‹ Cultes, mythes et religionsChapitre 29 sur 232 · Noiinos, Dionys., III · texte numérisé non relu

Noiinos, Dionys., III

riode anthropomorphique de la religion grecque. Le sacrifice de chiens à Hécate, autre fait rituel et, par conséquent, très ancien, vient à l'appui de cette opinion. Robertson Smith a démontré en 1889 — et sa démonstration est irréfutable — • que chez les Grecs comme chez les Sémites et bien d'autres peuples, par exemple les Mexicains, le sacrifice par excellence est celui du totem, dont les fidèles se partagent la chair pour se sanctifier. La victime favorite d'une divinité n'est autre, à l'origine, que cette divinité elle-même; on conçoit que lorsque cette idée eut disparu, le vulgaire se soit imaginé que la victime en question était l'objet de la haine de la divinité et qu'on ait inventé des histoires pour la motiver '.

Ce qui est vrai d'Hécate l'est aussi d'Apollon qui, dans plusieurs tribus grecques, a certainement pris la place d'un loup '-'. Suivant une tradition recueillie par Aristote, Latone avait donné naissance à Apollon sous la forme d'un loup ; en d'autres termes, Apollon, fils de Latone, est, à l'origiiie, un loup fils d'une louve, comme Romulus et Rémus. A Argos et à Athènes, il existe un vieux culte d'Apollon Xôx'.oç. L'Athénien qui avait tué un loup organisait une souscription pour l'enterrer avec honneur ^, fait fréquent dans les cultes totémiques et qu'on constate, en Grèce même, dans l'île de Sériphos, ou Élien nous dit que les homards trouvés morts sont enterrés et pleures comme s'ils appartenaient à une famille de l'île *. A Argos, le loup est figuré sur les monnaies. Une fois que les Grecs furent complètement sortis de la phase totémique, l'association traditionnelle d'Apollon avec le loup provoqua deux explications contradictoires. Suivant les uns, il était le protecteur des loups; suivant d'autres, il était le massacreur des loups et l'on

1. Cf. Hubert et Mauss, &sai sur le sacrifice (1899), p. 120, 128.

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