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une industrie développée et des relations suivies avec des peuples chez qui les œuvres d'art abondaient. Tel est le cas de la Gaule, et cela bien avant l'époque relativement récente où les textes historiques nous parlent des Celtes.
Une prohibition religieuse généralement respectée, dans la Gaule avant César, ne pouvait émaner que des Druides.
Il ne faudrait pas objecter que le druidisme n'est pas très ancien chez les Celtes. Il paraît bien plutôt que dans les pays celtiques de l'Occident, le druidisme est antérieur aux Celtes eux-mêmes. En effet, quand les Celtes sont en lutte avec les Romains en Italie ou avec les Grecs en Asie Mineure et en Grèce, le druidisme ne joue chez eux aucun rôle : nous sommes dans la période militaire de l'histoire des Celtes, la période religieuse est finie. Or, la période militaire de l'histoire des Celtes commence avec les grandes expéditions guerrières qui les entraînent, vers 450 av. J.-C, d'Occident en Orient. A l'époque de César, sur le sol de la Gaule propre elle-même, la puissance temporelle des Druides n'est plus qu'un souvenir et on ne les voit pas prendre !a moindre part à la défense de l'indépendance nationale.
Voici les raisons qui nous font considérer le druidisme comme préceltique. D'abord, d'après la tradition que rapporte César, il est étranger à la Gaule : on le disait venu de la Bretagne insulaire. En second lieu, l'archéologie nous montre qu'avant l'arrivée des Celtes en Occident, avant le début de l'ère des armes de métal, la Gaule, la Bretagne, l'Allemagne du Nord, la Scandinavie méridionale ont été peuplées par des hommes qui obéissaient a des idées religieuses très puissantes, idées qui se sont manifestées par la construction des monuments mégalithiques. La con.struction de pareils monuments n'est compréhensible que dans l'hypothèse d'une aristocratie religieuse exerçant un empire presque absolu sur une nombreuse population. Une théorie aujourd'hui assez discréditée voulait que cette aristocratie fût précisément l'ordre des Druides. Je crois que cette théorie doit être reprise, avec les modifications que les progrès de la science y rendent nécessaires. Si l'on continue à l'exclure, on s'en tiendra à la con-
clusion suivante, dont la bizarrerie suffit à montrer l'erreur : Du temps que l'on élevait les grands dolmens de l'Arraorique, il y avait une aristocratie religieuse dont l'histoire ne dit rien, mais dont l'influence est attestée par les monuments ; à une époque postérieure, l'histoire parle d'une puissante aristocratie religieuse, mais il n'est pas resté le moindre vestige de son action.
Là où l'ancienne hypothèse paraît devoir être réformée, c'est lorsqu'elle attribue les monuments mégalithiques aux Celtes par la raison qu'elle y voit la preuve de l'influence des Druides. Il aurait fallu démontrer d'abord que le druidisme est d'origine celtique ; or, il y a de bonnes raisons de croire le contraire, puisque dans le monde celtique a son apogée, nous voyons le druidisme en pleine décadence. Tous les arguments qu'on a fait valoir contre le celtisme des dolmens restent valables, et tous ceux par lesquels on a essayé de les mettre en relation avec les Druides ne sont pas moins bons.
Lorsqu'il s'agit d'un pays comme la Gaule, dont l'histoire la plus ancienne nous est inconnue, il faut se résigner à procéder par analogie, par comparaison avec les contrées sur lesquelles nous possédons plus de lumières. Or, il y a d'abord un fait général : c'est que les envahisseurs qui établissent leur suprématie politique dans un pays reçoivent presque toujours des indigènes sinon tout l'ensemble de leur religion, du moins une partie de leurs idées et de leurs pratiques religieuses. Cela devait être surtout le cas à une époque où l'on ne croyait pas encore, comme lors de la conquête de l'Amérique par les Espagnols, qu'une seule forme religieuse nettement définie est vraie à l'exclusion des autres. Les conquêtes de Rome en sont un frajjpant exemple : c'est pourquoi Juvénaî a pu dire que rOronte syrien était devenu un affluent du Tibre, c'est pourquoi les dieux d'Egypte ont pénétré dans Rome. Mais cette fusion des croyance.s, ou plutôt des pratiques religieuses, est particulièrement curieuse à étudier en Grèce. Nous trouvons là des cultes cabiriques localisés dans les îles du nord de l'Archipel et sur divers points où l'histoire nous montre des Pélasges. Ces Pélasges entrèrent d'abord en relations avec les
navigateurs phéniciens : c'est à eux qu'ils doivent le nom des Cabires, qui est sémitique, hypothèse d'autant plus vraisemblable que, d'après Hérodote, les Pélasges ne distinguaient pas leurs dieux par des noms individuels. Ce texte d'Hérodote et très important : il peut servir aussi à confirmer l'hypothèse de l'origine pélasgique du culte d'Eleusis, où nous trouvons, jusqu'à une époque récente, un couple innommé, ô Hcôî et 1^ Bsà Les Grecs n'ont pas repoussé les cultes indigènes: ils les ont acceptés et les ont même entourés d'une vénération particulière. Mais l'importance des sacerdoces pélasgiques déclina ; c'est ce que montre, par exemple, la tradition relative à Eumolpos, le premier hiérophante d'Eleusis, à la fois prêtre et roi, qui fit la guerre au roi d'Athènes Krechthée.
