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Zacharie, IX

3. Voir Du Cange, Glossaritim latin., au mot Festum Asi»oru»i, et les articles de F. Clément dans les Anna/es archéologiijues de Didion, t. XV, p. 373 ; t. XVI, p. 26.

Satan et ses pompes'.

Lorsque nous parlons de Satan et de ses pompes, nous entendons, par ces derniers mots, le luxe, les splendeurs et les vanités du monde, qui sont les piègfes tendus à l'homme par la malice de l'éternel Tentateur. Il n'y a plus trace, dans cette expression, de l'idée de cortège, de convoi, qui est étymologiquement inhérente au mot pompe, du grec îtop.z^ (cf. Tcâjinsiv), par Tintermédiaire du latin pompa. Cependant le langage usuel n'a pas complètement perdu le souvenir de cette acception primitive, qui se retrouve dans l'expression povipes funèbres, inséparable de l'idée d'un convoi. Il est vrai qu'aujourd'hui pompes funèbres ne s'emploie guère qu'au pluriel; mais M'"® de Sévigné, dans une lettre du 10 mars lfi87, parle de la « triomphante pompe funèbre » du grand Condé.

Pompa^ au singulier, est aussi employé au xvii^ siècle dans le sens de luxe et de splendeur, sans aucune idée de cortège. Il suffit de rappeler les premiers vers de Bérénice:

Arrêtons-nous ici. La pompe de ces lieux.

Je le vois bien, Arsace, est nouvelle à tes yeux.

Souvent ce cabinet, superbe et solitaire,

Des secrets de Titus est le dépositaire.

La pompe d'un cabinet « superbe et solitaire » exclut toute conception d'une cour brillante et d'un cortège impérial; pompa est ici simplement synonyme de magnificence, de luxe et de grandeur.

Littré cite, mais sans exemple à l'appui, l'expression connue : " renoncer à Satan, à ses pompes et à ses œuvres » et

1. [/•!evue de l'Univenité de Bruxelles, 1902, t. VIII, p. 97-112.]

dit que le mot pompes, employé dans cette acception, est un « terme de la chaire ». Il n'enregistre même pas, tant il est insolite, l'emploi du singulier de pompe dans le même sens. Cependant, à l'origine, on n'a point parlé des potnpes de Satan, mais de sn pompe ; et si l'on voulait se conformer au plus ancien usage de l'Eglise, tel qu'il est attesté par Tertullien, on emploierait toujours le singulier au lieu du pluriel.

Tertullien, dans son traité De la Couronne, s'exprime ainsi (§ 3) : « Ut a haptismo ingrediar, aquam aditurt ibidem, sed et aliquanto prius sub antistitis mami, contestamnr nos rcnuntiare diabolo et poinpae et angelis cjus. » C'est-à-dire : « Pour commencer par le baptême, peu de temps avant de nous approcher de l'eau, nous déclarons, en présence du prêtre, que nous renonçons au diable, à sa pompe et à ses anges ». Tertullien énumère, dans ce pjissage, certaines pratiques rituelles consacrées par l'usage, mais dont il n'est pas question dans les Écritures saintes ; il veut montrer qu'elles n'en remontent pas moins à une haute antiquité, c'est-à-dire à l'âge apostolique. La phrase que nous avons citée est relative à la cérémonie dite de Vabrenuntiatio, par laquelle le païen qui se convertissait aa christianisme et était sur le point de recevoir le baptême se dégageait, pour ainsi dire, de l'étreinte de Satan en renonçant solennellement à le servir. La formule usitée devait avoir été arrêtée de bonne heure, aussitôt que le christianisme, cessant de se propager parmi les Juifs — qui n'avaient pas besoin de renoncer à Satan — recruta des adeptes parmi les païens.

Que signifie, dans cette formule, le mot pompe .^ Il ne se rencontre pas une seule fois dans l'Évangile ni dans les autres écrits canoniques du Noviveau Testament ; nous devons donc en demander l'explication à Tertullien lui-même et à la langue de son temps.

Si pompe signifiait ici luxe ou magnificence, il serait singulier que ce mot fût placé entre Satan et ses anges ; on attendrait que l'on mentionnât d'abord le Tentateur et sa séquelle, puis l'ensemble des séductions qu'ils exercent. Une opinion répandue veut que, dans la formule A' abrcmintiatio,

les mots pompa dmboli désignent les cérémonies du culte païen, les spectacles et autres vanités ; mais il est évident que cette assertion impliquerait l'emploi de pompa au pluriel, le singulier ne pouvant signifier une grande variété de pratiques telles que processions, adoration des idoles, sacrifices, jeux du théâtre et du cirque, etc. Donc, ici, pompa est synonyme de cortège et cet emploi paraît avoir été habituel dans la langue familière ^ Cicéron {Fnm., II, 16) parle, dans une lettre, du cortège de ses licteurs, molesta Iiaec pompa lictormn mcorum. Térence et Plaute se sont servis l'un et l'autre du mot pompa dans le même sens ^.

