Ibid., p
devait lui porter bonheur quand elle allait combattre les Romains». Jules César n'a point parlé de Boadicée (de son vrai nom Boudicca), et pour cause ; le texte visé est dans Dion Cassius et prête du reste à quelque ambiguïté '. Boadicée
i .i^. .-r. — A^tCol découvert et conservé à Reims v ;. j-. V^,.
vient de terminer un discours à ses guerriers en traitiint les Romains de lièvres et de renards qui prétendent commander à des chiens et à des loups. « Ayant dit cela, elle lâclia un lièvre de son sein, icsanî d ime sorte de divination, et la course de l'animal ayant donné un présage heureux, la multitude poussa des cris de joie. » Or, d'abord, il est évident que Dion Cassius ne parle pas en témoin oculaire ; les discours qu'il prête à Boadicée, où il est question de Nitocris et de Sémira-
L Dion Cassius, LXII, 6 (éd. Gros et Boissée).
mis, n"ont manifestement pas été tenus. 11 ne faut donc attacher aucune importance à la comparaison des Romains avec des lièvres qui marque la fin d'un de ces discours de sophiste. Tout ce qu'on peut retenir, c'est que Boadicée avait un lièvre familier et qu'elle s'en servit, dans une circonstance solennelle, pour interroger l'avenir. Or, le lièvre familier de la princesse bretonne est bien un de ces animaux sacrés que les Bretons, du temps de César, élevaient sans en faire leur nourriture — de sorte que le texte de Dion Cassius est d'accord, avec celui de César — et la circonstance qu'on l'emploie à la divination en confirme le caractère totémique. Robertson Smith a montré, en effet, que les animaux d'augure avaient été, à l'origine, des animaux sacrés. Chez les peuples bien doués et qui marchent vers la vraie civilisation, la phase proprement totémique est nécessairement très courte, car si le totémisme provoque la domestication des animaux, cette domestication, à son tour, le fait disparaître, en rendant de plus en plus facile et général l'usage de leur viande. Dans les pays où le totémisme s'est conservé jusqu'à nos jours, il n'y a pas ou presque pas d'animaux domestiques, parce que les animaux indigènes ne se prêtaient pas à la domestication ; en revanche, là où il y a des animaux domestiques, on ne trouve plus que des survivances du totémisme. L'une de ces survivances consiste précisément en ceci, que l'animal considéré autrefois comme l'ami et le protecteur du clan continue à lui témoigner sa bienveillance en lui révélant les secrets de l'avenir.
C'est ce qui peut être constaté clairement dans Je cas de la poule, cet autre totem des Bretons au temps de César. Animal domestique depuis une haute antiquité, la poule a dû être totem dans bien des pays, sans quoi on ne l'eût pas domestiquée; à Rome, le souvenir de cette sainteté primitive survécut dans l'usage augurai des poulets sacrés. Lorsque le consul Appius Claudius Pulcher, avant la bataille de Drepanum, ordonna de jeter à l'eau les poulets qui refusaient de manger ',