‹ Cultes, mythes et religionsChapitre 173 sur 232 · Je traduis littéralement · texte numérisé non relu

Je traduis littéralement

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M. Anrich, dans l'ouvrage cité — postérieur à la première édition de Psycl'.e — a étudié à son tour la question qui nous occupe- Il a admis que les rites orphiques de l'intercession ont donné lieu à la coutume dont parle saint Paul (1 Cor., 15, '29) de « se faire baptiser pour les morts », PaTiTiCsotai ûjtèp Twvvsxpwv. « Nous savons parles Pères de l'Église, dit à ce sujet Reuss {Epîtns paultHieiuus, t. I, p. 263), qu'un usage pareil s'est conservé pendant des siècles, dans différentes communautés dissidentes. Il paraît, d'après notre texte, que cet usage remontait au temps des Apôtres '. » Dans l'ouvrage gnostique intitulé Pistis Sopliia, il est dit que le gnostique, en accomplissant les mystères, peut assurer la béatitude à ses parents morts dans l'incrédulité (Anrich, p. 87 et 120) -'. Ces témoignages, rapprochés des vers orphiques et du teocte de Platon, paraissent décisifs en faveur de l'interprétation que nous avons admise; car s'il peut y avoir ambiguïté sur ces textes eux-mêmes, le doute n'est plus permis quand l'explication obvie — qui est la nôtre — s'éclaire de manifestations concordantes dans l'histoire ultérieure de la pensée grecque.

Au cours d'une Instruction pastorale sur la prière pour les morts (Autun, 1898), M^"- Perraud a allégué le passage de Platon comme un pressentiment du dogme du Purgatoire et l'a traduit librement ainsi: « Musée, Orphée, Linus et les fils des Muses recommandent non seulement aux simples particuliers, mais aux villes mêmes, de ne pas négliger ces saintes pratiques, qui sont d'une granae efficacité pour délivrer les morts des souffrances qu'ils endurent (p. 26). » Il est vrai que l'auteur,

1. Voir l'article Baptême des morts, par A. Vacant, dans le Dictionnaire lie la Bible (1895). L'auteur admet également que S. Paul fait allusion « à une pratique qu'il n'entend pas approuver, celle de se faire baptiser pour ceux <iui étaient morts sans recevoir le baptême. > Or, l'idée que traduit cette pratique n'est ni juive, ni évangélique : elle devait donc app.artenir au paganisme populaire, dont l'orphisrae est l'expressicn la plus connue.

2. Voir, sur ces passages, Harnack, Texte und Untersucluingen (Leipzig, 1S91, t. VII, 2, p. 72). M. Harnack rappelle à ce propos le texte obscur de Paul (« Parmi li-s Corinthiens de l'âge apostolique.... (juelques-uns se faisaient baptiser au profit des défunts »).

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fidèle à son point de vue de théologien catholique, attribue cette concordance entre Platon (lisez l'orphisiiie) et la théologie chrétienne à la « révélation primitive, dont les débris surnageraient au milieu de l'océan d'erreurs dans lequel beaucoup d'autres vérités avaient été englouties ». Cette manière de voir ne peut être celle de l'historien, qui, en présence d'un texte orphique conforme à une pratique chrétienne — qui n'est pas juive — ne peut hésiter qu'entre deux solutions : 1° l'hypothèse d'une rencontre fortuite ; 2° celle d'une influence exercée par l'orphisme sur le christianisme. La seconde alternative se recommanderait à nos préférences alors même que les figuresd'Orphée,relevéesaunombre desix dansles Catacombes, ne nous apprenaient pas qu'aux yeux des premiers chrétiens, meilleurs juges que nous en la matière, les docteurs du christianisme avaient eu dans Orphée un précurseur.

L'origine des prières pour les morts i.

Fustel de Coulanges, au début de la Citi- antique, a montré par des citations probantes qu'aux yeux des Grecs, des Romains et des Indous les morts étaient des dieux à qui leurs descendants rendaient des devoirs et dont ils imploraient l'assistance dans leurs prièi-es. 11 suffit de rappeler ici l'invocation qu'Electre, dans les Chocpltores d'Eschyle, adresse à son père Agamemnon, couché dans la tombe - :

« Je t'implore, ô mon père ! Prends pitié de moi, de mon Oreste chéri, fais-le revenir en cette contrée. Aujourd'hui nous sommes errants, trahis par celle qui nous a mis au monde et qui pour époux a pris à ta place Égisthe, le complice de ta mort. Moi, je compte ici comme une esclave ; Oreste a été chassé de ses biens, il vit dans l'exil ; mais eux, au sein des plaisirs, ils jouissent insolemment du fi'uit de tes travaux. Fais, je t'en supplie, qu'Oreste revienne triomphant en ces lieux. Écoute aussi, 6 mon père ! mes vœux pour moi: donnemoi un cœur plus chaste que celui de ma mère, des mains ])lus pures ! »

Cet exemple prouve suffisamment que les anciens priaient les morts, parce que les morts, dans leur opinion, étaient des dieux familiers.

Le culte rendu jjar les païens à leurs morts, qu'ils aient été gens de bien ou non, leur est vivement reproché par saint Augustin, qui fait ressortir, par contraste, les honneurs discrets dont les chrétiens entourent leurs martyrs:

« Nous n'avons, en l'honneur des martyrs, ni temples, ni

1. \Kevue des Éludes juives, 1900, p. 161-173. Une courte esquisse de ce mémoire a paru dans la SUena Helbigiana, Leipzig, 1900, p. 246-247.]

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