Cf. Ovide, Fastes, V, 419 et suiv
Ce vieux Romain offrait des fèves comme Numa avait offert des oignons, à la place de victimes humaines', et cette substitution nous éclaire sur le caractère primitif du rite. A l'époque où il prit naissance, on ne disait pas seulement, comme dans la Rome classique : Jiomo res sacra liouUni, mais faba, caepe, res sacra konihu.
Nous sommes de nouveau bien loin des Bretons de César; il faut cependant, avant de prendre congé d'eux, examiner de plus près les trois tabous d'origine totémique dont le conquérant romain nous a conservé le souvenir.
Un folkloriste anglais a récemment montré que, dans la religion populaire du pays de Galles, le lièvre, la poule et l'oie jouent encore un certain rôle, de même, d'ailleurs, qu'une vingtaine d'autres animaux ^. Ce sont autant de survivances lointaines de ce totémisme dont l'origine, à l'époque de César, se perdait déjà dans l'obscurité des temps, puisqu'il a dû logiquement précéder la domestication des animaux. A Pennant Melangell, on s'abstient de tuer les lièvres; à Llanfechain, on les chasse une fois par an. Une fois par an aussi, dans plusieurs localités, il y a des foires où l'on vend des oies et où l'on en mange avec solennité. Ailleurs, le coq tué le mardi-gras est mangé en grande cérémonie. La périodicité du festin rituel, dont un certain animal fait les frais, est une des survivances les plus ordinaires du totémisme. Il y a même des clans totémiques qui mangent habituellement leur totem, mais qui, une fois par an, le mangent avec plus de cérémonie, comme pour s'imprégner de sa sainteté et lui rendre hommage ^.
L'auteur de l'article que nous venons de citer écrit (p. 318): « Boadicée, selon Jules César, avait près d'elle un lièvre qui
1. La sainteté de l'oignon paraît avec évidence dans cette histoire racontée par Ovide, où Kuma trompe Jupiter en lui oiîrant des tCtes d'oignon ;'i la place de têtes d'homme (Ovide, Fastes, III, 340).
2. M. W. Thomas, danr la Revue de l'Histoire des Religions, 1898, p. 295-347.