Eschyle, Choéph., v. 122-145 (trad, Pierron, p
prêtres, ni cérémonies, ni sacrifices, parce qu'ils ne sont pas des dieux pour nous et que nous n'avons pas d'autre Dieu que leur Dieu. Il est vrai que nous honorons leurs tombeaux comme ceux de fidèles serviteurs de Dieu. . . Mais qui d'entre les fidèles a jamais entendu un prêtre, debout devant l'autel consacré à Dieu sur les saintes reliques des martyrs, dire dans ses prières : « Pierre, Paul, ou Cyprien, je vous offre ce sacrifice ?» — car ce sacrifice, offert sur le tombeau des martyrs, ne l'est qu'à Dieu seul, à ce Dieu qui les a faits hommes et martyrs et les a associés à la gloire céleste de ses anges ^ »
Saint Augustin a raison de nier que les chrétiens offrent des sacrifices aux martyrs ; la messe célébrée sur leurs tombes, depuis la fin du lie siècle, avait un tout autre caractère. Mais, dans ce passage, il ne parle pas des prières, car il sait que les chrétiens adressent aux saints, considérés comme interces- .-eurs et médiateurs, les mêmes prières que les païens à leurs morts. Le culte des saints présente, à cet égard, d'étroites analogies avec le culte gréco-romain des morts ; seulement, dans les religions modernes, les seuls morts auxquels on adresse des prières sont les saints.
L'idée de l'intercession des morts héroïsés est étrangère au paganisme ; mais l'opinion que des hommes particulièrement agréables à Dieu peuvent intercéder efficacement auprès de lui en faveur de leurs semblables se rencontre déjà dans lAncien Testament ^. Ainsi, dans la Genèse (xVJii, 23), Abraham, instruit par les anges de la destruction prochaine de Sodome, prie l'Jiternel de pardonner aux justes, de ne pas les faire périr avec les méchants. Dans Jérémie (xv, 1), l'Éternel lui-même dit au prophète qu'il ne se laisserait fléchir, dans sa juste colère, ni par Moïse, ni par Samuel: « Quand Moïse et Samuel se tiendraient devant moi, je n'aurais pourtant point d'affection pour ce peuple; chasse-le de devant ma face. > Ce passage est très important, car, ici, il s'agit évidemment de Moïse et de Samuel conçus comme des morts