‹ Cultes, mythes et religionsChapitre 70 sur 232 · Ammien, XV · texte numérisé non relu

Ammien, XV

5. Clément, Stroiii., p. 359, éd. Potter. Cf. Chaignet, «/. /au,/., t. I, p. 42, 78.

•savoir bien mieux que nous ce qu'étaient et le druidisme et la doctrine de Pythagore.

Cette doctrine de Pythagore, lemnien ou tyrrhénien suivant les uns, samien suivant les autres, Ritter a essayé de montrer il y a longtemps que c'était une sorte Ao, philosophie pélasgique. Ce qui est certain, c'est qu'elle affectait un caractère archaïque et théocratique tout à fait étranger à l'esprit des religions grecques. Grote a rapproché le collège pythagoricien de la Compagnie de Jésus; sans aller chercher un terme de comparaison aussi éloigné, on peut dire que si la confrérie fondée par Pythagore à Crotone avait eu le dessus, la Grande Grèce aurait eu son aristocratie druidique. Ce que nous savons de cette société, de ses prétentions au pouvoir politique en même temps qu'au gouvernement des âmes, concorde en effet d'une manière frappante avec ce que César et d'autres historiens ont exposé touchant le collège des Druides.

En résumé, les anciens ont eu lieu de croire que Pythagore était hostile à l'anthropomorphisme ; or, ils ont rapproché — et avec raison, semble-il — le pythagorisme du druidisme ; donc, il est permis de conclure que le druidisme aussi, à leurs j-eux, répugnait à la représentation figurée des divinités.

Ayant eu l'occasion, à plusieurs reprises, d'exprimer à M. d'Arbois de Jubainville la pensée que le druidisme avait été hostile aux images, j'ai toujours reçu du maître des études celtiques en France cette réponse un peu décourageante : « Avez-vous un texte qui le prouve »? A force de chercher ce texte, je ne dis pas que je l'aie découvert: ce serait un véritabletrésor ; mais je crois du moins en avoir trouvé la monnaie'.

1. A l'appui de mon interprétation du mot simulacra Merciirii dans César, M. Loth a cité [Annales de Bretagne, nov. 1906, p. 162) un passage curieux de la vie de Saint Samson (Mabillon, Ada Nova, I, p 177). Le saint apprend que certaine idole est l'objet de rites bachiques. « Il les vit, sur le sommet d'une colline, entourant un simulacre abominable : j'ai été moi-même sur cette colline, j'ai adoré et touché de ma main le signe de la croix que le saint, avec un outil de fer, a tracé sur la pierre debout. > Il s'agit ici sans aucun doute d'un menhir christianisé, qualifié d'aborJ yVicloluin et de simitlacrum.

La prohibition de l'inceste et le sentiment de la pudeur'.

Demandez à dix personnes lettrées pourquoi les mœurs, les législations et les religions condamnent l'inceste; neuf d'entre elles, sinon toutes, vous répondront : « Parce que c'est malsain et préjudiciable à l'espèce. » Or, cette réponse est irrecevable, et cela par plusieurs raisons que voici.

D'abord, il n'est nullement prouvé que les enfants incestueux soient plus exposés que d'autres à naître crétins, sourds-muets, rachitiques, etc. Ce qui est vrai, c'est que l'union de deux individus affligés de la même tare a généralement pour fruit d'autres individus en qui cette tare est encore plus prononcée. Un phtisique, un arthritique, un épileptique, etc., ne doit pas, ou ne devrait pas, épouser une femme disposée à la phtisie, à l'arthritisme, à l'épilepsie ; mais deux individus sains, fussent-ils frère et sœur, peuvent s'accoupler sans inconvénient pour l'espèce'-. Si le législateur

1. A propos d'un mémoire d'Emile DURKHEIM (Extrait de V Année sofiolo- ,i;i,/ue, Paris, 1898, p. 1-70). — {V Anthropologie, 1899, p. 59-70.] '

2. Voici quelques témoignages autorisés : » Dans les unions, la consanguinité doit être distinguée de l'hérédité morbide. Les unions consanguines peuvent être très préjudiciables aux enfants procréés, si les consanguius sont atteints de maladies héréditaires. Mais, contrairement, la consanguinité peut être avantageuse si les consanguins ne présentent pas de disposition morbide. C'est ce que Périer avait parfaitement montré en rendant compte d'une thèse de M. Bourgeois, qui rappelait l'exemple de sa famille, saine et vigoureuse, quoiqu'elle eût contracté seize unions consanguines successives entre cousins, oncles, nièces, etc., mais n'ayant aucune tare héréditaire » (Lagneau, Bull. Soc. Anthrop., 1891, p. ÔI4). — « Auguste Voisin a signalé les bonnes conditions anthropologiques des habitants du bourg de Batz, qui, depuis des siècles, s'unissent presque toujours entre eux > i^Ibid., p. 615). — « Cette vérité [est] aujourd'hui reconnue de tous, à savoir que les mariages entre consanguins re sont pns préjudiciables par le fait de la consanguinité et que, pnr

158 LA PROHIBITION DK I/INXESÏE

lui-même en vient à alléguer des motifs physiologiques pour condamner l'inceste, c'est qu'il croit, très à tort, que les membres d'une même famille ont régulièrement les mêmes tares, les mêmes dispositions morbides. Les éleveurs savent fort bien que cela n'est pas et favorisent sans scrupule l'inceste entre leurs pensionnaires ; les naturalistes savent aussi qu'entre les animaux vivant à l'état de liberté, la promiscuité absolue est de règle. Déjà les anciens se sont posé cette question: Pourquoi ce qui est permis entre animaux ne l'est-il pas entre hommes? Ovide fait ainsi parler Myrrha, follement éprise de son propre père' : « Quelle fureur m'entraîne ? Où vont s'égarer mes vœux? Dieux, je vous en conjure, et toi aussi, pitié filiale, et vous, droits sacrés d'un père et d'une mère, éteignez ma flamme et prévenez un tel attentat ... si toutefois c'est un attentat ! Les droits du sang ne semblent pas condamner mon penchant. Les animaux s'unissent sans choix : le taureau ne rougit pas de rendre mère la génisse à laquelle il a donné la vie ; le cheval peut féconder la cavale dont il est le père, le bélier, les brebis qui lui doivent le jour, et l'oiseau le sein qui l'a conçu. Heureux les êtres dont rien ne gêne cette douce liberté ! U homme, trop sage, s'est enchaîné par de cruelles entraves ; des lois jalouses répriment les sentiments autorisés par la nature. Il est pourtant des contrées, dit-on, où le fils épouse la mère et le père la fille ; leur tendresse s'accroît de tous les feux de l'amour. Malheureuse! que n'ai-je reçu la vie dans ces contrées ! C'est le hasard de la naissance qui me rend coupable...-.» On croirait entendre un personnage d'Euripide démasquant, dans un monologue tragique, les préjugés de son temps ; tout ce passage, d'ailleurs, paraît imité d'une pièce perdue du théâtre grec.

conséquent, en dehors des circonstances accidentelles qui peuvent les vicier, ils ne sont point fâcheux dans leurs effets, > (Hervé, iiid., Ib98, p. 314.) Voir encore, dans le même recueil, 1890, p. 512 ; 1892, p. 70 ; l' Anthropologie, 1898, p. 423; Zeitschr. fiir Ethttol., t. VIII, p. 158, etc.

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