examiner; il est évident que la crainte de souiller la lumière céleste n'est pour rien ni dans l'acte du sacrificateur qui f e voile la tête, ni dans celui de l'initié ou du criminel qui se voile pour être purifié '.

Revenons aux deux explications tolérables proposées par Plutarque : le voile symbolise le respect ou la crainte des dieux ; il a pour but .d'isoler l'officiant du monde extérieur, afin qu'il puisse concentrer toute son attention sur l'acte qu'il accom.plit. L'e'xemple grec que nous avons cité, du meurtrier qui attend la purification en se voilant, ne s'accomode bien ni de l'une ni de l'autre interprétation. Mais voici un usage religieux, emprunté au passé le plus reculé de l'Italie, qui nous oblige à les repousser toutes deux, bien que la seconde ait été généralement admise par les auteurs modernes- et paraisse assez acceptable au premier abord.

Il s'agit de la coutume italique du printemps sacré, ver sacrum, sur laquelle nous sommes renseignés par Festus'. " Les Italiens, dit-il, lorsqu'ils étaient pressés par de grands périls, promettaient aux dieux d'immoler tous les êtres vivants qui naîtraient parmi eux au printemps. Mais comme il parut cruel de tuer des petits garçons et des fillettes innocentes, on les laissait parvenir à l'âge adulte, puis on les couvrait d'un voile et on les chassait du territoire ». Remarquons que nous avons ici un exemple frappant d'une devotio substituée à un sacrifice humain*. La religion n'assume plus l'horreur du meurtre ; elle se contente de mettre des être§ humains à la dis-

1. Si le criminel non purifié et le candidat à l'iniliation se voilaient en tant qu'impurs, on ne comprendrait pas qu'ils attendissent, pour prendre le voile, le moment de la purification.

2. Cf. Klausen, Âeneas uiiii' die Pcvaten, p. 766, 917 ; Marquardt, Rom. Staalsverwallung, t. III, p. 171 ; Heuzey, Eevue de fart, 1897, II, p. 194: « Le prêtre romain se voilait pendant la prière et pendant le sacrifice, pour garantir ses yeux tt ses oreilles de tout mauvais présage, qui aurait pu vêtir neutraliser la vertu de son invocation. »

.3. Fcslus, p. 379; cf. Marquardt, SlaalsvirviaUuiig, t. III, p. 255. 4. Voir Bouché-Leclercq, 3.\X, Devotio dans le Diclicniaire des Antiijuilés de M. Saglio.

position de la divinité, qui peut les faire périr, mais peut aussi les sauver, comme cela est arrivé plus d'une fois ^ Les enfants ne sont plus sacrifiés, mais consacrés aux dieux. L'imposition du voile est un rite essentiel de cette consécration. Or, il ne peut plus être question, pour l'expliquer, ni du respect des dieux, puisqu'il n'y a pas célébration d'un acte du culte, ni du désir de concentrer l'attention de ceux qu'on voile. Les hypothèses de Plutarque doivent donc être rejetées.

Elles ne s'accordent pas davantage avec un autre cas de devotio, le châtiment des Vestales coupables. Ces Vestales n'étaient pas mises à mort ; elles étaient abandonnées à la justice des dieux dans un caveau où on leur laissait même quelque nourriture. Or, Plutarque, dans l'exposé qu'il a fait de cette devotio, dit que la Vestale ensevelie vivante est coinplètem'ent voilée ^. C'est un détail qu'il n'eût point donné s'il s'était agi du voile ordinaire que portaient les femmes.

Il existait à Rome, dans le vieux temple de la Fortune Priviigenia, une statue représentant un homme assis, la tête voilée d'une toge qu"il était défendu de soulever. On la prenait pour l'image de Servius TuUius, fondateur du culte de la Fortune. Pour expliquer le voilement, on rappelait diverses histoires : le forfait de Tullie, qui frappa la statue d'horreur; la liaison secrète de ïullius avec Fortuna ; le deuil de la plèbe après la mort du bon roi ^. En réalité, il ne peut s'agir que de la statue d'un homme — Servius ou tout autre — qui s'était voué en effigie à la divinité du lieu, peut-être après lui avoir élevé un temple.

L'idée de la consecraho, et en particulier de la consecratiu capitis, s'applique très bien aux exemples que nous avons cités. L'adoration est un acte de soumission à la divinité. Celui qui subit les rites de la purification et de l'initiation se donne au dieu, se consacre à lui. Ce n'est point l'effet d'une simple rencontre, comme nous le verrons plus loin, si la prise de voile a conservé le même sens dans la religion chrétit nne ;

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