Ibid., VIT
fait primitif; c'est la conséquence d'un fait plus général, l'interdiclion de tuer '■. Comme César ne sait pas cela ou n'en a
]. Mcme interdiction de tuer le coq chez les Pythagoriciens, bien qu'on prescrivit d'élever ces animaux : 'AXey.tpoôva Tps'f s |ièv, |j.t] Gûe iï ■ MrjVij -(àp y.a'; H'/.:(i) xaCltépouta'. (Orelli, 0/iisc. Graecorum vetenim, t. I, p. 66). La raison alléguée est naturellement postérieure au précepte et à l'interdiction.
cure, sa phrase trahit un mouvement de surprise qui est impliqué par le mot tavien et la tentative d'explication qui suit; 2° Si les Bretons, s'est dit César, ne veulent pas manger de ces animaux, c'est qu'ils les considèrent comme impurs; alors pourquoi en voit- on parmi eux? — Nous ne prêtons pas gratuitement à César un pareil raisonnement, car nous avons la preuve qu'on l'a tenu dans l'antiquité à propos des Juifs et de leur abstinence de la viande de porc. La cinquième des Questions conviviales de Plutarque roule sur ce sujet ^ Un des interlocuteurs du dialogue, Callistrate, se demande si les Juifs s'abstiennent du porc parce qu'ils ont horreur de cet animal ou, au contraire, parce qu'Us le respectent. « Pour moi, ajoutet-il, je crois que cet animal est en quelque honneur auprès d'eux ... Si les Juifs avaient le porc en abomination, ils le tueraient, de même que les mages tuent les rats (aquatiques); or, nous voyons, au contraire, qu'ils considèrent comme aussi défendu de le tuer que de le manger. » Plutarque exprime bien rarement des idées qui lui soient personnelles ; ici, sans doute, il reproduit un argument courant parmi les écrivains grecs qui avaient constaté l'éloignement des Juifs pour la chair de porc. Si cet animal est impur, pourquoi n'en exterminent-ils pas l'espèce? Serait-ce qu'ils l'ont en vénération secrète, alors qu'ils paraissent l'avoir en horreur? César a éprouvé le même étonnement en constatant, chez les Bretons, l'existence de lièvres, de poules et d'oies domestiques que l'on s'abstenait cependant de manger 2. Seulement, il propose une explication différente et bien moins profonde de ce qui lui a paru d'abord, comme aux Grecs, une inconséquence des mœurs barbares ;
3° Ces peuples, dit César, élèvent cependant des lièvres, des poules et des oies, parce que cela leur fait plaisir. Cette solu-
1. Plutarque, Quaest. Conviv., IV, 5-6 (=Tl3. Reinach, TexUs grecs (t latins relatifs au judaïsm', p. 137-141).
2. Le lièvre peut être domestiqué (cf. Brehm, l'homme et les atiimaux, trad. franc., t. II, p. 216) ; il n'y a donc pas lieu de supposer qu'il s'agisse ici du lepus cuniculus ou lapin espagnol.
tion de la difficulté se présentait assez naturellement à l'esprit positif d'un riche Romain qui avait vu, dans l,es parcs de ses amis patriciens de Rome, élever et entretenir des animaux de luxe qui n'étaient pas destinés à la nourriture, aninii vohiptatisq.ie causa. Elle marque aussi le peu de clairvoyance de César à l'endroit des usages d'ordre religieux; l'auteur grec suivi par Plutarque afait preuve d'une tout autre pénétration lorsqu'il a conclu de l'abstinence au culte. Mais les modernes n'ont pas le droit d'être sévères pour César, puisqu'ils ont continué à se payer, jusqu'à nos jours, de raisons aussi mauvaises en présence de phénomènes religieux identiques. Ce qui fait l'absurdité de l'explication tentée par César, c'est qu'elle prête à des hommes encore à demi -barbares les goûts des grands seigneurs romains qui nourrissent des animaux « pour le plaisir » ; elle est donc viciée par une sorte de paralogisme très commun, consistant à interpréter ce qui paraît singulier chez d'autres peuples par des motifs qui justifieraient une manière d'agir analogue chez les compatriotes de l'écrivain. Mais n'est-ce pas exactement la même erreur où sont tombés les modernes lorsqu'ils ont prétendu que les interdictions alimentaires de la loi mosaïque s'inspiraient de considérations d'hygiène? Peu leur importe que l'hygiène soit une science toute récente; que la Bible ne parle jamais d'une maladie individuelle ou d'une épidémie comme de la conséquence d'une interdiction alimentaire violée; qu'au contraire elle motive souvent les maladies et les épidémies par des causes purement morales ou religieuses '; qu'au colloque tenu à Jérusalem en 5 1 ,
Kig. 2. — Bas-relief d'Epona découvert ù Kastul. Musée de Mayeuce (cf. p. 63.)
