‹ Cultes, mythes et religionsChapitre 4 sur 232 · IV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

IV INTRODUCTION

tinct social qui me paraît être le principe du totémisme. Il suffit de conduire un enfant dans un jardin zoologique pour constater l'attraction singulière, bien différente de la simple curiosité, qu'exercent sur lui les animaux, l'empressement qu'il met à se lier d'ami ié avec eux, la sympathie ou le respect, bien différent de la peur, que certains animaux lui inspirent. Si cet ensemble de sentiments difficiles à démêler constitue, du moins en germe, le totémisme, on peut dire que l'homme d'aujourd'hui naît totémiste.

La fable animale est la forme la plus ancienne des littératures populaires et les enfants d'aujourd'hui la préfèrent encore à toute autre littérature; c'est qu'elle est, pour ainsi dire, le résidu des récits que combinait l'imagination et qu'acceptait la crédulité des hommes au temps lointain où les bêtes parlaient . . .

Entre le tabou et le totem, il existe des liens; le passage est facile de l'un à l'autre. En effet, le tabou primitif, germe de tout pacte social, protège le totem, qui est l'animal ou le végétal tab(u. On ne peut concevoir le totem sans un tabou et le tabou élargi paraît avoir pour conséquence logique le totem.

Alors même que nous ne saurions rien du tabou polynésien, du totem américain et de tous les phénomènes analogues constatés dans de nombreuses régions du globe, l'existence seule des animaux domestiques et des plantes cultivées, chez les peuples demi-civilisés de l'ancien et du nouveau monde, obligerait d'admettre, après élimination de toutes les autres hypothèses, celle de principes puissants, du même ordre que le tabou et le totem, seuls capables d'expliquer la domestication des animaux et des plantes. Il est évident, en effet, qu'avant d'être élevés par l'homme, de se multiplier sous sa protection et pour son usage, les animaux et les végétaux comestibles ou utiles ont dû être épargnés par lui; or, dans l'humanité primitive, qui ignorait les bestiaux et les céréales, qui ne disposait pas de réserves alimentaires, que menaçait sans cesse la mort par inanition, une seule cause a pu être assez énergique pour assurer la conservation d'un animal ou d'un végétal comestible: c'est un scrupule religieux, un tabou, dont la violation entraînait ou passait pour entraîner la mort. Mais le taboji qui préserve un animal ou un végétal, c'est le principe essentiel du totémisme; l'animal ou le végétal respecté, conservé à proximité du clan comme un protecteur ou un ami, c'est le totem. Ainsi l'on peut, a priort, établir l'existence des tabous et des totems dans les pays qui ont eu de bonne heure des animaux domestiques et des

Page 1