‹ Cultes, mythes et religionsChapitre 166 sur 232 · Cicéron, Pro dnino, XI.VIl, Xl.VIII · texte numérisé non relu

Cicéron, Pro dnino, XI.VIl, Xl.VIII

rite romain. L'idée qui domine l'un et l'autre acte religieux est celle d'un don fait à la divinité; quand l'objet du don n'est pas une créature humaine, c'est le donateur qui prend le voile.

Nous savons par Caton que le fondateur d'une ville, lorsqu'il traçait avec la charrue la ligne des murs, avait la tête couverte de la toge '. Ici encore, en l'absence de tout sacrifice, c'est l'idée de la consécration qui a dû inspirer le rituel.

Dès l'époque de Cicéron, la devotio des Décius n'était plus qu'un souvenir historique. « Chez nos ancêtres, dit-il -, la force de la relig'ion était si grande que certains généraux se sont dévoués eux-mêmes aux dieux immortels, la tète voilée et en prononçant des formules pour le salut de la République. » Mais l'usage de sacrifier la tête voilée se maintint jusqu'à la fin du paganisme, et pas un Romain instruit n'ignorait dans quelle attitude les deux Décius s'étaient dévoués. Pompée et César, mourant de mort violente, s'en sont l'un et l'autre souvenus.

On connaît le récit de la mort de Pompée dans la Pharsale : « Lorsqu'il vit les épées des assassins levées sur lui, Pompée s'enveloppa le visage; s'indignant d'offrir à la Fortune sa tête nue, il ferma les yeux et retint son souffle, de peur qu'il ne lui échappât quelques paroles, quelques plaintes qui pussent ternir la gloire éternelle de son nom '. • Plutarque qui, comme Lucain, a suivi de près le texte aujourd'hui perdu de Ïite-Live, dit aussi que Pompée ramena sa toge sur son visage avec ses deux mains, ne faisant et ne disant rien qui fût indigne de lui *. Lucain a voulu expliquer le geste suprême de Pompée ; quelque belle que soit .son explication, peut-être suggérée par Ïite-Live, elle est trop empreinte de rhétorique pour être vraie. Le vieux général, qui avait tant de lois bravé la mort, ne peut pas non plus s'être voilé par crainte; il a accompli, d'instinct sans doute, un acte religieux, se dévouant, comme Décius, à la cause de la li-

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