Quelque chose d'analogue s'est passé dans l'Europe occidentale. Là aussi nous tx-ouvons une civilisation primitive fort développée, dont les monuments dits mégalithiques sont les vestiges. Je ne prétends par affirmer que les premiers peuples civilisés de l'Occident présentassent une parenté ethnographique avec les Pélasges de la Grèce et de l'Italie, bien qu'une pareille opinion n'ait rien d'absurde pour qui tient compte des analogies singulières qu'offrent leur céramique et leurs monuments. La religion de ces peuples d'Occident, dont les prêtres-rois étaient les Druides — assez senflblables à ce qu'il semble, aux ïomouri pélasgiques de Dodone — s'imposa aux envahisseurs celtiques dans une mesure que nous ne pouvons pas préciser. Mais l'élément militaire l'emporta bientôt sur l'élément religieux, et l'histoire du druidisme à l'époque celtique est celle d'une longue décadence. Cette décadence fut moins rapide dans certaines régions isolées, comme l'Irlande et l'Armorique ; dans ces deux pays, en Irlande surtout, on peut avoir continué à élever des monuments mégalithiques longtemps après que la suprématie politique eut passé à l'aristocratie guerrière des Celtes.
L'hypothèse que nous venons d'exposer a Uavantage de, s'accorder avec un fait capital : l'absence de représentations anthropomorphiques des divinités en Gaule depuis répf>que des monuments mégalithiques jusqu'à la conquête de César,
en Irlande jusqu'au triomphe du christianisme. Reste une grave objection : de quel droit attribuer au druidisme, comme au mosaïsme et à l'islamisme, une aversion systématique pour la représentation plastique des dieux ?
S'il y avait, dans toute la littérature antique, un seul texte attestant clairement cette hostilité, il y aurait longtemps qu'on l'aurait mis en lumière et je me dispenserais de traiter la question ici. Ce texte n'existe pas, mais c'est peut-être parce que nous sommes très maigrement informés de tout ce qui touche au druidisme antique ; certains écrivains anciens ont été mieux renseignés que nous et je crois pouvoir (îtablir — par une voie détournée, il est vrai - — qu'ils ont attribué aux Druides l'interdiction des images dont nous sommes amenés à leur faire liouneur à notre tour.
Le roi Numa, au dire des anciens, avait été l'élève de Pythagore '. Les historiens dont les œuvres nous restent se sont aperçus que cette tradition impliquait un anachronisme, mais c'est sur l'anachronisme seulement qu'ils ont insisté pour la réfuter, parce qu'ils admettaient comme certaine l'analogie des institutions. Or, Plutarque s'exprime comme il suit*: < Les lois de Numa au sujet des statues des dieux sont étroitement apparentées à la doctrine de Pythagore (la:i Si y,aX là. :tfifiî Twv à'J'.Spofj.âTojV votAoSsTÛfj.ata iravta^ïaa.v àîsX'^à twv lloi)a76fj'y> 3o7{JLdT(iDVj. Car, d'après Pythagore, le principe des choses n'est pas sensible et sujet aux affections, mais invisible, incréé et purement intelligible ; or, Numa défendit aux Romains l'usage des statues de dieux affectant la forme d'hommes et d'animaux. En effet, ils n'eurent d'abord aucune image peinte ou sculptée de la divinité ; dans les premiers cent soixante-dix ans depuis la fondation de Rome, bien qu'ils construisissent des temples et des sanctuaires, ils ne modelèrent ancune statue, dans la pensée qu'il est impie d'assimiler ce qui est meilleur à ce qui est pire et que Dieu ne saurait Atre atteint que par la pensée ».