Manuinenti deW Instituto, t. IV, pi
de longs intervalles^ est le scinglier ou le porc. A Chypre, dans le culte d'Aphrodite et d'Adonis, le porc ne figurait point ; mais une fois par an, le 2 avril, on sacrifiait des sangliers à Aphrodite '. Argos avait une fête dite 'roT/j[yt.a où l'on sacrifiait un porc à Aphrodite-. En général, même en Grèce, le sacrifice d'un porc à Aphrodite passait pour un rite exceptionnel^. Ces faits suffiraient déjà à faire pressentir qu'à une époque lointaine, et ailleurs encore que dans le monde sémitique, le sanglier était épargné par l'homme et considéré comme uni à lui par un lien religieux. Du reste, la domestication du sanglier en est une preuve sans réplique, car si l'homme s'était toujours cru le droit de tuer et de manger les sangliers, jamais des sangliers ne se seraient propagés sous la protectit)n de l'homme et n'auraient fait souche de porcs. La domestication suppose un régime de paix ou, du moins, une longue trêve, quelque chose comme l'âge d'or végétarien qu'ont célébré les poètes de l'antiquité. Nous avons vu, au début de cette étude, que les Bretons nourrissaient des oies, des poules et des lièvres, mais ne les mangeaient pas; de môme, il semble, d'après Lucien, que des porcs étaient nourris dans les dépendances du temple d'Hiérapolis, mais qu'on s'abstenait de les tuer et de les manger. « Les uns, ajoute Lucien, les considèrent comme impurs, les autres comme sacrés*». Cette ambiguïté, qui a subsisté jusqu'à nos jours, est la marque des scrupules d'origine totémique survivant à la conception qui les a produits.
Si je n'hésite pas à ranger le sanglier, à côté du taureau, du cheval, du mulet et de l'ours, parmi les anciens totems celtiques, j'éprouve plus d'embarras en ce qui concerne le cerf. Cependant diverses considérations m'engagent à lui faire une place dans cette liste. La i^remière, c'est qu'un cerf de bronze, de grande dimension, a été recueilli dans le trésor de Neuvy-
1. Lydus, lie Mensibus, p. 80. Cf. Kob^lson Smith, Religion SeDiiten, p. 220.