1. Cf. Jérémie, XLII, 17. « Tlii law of leprosy is not to be exflained from the risk of contagion ; ordtnary sickness and even pestilence does not occasion
m LES SURVIVANCES DU TOTEMISME CHEZ LES ANCIENS CELTES
OÙ saint Paul s'éleva contre les interdictions alimentaires {AcU's, XV, 10),,pas un des docteurs présents ne lui ait objecté l'intérêt hygiénique; qu'enfin les interdictions alimentaires les plus strictes et les plus nombreuses se rencontrent chez les peuples les moins civilisés, et non chez les autres. Ils n'en assurent .pas moins que Moïse était un hygiéniste, parce qu'ils savent que lorsque les hommes de leur temps conseillent de s'abstenir d'une nourriture, c'est qu'ils la considèrent comme malsaine. Ils font donc tenir à Moïse les mêmes raisonnements qu'à leurs sages contemporains, de même que César faisait raisonner les Bretons comme ses riches compatriotes. De ces deux paralogismes, ce n'est peut-être pas celui de César qui est le plus choqiiant.
Voici comment des orientalistes illustres, Renan et Haupt, se sont exijrimés, tout récemment encore, au sujet des interdictions alimentaires des Hébreux :
Renan, Histoire du ptuple d'Israël, t. I, p. 122-123: « Les civilisateurs cherchaient déjà (au temps d'Abraham !), par des pratiques bien entendues, à étendre la culture, à restreindre la barbarie. 11 s'agissait de faire l'éducation du corps en même temps que celle de l'âme. Une des causes de saleté physique et morale était l'habitude de manger des charognes, des bêtes malsaines. La distinction des animaux piars et impurs est très ancienne, bien que la liste des animaux défendus n'ait été dressée que bien plus tard et ait varié. Le porc, très sujet en Orient à la trichinose, figure tout d'abord parmi les viandes les plus mal notées. »
Ilnd.f t. IV, p. 55 : « L'hygiène et la propreté furent, à bon droit, une des principales préoccupations des anciens législateurs. L'interdiction de certaines nourritures sales ou malsaines faisait essentiellement partie des ^•ieux Codes. Le porc, presque toujours véhicule de maladies en Orient, méritait les mesures radicales dont il fut l'objet . . . Les idées de pureté ou
ttncUafiness ; the leaper is tiiicUan bscaiise he is stnitten of (jod^ jtist as tht madiiian in Moslem coimtries is holy and epilepsy was the ispà viaoç in Grefce. » (Simco.'L, art Clean and Unclean, dans VEncyclopaedia Biblica, Londres. 1809/* Voir aussi les sages observiiUons de Munclc, Palestine, p. 465.
d'impureté furent, à l'origine, l'équivalent des idées de propre et de malpropre; elles répondirent à des raffinements, à des dégoûts dont il nous est souvent difficile de nous rendre compte. Presque toutes les religions de l'Orient exagérèrent ces distinctions et en firent de lourdes entraves, etc. »
Paul Haupt, The sanitary basis oj t/ie Mosaic ritual dans le Bulletin h° XIII du XII'' Congrès des Orientalistes (1889), p. 7 : « Les rites religieux des Israélites ne tirent pas leur origine de
Fig. 3. — Sanglier de bronze, découvert à N'euvy-en-SuUias. Musée d'Orléans
(cf. p. 6J).
l'Egypte, mais bien de la Babylonie. Ils ont pour base des points de vue sanitaires, auxquels on a attribué une signification religieuse, afin de faire pénétrer dans la grande masse de la population ces règles hygiéniques. Les prêtres des Israélites n'étaient pas seulement des gardiens du temple et des iaterprètes des oracles de Dieu, mais aussi des commissaires de la santé publique. »
Citons enfin le témoignage d'un médecin réputé, feu Guéneau de Mussy*: « Moïse ne s'est pas contenté de jeter les bases de l'hygiène sociale ; il est entré dans les détails plus intimes qui nous font admirer la sagacité de ses observations