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Iliade, VIII

n'est pas douteux que cet opuscule fût destiné à être lu par Nicéphore, à titre de protestation de ses sujets loyaux contre les autres, la phrase que nous avons citée a toute l'apparence d'une demande de salaire; l'empereur victorieux n'oubliera pas le sophiste qui a pris si vigoureusement son piirti à l'heure où le succès de ses armes était incertain.

On comprend, après les explications qui précèdent, pourquoi nous refusons de croire, avec Gfrôrer, que Nicéphore, dans sa haine du clergé régulier, ait commandé à un sophiste d'écrire un pamphlet contre les moines ; avec Renan et presque tous les autres critiques, que l'auteur du Philopatris soit un adversaire du christianisme et dénonce les chrétiens comme des ennemis de la patrie; avec Crampe, qu'il soit un chrétien fanatique qui révèle aux autorités séculières un conventicule de païens attardés, ennemis à la fois de Dieu et de la patrie. C'est un pauvre diable qui, pour se faire valoir, crie « Vive l'Empereur ! » en flétrissant, comme il convient, l'Opposition. Cette Opposition, à l'en croire, se recrutait parmi des gueux bien inofîensifs ; ce ne sera pas elle, d'ailleurs, qui amènera un changement de régime ; les assassins de Nicéphore seront son meilleur général, Zimiscès, et sa propre femme, Théophano.

Il nous reste à parler de la première partie du dialogue, qui forme à peu près les deux tiers de l'ensemble et qui se rattache assez mal à la partie la plus importante, celle que nous venons d'analyser avec détail.

Lorsque Triéphon rencontre Critias, exaspéré par les propos de trahison qu'il vient d'entendre, il essaie d'abord de le calmer et de lui faire raconter son aventure. Le bon sens exigerait que ce récit ne se fît pas trop attendre ; mais, par quelque motif, l'auteur laisse notre curiosité en suspens, Critias a juré par Zeus ; aussitôt Triéphon, rappelant tous ses souvenirs de Lucien, affirme que Zeus était un coquin et un

paillard. Sans se fâcher, Critias offre d'attester Apollon, puis Poséidon, Hermès, Héra : à chaque nom, c'est le même déchaînement d'invectives, agrémentées de plaisanteries faciles. Par quoi faut-il donc jurer? demande Critias. Alors Triéphon lui débite des vers, dont l'un est d'Euripide, l'exhortant à jurer par le Dieu suprême, par le Fils et par l'Esprit qui procède du Père, suivant la formule adoptée dans l'Église grecque après le schisme de Photius. Critias répond qu'il ne comprend pas cette arithmétique, parle en badinant de Nicomaque de Gérasa et de Pythagore. Sur ce, Triéphon lui fait un petit cours de religion et, s'aidant des Oiseaux d'Aristophane, dont il cite deux vers, et d'une phrase de Moïse, qu'il appelle le Bègue, lui expose la création du monde sorti du Chaos. Mais Critias insiste : il veut savoir ce que son interlocuteur pense des Parques et du livre du Destin. Au flux de citations homériques alléguées par Critias, Triéphon répond par d'autres citations du même poète et en fait ressortir les contradictions. Enfin, après une dernière escarmouche sur les livres du Ciel où, suivant Triéphon, sont inscrites les actions des hommes et où Critias s'étonne que l'on enregistre aussi celles des Scythes, Critias se décide à jurer par le Fils qui procède du Père et commence à narrer l'histoire de sa reçcontre avec les prophètes et de sa visite au lieu de leurs réunions. On a soutenu, d'une part, que la conversion de Critias était feinte et que le but de l'auteur du dialogue était de railler impunément le christianisme ; de l'autre, que le même auteur, au moment d'attaquer violemment les moines chrétiens, voulait se mettre à couvert en présentant une apologie de la religion. Enfin, Erwin Rohde a prétendu que tout ce début n'était qu'une farce littéraire et un prétexte cherché par l'auteur du Philopatris pour faire étalage de sa familiarité avec Lucien.

- Sur un point essentiel, presque tous les critiques sont d'accord : Triéphon serait un chrétien et Critias un païen. Erwin Rohde, qui accepte la thèse de Hase et de Niebuhr, sans admettre qu'il y ait eu des païens au xe siècle, se tire d'affaire en alléguant que la première partie du dialogue est censée se

passer à une époque beaucoup plus reculée que la seconde. La preuve, suivant lui, c'est que Triéphon dit avoir autefois partagé les idées de Critias, mais être revenu à de meilleurs sentiments par la rencontre d'un Galiléen chauve, au long nez, qui était monté au troisième cieP . Les anciens commentateurs avaient déjà reconnu que ce Galiléen était saint Paul, qui dit, en effet, avoir été enlevé au troisième ciel (âprraYévta eioç TpiTr.!> o'jf/avoo)" ; Rohde a confirmé cette explication en rappelant un passage des Actes apocryp'hes de Paul et de Thècle, où il est également question du grand nez de l'apôtre (è^'lpfiivov) 8. Puis donc que Triéphon, contemporain de Nicéphore Phocas, prétend avoir rencontré saint Paul, c'est, ditRhode, que l'auteur, dans cette partie du dialogue, le fait vivre huit ou neuf siècles plus tôt, à une époque où les païens étaient encore en majorité "*. Seulement, ce singulier écrivain ne sait pas garder le masque qu'il a revêtu ■• ; il s'oublie, dans la même partie du dialogue, jusqu'à parler des massacres de Crète, qui ont eu lieu en 9()1. Cela n'étonne point M. Rohde de la part d'un pauvre d'esprit comme l'auteur du /'////«'/(^c^rw, qui grille de placer, dans son écrit, une polémique contre les dieux du paganisme et fait ce qu'il faut ou ce qu'il peut pour y parvenir".

Il y a évidemment quelque chose de judicieux dans l'opinion de Rohde ; cet excellent critique, à l'encontre de tous ses prédécesseurs, s'est refusé à trop prendre au sérieux la première partie du Philopatris. Toutefois, il me semble avoir été un peu trop loin dans cette voie ; il me semble surtout

1. Galiléin, signifiant chrétien, est une expression familière à l'empereur Julien; M. Crampe {np. lauM., p. 18) dit n'en connaître dans la littérature byzantine qu'un autre exemple, emprunté au Timarion, imitation de Lucien écrite au XII« siècle. Peut-être l'auteur du Philopatris avait-il lu Julien.

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