Mémoires du maréchal de Noailles, t. XXXIV, p
liberté), i! 'aut qu'au lieu du rendez-vous, pour monter à cheval, elle mette les pieds sur la portière de son carrosse et qu'elle se jette sur son cheval. Il n'y a pas longtemps qu'elle en avait un assez ombrageux, qui se retira quand elle s'élançait dessus, et elle tomba fort rudement à terre. Quand le roi s'y trouve, il lui aide, mais aucun autre n'ose approcher des reines d'Espagne pour les toucher et les mettre à cheval. On aime mieux qu'elles exposent leur vie et qu'elles courent risque de se blessera »
« Le roi, qui l'aimait fort tendrement [il à'agit toujours de Louise de Savoie], sachant qu'un de ses plus grands divertissements était d'aller quelquefois à la chasse, lui fit amener de très beaux chevaux d'Andalousie. Elle en choisit un fort fringant, et le monta ; mais elle ne fut pas plutôt dessus, qu'il commença de se cabrer et il était près de se renverser sur elle, lorsqu'elle tomba. Son pied, par malheur, se trouvait engagé dans l'étrier; le cheval, sentant cet embarras, ruait furieusement et traînait la Reine avec le dernier péril de la vie : ce fut dans la cour du palais que cet accident arriva. Le roi, qui la voyait de son balcon, se désespérait ; et la cour était toute remplie de personnes de qualité et de gardes, mais on n'osait se hasarder d'aller secourir la reine, ptiisqu'il nesi point permis h itn Iiomine de la toucher, et principalenu-nt au pied, à moins que ce ne soit le premier de ses mi-niiis qui lui met ses cJiaptns; ce sont des espèces de sandales où les dames font entrer leurs souliers, et cela les hausse beaucoup. La reine s'appuie aussi sur les menins quand elle se promène, mais ce sont des enfants qui étaient trop petits pour la tirer du péril où elle était. Enfin, deux cavaliers espagnols, dont l'un se nommait Don Luis de las Torres et l'autre Don Jaime de Soto-Mayor, se résolurent à tout ce qui pouvait leur arriver de pis; l'un saisit la bride du cheval et l'arrêta, l'autre prit promptement le pied de la reine, l'ôta de l'étrier et se démit même le doigt en lui rendant ce service. Mais, san? s'arrêter un moment, ils sortirent, coururent chez eux et
1. Mme d'Aulnoy, La Cour et la ville de M.ulrid, t I. p. 533.
firent vite seller des chevaux pour se dérober à la colère du roi. Le jeune comte de Penaranda, qui était leur ami, s'approcha de la reine et lui dit respectueusement que ceux qui venaient d'être assez heureux pour lui sauver la vie avaient tout à craindre, si elle n'avait la bonté de parler au roi en leur faveur, ptiisquil n'était pas permis de la toucher, et très particulicrement au pied. Le roi témoigna une joie extrême qu'elle ne fût point blessée et il reçut très bien la prière qu'elle lui fit pour ces généreux coupables. On envoya en diligence chez eux ; ils ftiontaient déjà à cheval pour se sauver. La reine les honora d'un présent, et depuis ce jour elle eut une considération particulière pour eux'. »
Saint-Simon raconte la même aventure, avec quelques variantes peii importantes". L'écuyer qui dégagea le pied de la reine se serait réfugié dans un couvent, attendant sa grâce. Ce qui est certain, c'est qu'il ne tarda pas à l'obtenir.
Mais les rois d'Espagne n'entendaient pas plaisanterie sur ce chapitre. Dans une autre lettre, M"'® d'Aulnoy raconte que le comte de Villamediana était amoureux de la reine Elisabeth et qu'il alluma un incendie pour avoir prétexte à l'emporter dans ses bras : « Toute la maison, qui valait cent mille écus, fut presque brûlée ; mais il s'en trouva consolé, lorsque, profitant d'une occasion si favorable, il prit la souveraine entre ses bras et l'emporta dans un petit escalier ; il lui déroba là quelques laveurs, et, ce qu'on remarqua beaucoup en ce paysci, il toucha même à son pied. » Un petit page vit cela, rapporta la chose au roi et celui-ci se vengea en tuant le comte d'un coup de pistolet'.
Les faits cités jusqu'à présent sont du xvile siècle; en voici un qui remonte aix début du XVie et qui m'est signalé par mon savant confrère et ami, M. Marcel Dieulafoy. Lucio Marineo, chapelain de Ferdinand le Catholique, raconte la mort de la reine Isabelle (1504): « Elle reçut avec beaucoup de dévotion