‹ Cultes, mythes et religionsChapitre 192 sur 232 · Renan, Marc-Aurele, p · texte numérisé non relu

Renan, Marc-Aurele, p

Philopatris, écrit qui se trouve parmi les œuvres de Lucien, mais que nous rapportons au temps de l'empereur Julien. »

Il est assez surprenant que Renan, qui avait connu et estimé à sa valeur l'illustre helléniste Hase, n'ait pas même fait mention de l'opinion de ce dernier, exprimée par lui dès 1813, à savoir que le Philopatris est une œuvre du moyenâge, rédigée au Xo ou au Xlo siècle après notre ère '.

Si cette opinion, à notre avis incontestable, a été tellement négligée que, malgré l'adhésion de Niebuhr en 1828-, il n'en ait presque jamais été question dans la littérature scientiiique avant 1894 *, cela tient sans doute à un paralogisme très séduisant qui a dû être commis m petto par Renan et lui faire rejeter sans examen l'idée de Hase. On a cru, en effet, et la plupart des historiens croient sans doute encore, que le Pliilopatris est un pamphlet païen dirigé contre le christianisme, dont l'auteur anonyme ne se contente pas de persifler les dogmes, notamment celui de la Trinité, mais dont il condamne l'esprit et les tendances politiques comme dangereux pour la sécurité de l'Empire. Une fois cette interprétation du dialogue admise sans conteste, qui pouvait songer à le placer au Xe siècle. époqi;e où il n'y avait plus de païens dans l'Empire d'Orient, où la lutte entre le christianisme et le paganisme n'était plus qu'un souvenir ? C'est précisément parce que le dialogue lui semblait attester l'intensité de cette lutte que Gesner, dans son célèbre mémoire trois fois réimprimé au XVXiie siècle', le rapportait au temps de l'empereur Julien et proposait de l'attribuer au sophiste Lucien, un des correspondants de l'Apostat. Trop bon helléniste pour n'y pas

1. C. B. Hase, Notices el extraits des manuscrits, t. IX (1813), 2« partie, p. 121.

2. Préface du Léon Diacre de la Ih'zanline de BoQti, et Kleine SchiiJ'len^

3. Les exceptions à citer sont Dindorf, édition de Lucien, 1858, l, p. IX ; Gfrorer, Ryz. Gesch., t. III (1877), p. 64. Je me reconnais responsable du silence de M. Gust. .Schlumberger à cet égard; c'est moi qui, imbu des idées de mon maître B. Aube, lui déconseillai de tenir compte de l'hypothèse de Hase quand il préparait son Nicéphore Fhocas (1890).

4. léna, 1714 ; Goettingcn, 1714 ; enfin dans le Lucien de Deux-Ponts, t. HI, p. 708.

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reconnaître toutes les marques d'une grécité décadente, il ne pouvait cependant en faire descendre la date au delà de l'époque où la victoire du christianisme devint définitive, c'est-à-dire la fin du ive siècle. Ainsi, pendant longtemps, on a daté le Philopatris d'après ce que l'on crovait en être le sujet, au lieu d'interpréter le sujet en accord avec la date qui ressort sans conteste, comme nous le verrons bientôt, des allusions contenues dans ce dialogue.

La preuve que Renan a fait ce faux raisonnement est fournie par quelques passages de son grand ouvrage, où il accepte sans hésiter l'opinion que le Pliilopatris renferme une accusation de haute trahison dirigée contre les chrétiens de l'Empire.

Dans le volume intitulé F Eglise chrétienne, publié en 1879, on lit ce qui suit ' : « Par son espérance d'une fin prochaine du monde, par les vœux mal dissimulés qu'il formait pour la ruine de la société antique, le christianisme était, aix sein de l'Empire bienfaisant des Antonins, un démolisseur qu'il fallait combattre. » Et Renan renvoie à ce propos au Philopatris, « en se rappelant que ce petit écrit, ajoute-t-il, est postérieur au temps où nous sommes».

Même thèse en 1883 dans Jl/arc-Aurèle- : «Le chrétien ne se réjouit pas des victoires de l'Empire ; les désastres publics lui paraissent une confirmation des prophéties qui condamnent le monde à périr par les barbares et par le feu ». lit l'auteur ajoute en note : « Lire la plaisante scène du Philopatris. »

A la différence de Renan, B. Aube, dans son Histoire des Persécutions de l'Eglise, cité la dissertation de Gesner ; mais sa manière de voir est tout à fait conforme à celle de Renan ^ : .

« La raillerie sur les trois en un et sur l'un en trois, svir le Dieu qui habite en haut, le Fils né du Père et l'Esprit qui procède du Père, sur la prière qui commence par le Père, les

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