Mais que faut-il entendre par le cortège du diable, pompa diaboli? TertuUien l'explique lui-môme en ajoutant: et angelis cjus. Le cortège du diable se compose d'une multitude de démons, parmi lesquels se distinguent les anges rebelles qui se sont révoltés et ont été frappés avec lui. Au jour du Jugement, ces derniers partageront le sort de leur maître et seront précipités dans les flammes éternelles. Cette doctrine se trouve déjà dans saint Mathieu (xxv, 41). Le passage de l'évangéliste à ce sujet est important pour la question qui nous occupe, car le lien qu'il établit entre Satan et ses anges a certainement été présent à l'esprit de ceux qui ont fixé la plus ancienne formule âiabreniintiatîo : Tots èpsi (le Fils de l'Homme) xa'.t'y.ç s; s6(ii)Vi(J.o)v. IJope'JSO^e àz' s[j.o'j ot y.arripajjivoi sic tô TtùpTO al(i)viovTOT,Toi|j.aa(j.évov t<j)Siap6X(pxai toi; àf véXoiç aôtoû^-

On se demandera s'il ne suffisait pas de renoncer à Satan et à ses anges et quelle idée accessoire était impliquée par le mot pompa. A cela il faut répondre, je crois, que les anges de Sa-

1. La fompa ciici, qui fut prohibée par Constantin (Zozime, I[, 31), n'était pas autre chose qu'un cortège ; cf, l'article Cirais dans le Diclionnaire de Saglio, p. 1193.

2. Térence, Heautoniimoroumettos, IV, 4, 17 : « Transeiindum nunc tibi ad Menedemum est — El tua pompa eo tradiicenda ». — Plaute, Curculio, I, 1, 1 : « Qutf ted hoc noctis dicam projicisci foras — Cta?i istoc ornatn cttinqtte hac pompa^ Phaedrome ? »

3. < Ensuite il dira à ceux qui seront à sa gauche : Retirez-vous de moi. maudits ! et allez dans le feu éternel, qui est préparé au diable et à ses anges ». (Version d'Ostervald.)

tan, les anges déchus, ne constituent pas tout le cortège du Tentateur, dont ils sont plutôt, si l'on peut s'exprimer ainsi, l'état-major ou le grand conseil. Il y a encore une multitude infinie de démons qui servent l'Esprit Malin sans que l'Écriture dise ni indique nulle part que ce soient des anges révoltés. Origène distingue nettement les anges du diable des autres démons ^ Cette distinction découle nécessairement des textes, qui nous parlent d'innombrables démons errant parmi les hommes, mais n'attribuent jamais le rôle de tentateurs nomades aux anges déchus. Bien plus, on lit dans la seconde épître de Pierre (H, 4) : 'O Osôc; àfïéXwv a|i.apnr]ao.vr(iùv oux k'fslaazo, àWà aeipaîç Càfj^ TapTopw-ja? TtapéSwxsv sic xpbiv xoXaCo;xâvoo? trjpEt^Oai, c'est-à-dire : « Dieu n'épargna pas les anges quand ils eurent péché, mais les ayant précipités dans le Tartare les livra aux chaînes des ténèbres pour être réservés jusqu'au jour du Jugement" ». Par un privilège singulier, le chef de ces révoltés, Satan, obtint la permission d'errer parmi les hommes, parce qu'il est, suivant le quatrième Evangile, le maître de ce monde, âp/wv toù xôo{J.oo xoùzoo ^; mais il est bien évident que les démons qui pullulent sur terre et dont l'expulsion est l'objet de tant de miracles ne sont pas identiques aux grands anges des ténèbres enchaînés par Dieu dans les Enfers. Ceux-là sont les lieutenants de l'armée de Satan ; les démons sont ses simples soldats et forment son cortège habituel, sa :îO[jnc^.

Voyons maintenant si les autres passages où TertulUen parle de la pompa diaboli admettent une interprétation analogue.

Dans son traité des Spectacles (iv), il interdit aux chrétiens la fréquentation des théâtres et des amphithéâtres. Pour jus-

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