‹ Cultes, mythes et religionsChapitre 170 sur 232 · M. CoUijrnon, Revue de l'Art, 1897, II, p · texte numérisé non relu

M. CoUijrnon, Revue de l'Art, 1897, II, p

■"). Alceste, ramenée des Enfers par Hercule, est complètement voilée et doit garder le silence pendant trois jours, jusqu'à ce qu'elle ait été purifiée de son contact avec les morts (Euripide, Alceste, 1145). Mais Euripide ne dit pas qu'elle doive aussi garder son voile pendant trois jours, ni que ce voile, qui la dissimule d'abord aux yeux d'Adracte, ait un caractère religieux.

(). Cyrille, llpoy.aTTj"/OT|0'.s, IX; Toô; Èitopxiaiiob; 8syou ixexà oicouSyj^... Eo».é- T.'j.-i-'i}. aot) xi jipôîiuiTov, wa oyoXàc-jj \n'.-x.hi yj Stâvota, ïva \i/<\ to pXsjxjia

imitant l'humilité d'Adam chassé du Paradis, doit se montrer en public la tête voilée *. Il est à peine besoin de faire observer que l'idée d'imiter « l'humilité d'Adam » ne peut être alléguée comme l'explication primitive de cet usage, qui rentre dans les pratiques générales et traditionnelles de l'initiation.

C'est ici qu'il convient de rappeler les analogies très frappantes que présentent les cérémonies d'initiation et celles du mariage. Dans l'une et l'autre, chez les païens, on prononce la même formule : J'ai Jui le mal, j'ai trouvé le mieux -. Dans l'une et l'autre interviennent le bain lustral, le van mystique, le sacrifice d'un mouton ou d'un porc, la procession nocturne à la lueur des torches, le couronnement (des fiancés) et le voilement (de la jeune fille) ^ Qu'est-ce, en effet, que le mariage, à l'origine, sinon l'initiation de le fiancée au culte domestique de son époux*? En (irèce et à Rome, la fiancée seule est voilée, parce que l'initiation n'a lieu que pour elle ; mais le christianisme, qui ne connaît plus les cultes domestiques, confère à la fois l'initiation aux deux conjoints. Aussi, dans le mariage chrétien, pendant la bénédiction nuptiale, un voile est étendu sur les deux époux ". <- Il n'y a pas bien longtemps, dit M. l'abbé Duchesne ", on avait encore, en France, la coutume de tenir le voile étendu sur les époux

vjy. ÈjiTtoStJiETai là VD'cct ÏE Jao'Jai tô acur^ptov. Cf. Antich, Dus anlike Mysterienwesen, p. 202.

1. Junilius, Institiita regularia, II, 16. « Caiechumfnoium humilitas ; typiim eniiii gerunt AJa a paradiso exclusi et ex conscientia lielictorum divinum juetueiitis uspectuin, prnpter quod et per ptihlicum capitibus t^ctis incrdunt. > Ceci n'a, du reste, rien de commun avec l'exoicisme dont parle Cyrille.

2. Dans les mystères, Démosthène, Pio Corona, p. 259; dans les cérémonies nuptiales, l'iutarque, Piov. Alex., XVI ; cf. Lobeck, Aglaophamiis, p. 648.

3. Anrich, Das anlike Mysterien-wesen, p. 233. Pour le voilement des initiés, voir, outre le vase Lovatelli et le stuc de la Farnésine, la parodie d'une initiation dans les Nuées d'Aristophane (v. 727, 73.), 740; cf. Dieterich, Jx/iein. Mus., t. Xl^VIlI, p. 275). 11 est possil)le que le voilement de Dcméler, dans l'hymne homérique (vers 19.5), corresponde, comme on l'a supposé, à un rite élcusiuien (Aniich, op. laud , p. 28).

4. Fuitel de Coulanges, la Cilé aniii/ue, p. 44. ."). Duchesne, Origines du eulle chrétien, p. 416. 6. Uid., p. 417.

pendant la bénédiction ; mais cet usage, n'étant pas marqué dans le rituel romain, disparaît de plus en plus. « Dans l'Eg-lise arménienne, le fiancé est voilé comme la fiancée d'un long voile rouge, le flamnicuiii des Romains ' ; au moment de la cérémonie, le prêtre étend un long voile sur les deux conjoints. Suivant le rite copte, ils sont recouverts par le prêtre d'un voile blanc -. Enfin, le voile d'initiation ou d'oblation, confondu avec le voile nuptial, est conféré, depuis le iv>j siècle, aux vierges chrétiennes qui renoncent pour toujours au mariage ; on vit là de bonne heure comme le symbole d'une union mystique dont les hommes étaient naturellement exclus, puisque la vierge se donnait à l'Époux divin^. La /'vise df voile est restée, depuis quinze siècles, l'acte essentiel de la consécration virginale, mais il est certain que le rite dont elle dérive est bien plus ancien encore et répond à une idée plus générale. Une voie que l'on peut suivre, et dont nous avons marqué seulement les grandes étapes, relie cette cérémonie chrétienne à celles d'un passé si lointain qu'elles semblent antérieures, sinon au paganisme lui-même, du moins au polythéisme gréco-romain que nous connaissons.

1. Les Romains eux-mêmes ont vu dans \& Jlammeuiii un voile de pudeur {/iiiflcs tectura pudortm, Lucain, II, 361) ; ceux qui ont lu et compris ce qui précède le considéreront plutôt comme un voile d'initiation.

Page 1