‹ Cultes, mythes et religionsChapitre 61 sur 232 · FUckeisCHS yahrbùcher, 1858, p. 286 et suiv · texte numérisé non relu

FUckeisCHS yahrbùcher, 1858, p. 286 et suiv

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portant l'enfant autour de l'autel, étaient légèrement vêtues, leichi bekleidete Frauen. Telle est l'interprétation, particulière à ce savant, du texte capital d'Hésychius sur l'amphidromie : TÔ Ppî'fjç jjai-âCovTîç TTÊfi'. t/|V éatîav -(UiJ.vol z^'v^nv,. Il est question là, sans aucun doute, d'hommes nus qui courent. Petersen, persuadé d'avance que l'enfant ne pouvait être porté que par des femmes, ne tient pas compte du masculin fîaaiâCovtîç et se refuse, d'autre part, à se figurer des femmes nues courant autour de l'autel familial. Il traduit donc 7U[j.voî par « légèrement vêtues », donnant ainsi un curieux exemple des erreurs auxquelles expose l'interprétation des textes les plus clairs sous l'influence d'idées préconçues.

Cette nudité de l'homme, qui porte l'entant en courant autour de l'autel — car il est évident que le pluriel, ^aarâCovrêç, indique simplement la généralité de l'usage — est un détail bien attesté qui présente un intérêt essentiel. S'il n'en est fait mention que dans un seul texte, c'est probablement que l'usage s'était de bonne heure modifié à cet égard. Cela est d'autant plus explicable que le coureur nu, portant l'enfant, ne pouvait guère être que le père de famille ou quelque proche parent. A quel étranger aurait-on permis de jouer un tel rôle dans cette cérémonie domestique ? Le silence des textes ne peut être invoqué contre notre hypothèse, bien au contraire : en l'absence de toute autre indication, le lecteur grec devait comprendre que le nouveau-né était porté par son père, et non par un esclave ou un étranger.

Ainsi, différents indices nous autorisent à considérer l'amphidromie comme une très ancienne coutume, dont la relation avec le culte du foyer n'est peut-être que secondaire et qui, en tQus les cas, présente des particularités — la course, la nudité du coureur — dont ne peuvent rendre compte ni le culte de l'autel domestique, ni l'idée de la purification par le feu.

Avant de proposer une explication nouvelle et mieux en rapport avec les données du problème, il faut entrer dans quelques développements sur les croyances qui mettent la santé et le bien-être des nouveaux-nés en rapport avec l'état et les actes de leurs parents.

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Ces croyances existent encore aujourd'hui à l'état de survivances, mais elles ont été l'objet d'une sélection qui leur a fait perdre leur caractère primitif en leur imprimant celui de prescriptions dictées par l'hygiène. Ainsi l'on répète de nos jours, même dans des milieux intelligents et instruits, qu'une femme enceinte doit éviter toute contrariété, toute frayeur, si elle ne veut pas que l'enfant à naître en porte la trace, sous forme d'une tache ronge o\f. d'un naev/ts. Pour se convaincre que cette idée — conforme ou non à la vérité scientifique, peu importe — - n'est que le résidu d'un amas de superstitions absurdes, il faut la replacer dans le milieu des croyances analogues où toute notion plausible de physiologie fait défaut. Chez plusiers populations primitives, on a constaté que le père, tout aussi bien que la mère, doit s'interdire, pendant la grossesse de celle-ci, un certain nombre d'actes très naturels, de crainte de nuire à la santé de l'enfant'. Ainsi, chez les aborigènes de Nias en Malaisie, le futur père ne doit pas converser avec des Malais ou des Chinois, car l'enfant attendu deviendrait incapable de parler sa langue maternelle; il ne doit pas fendre du bois, car l'enfant pourrait naître avec un bec-de-lièvre ; il ne doit pas tuer des poulets ni des cochons, car l'enfant ressentirait les blessures faites à ces animaux. S'il se regarde dans un miroir, l'enfant louchera ; s'il touche un singe, l'enfant sera affligé d'une tête simiesque, etc. Dans une autre île mélanésienne, celle de Saa, tant avant qu'après la naissance de l'enfant, le père ne doit pas s'exposer à des fatigues, s'il veut que l'enfant n'en ressente pas les effets. Dans les îles de Banks, dès qu'un enfant vient au monde, père et mère ne doivent manger que ce que l'enfant est capable de digérer lui-même. Aux Nouvelles-Hébrides, si le père mange des moules, l'enfant risque de prendre des ulcères. Au Brésil, dans la tribu des Bororô, quand un enfant est malade, c'est le père qui avale la potion prescrite par le guérisseur. On pourrait multiplier les faits de ce genre, qui répondent tous à l'idée primitive d'une solidarité étroite, entendue au sens le plus

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