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S. Reinach, Alluvions et Cavernes, p. 2i

tion est inadmissible ; il faut en chercher une autre. Or, lorsque le cheval sauvage, tué hors de la caverne, y était amené par les chasseurs, il est probable qu'ils l'avaient dépouillé de sa peau et même dépecé sur place ; la tête écorchée était apportée comme un trophée de victoire. C'est cette tête écorchée que l'on désirait voir souvent ; c'est elle qui, copiée dans l'os ou dans la corne, devait servir comme un charme pour attirer d'autres chevaux prés de la caverne. La qualifier d'œuvre d'art, au sens moderne du mot, est nécessairement un anachronisme ; le sculpteur préhistorique n'était point préoccupé de plaire, mais ôi évoquer.

C'est, en effet, cette idée mystique de V évocation par le dessin ou le relief, analogue .à celle de V invocation par la parole, qu'il faut chercher à l'origine du développement de l'art à l'âge du renne. Cet art n'était donc pas ce qu'est l'art pour les peuples civilisés, un luxe ou un jeu ; c'était l'expression d'une religion très grossière, mais très intense, faite de pratiques magiques ayant pour unique objet la conquête de la nourriture quotidienne. Une peinture, une sculpture représentant des animaux comestibles assurait le succès de la chasse ou de la pêche non moins que les harpons barbelés ou les sagaies. Pas plus que les Australiens de nos jours, ces hommes ne devaient assigner à la religion un but différent des satisfactions immédiates de leur vie physique: ils en étaient encore à cette phase où l'humanité se passe de dieux et n'interpose pas de puissances supérieures entre elle et la nature, parce qu'elle croit pouvoir dominer directement la nature et, dans la limite de ses besoins, l'asservir par la violence ou par la magie.

Si ce qui précède est exact, on voit que les savants de camps opposés ont été également dans l'erreur quand ils ont pensé que les troglodytes n'avaient aucune espèce de religion et quand ils leur ont attribué un rudiment de culte solaire, avec des symboles et des amulettes appropriés. L'état mental des troglodytes, éclairé par celui des Aruntas, ne comportait encore ni une théologie — chose essentielle à toute religion moderne — ni un culte astral, qui convient à un peuple agri-

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culteur. Les Aruntas croient que le soleil est une femme qui vient chaque nuit se reposer sur la terre ', mais ils ne le représentent pas par un cercle et ne lui adressent pas de prières. Bien que la question soit encore obscure '', il semble que les primitifs les plus arriérés considèrent les corps célestes comme des animaux ou des hommes et ne s'élèvent que lentement à la notion de la supériorité de leur essence, de la dépendance du monde organique à leur égard.

Les modernes parlent souvent, par hyperbole, de la magie du pinceau ou du ciseau d'un grand artiste et, en général, de la magie de l'art. Entendu au sens propre, qui est celui d'une contrainte mystique exercée par la volonté de l'homme sur d'autres volontés ou sur les choses,, cette expression n'est plus admissible ; mais nous avons vu qu'elle était autrefois rigoureusement vraie, du moins dans l'opinion des artistes. Il y aurait beaucoup d'exagération à prétendre que la magie est la source unique de l'art, de nier la part de l'instinct d'imitation, de celui de la parure, du besoin social d'exprimer et de communiquer la pensée ; mais la découverte des peintures rupestres de France et d'Espagne, complétant celle des objets sculptés et gravés recueillis dans les cavernes, paraît démontrer que le grand essor de l'art, à l'âge du renne, est lié au développement de la magie, telle qu'elle s'oftre encore à notre étude dans les tribus de chasseurs et de pêcheurs.

t. Spencer et Gillen, o/. lauJ., p. 561.

2. Cl'. Lang, Myth, Ritual aiul Religion, t. I, p. 122 et suiv.

L'amphidromie'.

Grâce surtout aux lexicographes et aux scholiastes, nous connaissons avec quelque exactitude les cérémonies qui accompagnaient et suivaient, à peu de jours d'intervalle, la naissance des enfants athéniens.

Pour les autres cités grecques, les informations font presque entièrement défaut ; mais il est légitime d'admettre que les usages observés en Attique l'ont été également ailleurs, en particulier dans les villes ioniennes.

La première de ces cérémonies, qui paraît av'oir précédé — du moins à une certaine époque — celle où l'enfant recevait un nom, est appelée Xaniphidromie, d'un terme qui en indique assez, sinon la nature intime, du moins le caractère extérieur-.

Après avoir dit, dans la Cité antique^, que la naissance d'une fille «ne remplissait pas l'objet du mariage», parce que « la fille ne pouvait pas continuer le culte », Fustel de Coulanges s'exprime comme il suit : « Il fallait . . . pour le fils . . . une sorte d'initiation. L'enfant était présenté aux dieux domestiques; une femme le portait dans ses bras et, en courant, lui faisait faire plusieurs lois le tour du feu sacré. Cette cérémonie avait pour double objet, d'abord de purifier l'enfant, c'est-à-dire de lui ôter la^ souillure que les anciens supposaient qu'il avait contractée par le seul fait de la gestation, ensuite de l'initier au culte domestique ».

Ces lignes appellent plusieurs observations. En premier lieu, Fustel a fait erreur en pensant que le rite de l'amphidro-

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