‹ Cultes, mythes et religionsChapitre 27 sur 232 · Keller, Thiere des Altertum^, p · texte numérisé non relu

Keller, Thiere des Altertum^, p

un des moindres bienfaits de la mythologie anthropologique d'avoir substitué à d'aussi singulières hypothèses des explications moins pénibles à accepter.

En dehors du texte de César, il existe encore au moins un

Kifi. 14. — Stôle de Vaiidoeavres dans l'Indre (cf. p. 72),

témoignage littéraire — d'époque, à la vérité, plus tardive — qui fournit une preuve irrécusable du totémisme celtique. Le héros de l'épopée irlandaise, Cuchulainn, porte un nom qui signifie « le chien de Culann » ; or, cet homme du clan cliieii est soumis au tabou ordinaire qui pèse sur les clans totémiques : il ne doit pas manger son totem, du moins en dehors de certaines cérémonies religieuses. Dans le récit irlandais, au moment où Cuchulainn va engager sa dernière bataille, il rencontre trois vieilles qui l'invitent à manger du chien. Dès qu'il a touché à cette nourriture interdite, ♦ la malédiction atteint tout son côté gauche qui, de la tête aux pieds, perd une grande partie de sa force ' ». M. d'Arbois de Jubainville, en racontant cet épisode, parle d'une « défense magique» qui interdisait à Cuchulainn la chair de son animal homonyme.

1. D'Arbois de Jubainville, Véfopée celtiijtie en Iilaiule, p. 336.

Il ne peut être question là de magie, puisque l'interdiction de la nourriture totémique est un fait général, tandis que la magie ne vise que des cas particuliers. On a fait observer c[u'une légende relative à saint Patrice reproduit le même trait, alors cependant que le nom du saint n'atteste pas qu'il appartînt, comme Cuchulainn, à une tribu totémique *. Une femme païenne voulut lui faire manger à son insu un plat de chien. Le saint se méfia à l'aspect de la viande et pria Dieu de rendre à l'animal qu'on lui offrait sa forme première. Aussitôt un lévrier jaune s'élança du plat et s'enfuit dans le district de Waterford. Saint Patrice ordonna aux payans qui l'entouraient de le poursuire et de le tuer, puis il maudit la vieille femme et son village, où jamais, depuis, il n'a manqué de boiteux ni de sourds muets. Il y a sans doute dans cette histoire un souvenir de la saga de Cuchulainn ; mais il est curieux de constater qu'au moment où elle prit naissance, le tabou du chien était encore assez vivace en Irlande pour qu'il ait paru inutile de l'expliquer'^.

Ce que les textes littéraires ne nous disent pas, la toponvmie, l'onomastique et l'archéologie peuvent nous l'apprendi-e. Or, il est remarquable que ces deux sciences fournissent, au sujet du totémisme celtique, des indications singulièrement concordantes.

M. d'Arbois de Jubainville, sans s'occuper du totémisme, a mis en lumière le caractère sacré de divers animaux et végétaux d'après les noms d'hommes qui en dérivent au moyen du suffixe-^ew^J, marquant la filiation mythologique chez les Celtes ". Ces animaux sont l'ours, le sanglier, le taureau, le chien et le corbeau ; les végétaux sont le chêne et l'aulne. On a les noms Arti-(j'iios, Maiii-genos, *Uro-genos {Urogtnertns, Urogenhi), *Cunogenos (Congcn, ixe siècle), '*■ Bratinogenos

1. W. C. Borlase, The dolmens 0/ Ireland, t. III (1897), p. 879, d'après O'Donovan. Je ne trouve pas d'autre mention de cette légende.

2. M. Stokes veut bien m'apprendre que, d'après le Livre yaune de Lecan (éd. Alkinson, p. 91), le roi Conaire, fils d'un oiseau, ne devait pas tuer des oiseaux. Cf. Revue Celliqtte, t. XII, p. 242.

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