‹ Cultes, mythes et religionsChapitre 208 sur 232 · Cf. Fùrst, Litteraturblatt des OrUnts, 1840, p · texte numérisé non relu

Cf. Fùrst, Litteraturblatt des OrUnts, 1840, p

8. Sur Al-hadib, cf, Zunz, Ztir Geschichte und Litteralur, p. 423 : Steinschneider, Catal. libr. Ilebr. in biâl. Bodl., p. 1086.

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qu'il avait reçue '. L'époque de la maturité de Zarza, ou du moins celle de son activité littéraire, est une des plus tristes de l'histoire du judaïsme, ce long martyrologe auquel la Révolution française a mis fin dans l'Europe occidentale. Deux frères, Pierre le Cruel et Henri II, se disputaient le pouvoir : la guerre civile, qui désolait toute l'Espagne, était une source de calamités sans nombre pour les Juifs de Castille et de Léon, victimes tour à tour des vainqueurs et des vaincus. Voici comment Zarza s'exprime à ce sujet dans la préface de son second ouvrage^: « J'ai composé ce livre pendant que toutes les communautés des provinces de Castille et de Léon étaient plongées dans une profonde détresse, que toutes les malédictions renfermées dans les livres III et V de Moïse s'étaient appesanties sur nous. Dans la noble communauté de Tolède, la plus florissante du judaïsme espagnol, plus de dix mille Israélites moururent en deux mois^ lors du siège de cette ville par le roi Henri. On vit des femmes manger leurs enfants ; on dévora jusqu'à des livres et des sacs de cuir . . . Beaucoup préférèrent sortir de la ville, aimant mieux tomber sous le glaive que de succomber à la faim . . . Nombre de communautés furent massacrées tout entières et beaucoup d'Israélites, épouvantés par tant de souffrances, se convertirent au christianisme ... Je n'en finirais pas si je voulais énumérer tous nos maux. Au milieu de pareilles misères, personne ne put ouvrir un livre, encore moins se livrer à l'étude. Aussi les choses les plus simples ont-elles été oubliées dans Israël ; à plus forte raison, on perdit le souvenir des points compliqués et obscurs de la doctrine. Alors je me suis dit : « Il est temps « de faire quelque chose pour Dieu, car sans cela la Loi serait * détruite » {Psaumes, 119, 125). J'ai donc rassemblé mon courage et j'ai composé le présent livre, malgré les motifs qui devaient m'en détourner, et bien que je n'ignore pas qu'un écrivain serve aujourd'hui de cible à la malignité de ses ad-

1. ^ctte lettre se trouve à la fin du MekOr-lIaïm, fol. 130 a.

2. La partie historique de cette préface a été traduite en allemand par Béer (Philosophie lier Jitiien, p. 80-82); cf. Fiirst, Litteraturhlalt des Orients, 18,51, p. 655.

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versaires. On se moque de lui, on méprise ses paroles par envie, on les combat sans raison et sans justice. »

Zarza revient encore, et avec plus de détails, sur les misères des Juifs pendant la guerre civile, dans la conclusion du Mekôr-Haïm, conclusion qui existe en manuscrit à la Bibliothèque royale de Munich, d'où elle a été extraite ^ et traduite en allemand -.

On voit que le principal but de Zarza a été de répandre parmi ses contemporains, devenus ignorants par l'excès de leurs misères, les pensées philosophiques de ses illustres devanciers ; de ressusciter, en un mot, la philosophie religieuse presque oubliée dans le judaïsme espagnol. Cette décadence, à laquelle il veut porter remède, avait commencé après la mort de Maïmonide et de Nachmanide, les grandes lumières du judaïsme en Espagne " ; à l'esprit philosophique des savants juifs du xn° et du xiil" siècle, s'était substituée une méthode scolastique, purement théologique et formelle, qui prit bientôt le dessus et menaça d'étouffer toute libre recherche. Les rabbins, en butte à des persécutions incessantes, finirent par renoncer aux études qui, au xiii® siècle, leur avaient assuré tant d'influence à la cour de Castille *. Au commencement du xiv" siècle, à l'instigation d'un rabbin venu d'Allemagne, Ascher, défense avait été faite aux Juifs d'Espagne d'étudier la philosophie avant l'âge de vingt-cinq ans. C'était la condamnation de la science juive, si l'on réfléchit que le mot de philosophie, à cette époque, avait une signification bien autrement large qu'aujourd'hui.

Rappeler ces circonstances, c'est faire comprendre le mérite de Zarza, le courage et l'amour de la vérité dont il fit

1. Zcitschrift des Judentums, 1838; Schehet Jehuda, éd. Wiener, Hanovre, 1855, p. 131-132.

2. S. Weil, UtteraturbUitt de Fiirst, 1847, p. 417 et suiv ; cf. Graetz, 6VschichU der Judfn, t. VII, p. 400-408.

3. Maïmonide est assez connu en France par la traduction du Guide des Égarés qu'a publiée Munk (Paris, 1856-1866). Sur Nachmanide {Moïse lien Nachiiian), voir Théod. Reinach, Histoire des Israélites, p. 128.

4. Cf. Don José Amador de los Rios, Etudes historiques, politiques et littéraires sur les Juifs d'Espagne, trad. franc, de M. Magnabal, Paris, 1861, p. 255.

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preuve en essayant de réhabiliter, parmi ses coreligionnaires, l'étude de la philosophie. Il nous a dit lui-même, dans un passage que nous avons traduit plus haut, à quels dangers et à quelles attaques l'exposait son entreprise. De tous temps, l'ignorance a condamné le savoir comme une hérésie. Pour faire accepter un peu de philosophie à ses contemporains, Zarza dut lui donner le masque de la scolastique ; c'est pourquoi, présentant ses idée? sous forme de commentaires de la Bible et du Talmud, il s'appuie toujours sur l'autorité incontestée de ces deux livres.

Victime d'une erreur très répandue à son époque, Zarza ajoutait foi aux spéculations de l'astrologie; il appliqua même cette fausse science à l'interprétation de plusieurs passages du Pentateuque '. Nous avons déjà dit qu'il n'était pas un penseur original. Il n'en est pas moins injuste de le qualifier, comme l'a fait M. Graetz, de « bavard superficiel, sans esprit et sans intelligence », de « tête plate », de « compilateur médiocre », etc. Pour son époque, dans le milieu où il a vécu, Zarza n'était pas un homme ordinaire. S'il est impossible de le comparer à un Ibn-Esra ou à un Maïmonide, il mérite cependant une place dans l'histoire littéraire du judaïsme par l'étendue de son érudition et par la clarté relative de son langage. Son contemporain Al-hadib a dit de lui, dans la lettre citée plus haut, qu'il était supérieur par la science et par la finesse à tous les rabbins de son temps. C'est là un jugement que nous n'avons aucun motif de récuser.

Arrivons maintenant aux deux points les plus importants de cette étude, la légende de la mort de Zarza et ses opinions sur l'éternité du monde.

Bon nombre d'écrivains de seconde main ont rapporté que Zarza avait été brûlé vif à cause de sa croyance à l'éternité du monde -. Le premier qui ait pris la responsabilité de cette

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