Trad. Reus's, p
d'un homme qui croit à la résurrection, à l'efficacité des prières pour les morts et qui veut prouver que Judas Macchabée professait la même opinion. Mais l'arg-ument qu'il allègue ne vaut rien *. Chez tous les peuples, la violation d'une loi religieuse par quelques-uns a été considérée comme dangereuse pour la communauté tout entière, comme exigeant une expiation ou une purification. Judas prie lEternel de pardonner à quelques soldats juifs un acte d'idolâtrie et fait offrir un sacrifice afin de détourner de son armée la colère divine. Le sort de ses soldats dans l'autre monde ne l'occupe pas. Donc, cette histoire ne prouve point ce que l'auteur du résumé a cru y voir et laisse même supposer le contraire — à savoir que vers 170 av. J.-C, époque de Judas Macchabée, on ne croyait en Palestine ni à la résurrection, ni à l'efiicacité des prières pour les morts. Car si ces croyances avaient existé alors, notre anonyme n'en eût pas été réduit à une induction absurde pour en établir l'antiquité et les placer sous un illustre patronage.
Bossuet n'a pas compris cela. « L'action de Judas, dit-il, fait voir qu'il était dès lors établi, parmi les Juifs, qu'il restait une expiation et des sacrifices pour les morts ^ » Beaucoup de commentateurs ont commis la même erreur, depuis Origène qui, le premier, a insisté sur ce passage au point de vue de la doctrine de l'intercession. La seule conclusion qu'il soit permis d'en tirer, c'est que les Juifs du temps de Judas Macchabée 7ie croyaient pas encore à l'efficacité des prières pour les morts, mais que, du temps du rédacteur de notre livre, vers l'an 120 av. J.-C, il y avait parmi eux une secte religieuse qui y croyait, non sans se heurter à l'opposition des autres. Cette secte devait être pharisienne, puisque les Pharisiens, au témoignage de Josèphe, admettaient la résurrection, alors que les Sadducéens la niaient ^ Or, le plus ancien texte biblique où l'idée de la résurrection soit clairement exprimée
1. Cette opinion est partagée par M. Israël Lévi, Revue des Eludes iuives, 1894, t. XXIX, p. 49.
2. Bossuet, éJ. de 1>4G, t. VIII, p. 301. 8. Cf. Schiirer, op. laiid., t. II, p. 460,
se trouve dans le livre de Daniel *, qu'on est maintenant d'accord pour placer à l'époque macchabéenpe, vers l'an 165 av. J.-C. Il est évident que l'idée de la résurrection a dû d'abord gagner du terrain et se préciser avant que l'on songeât aux devoirs qu'imposait aux vivants la comparution plus Ou moins lointaine des morts devant la justice divine. En somme, tout concorde à prouver que la coutume de prier pour les morts s'est introduite, au premier siècle avant notre ère, dans certaines communautés juives, en particulier dans celles de l'Egypte, auxquelles appartenait le rédacteur du second livre des Macchabées. Elle n'avait pas encore trouvé d'accueil en Palestine à l'époque de l'enseignement de Jésus, qui n'en parle jamais, bien qu'il soit très affirmatif sur la vie future et le jugement des âmes suivant leurs mérites. En Egypte même, où l'on en suit la trace, les résistances et les hésitations durent être nombreuses-. Rien ne prouve qu'à l'époque d'Akiba, vers 130 ap. J.-C, cette doctrine eût pénétré dans le rituel des synagogues ; mais rien non plus ne nous défend de l'admettre. C'est alors aussi, sans doute, qu'elle fut adoptée par les communautés chrétiennes naissantes, de sorte que TertuUien, en l'an 200, put en parler comme d'un usage établi.
Ainsi Bossuet a eu raison de dire que la coutume de prier I)Our les morts a été transmise par la Synagogue à l'Eglise, bien qu'il se soit étrangement abusé sur l'ancienneté de cet usage et sur son universalité parmi les Juifs. Mais nous ne pouvons nous en tenir à ce résultat. Nous devons nous demander comment l'idée de l'intercession des vivants pour les morts a pénétré dans la pensée juive au premier siècle avant