Mannhardt, Mythol. Forschiin!;en (1884), p. 72 et suiv
'1. Pas môme dans le bon article I.ii/'ercalia du D'ut, i/es criitiipiitcs (par M. Hild).
3. « PuriflT » =e disait fchrtiare, d'oii le nom de février que porte le second! mois de notre année.
l-ors d'une fête de Déméter, que nous ne connaissons pas plus exactement, ceux qui la célébraient se frappaient les uns les autres avec des baguettes. A Rome, le 7 juillet, à la fête des noues caproihies, les femmes s'injuriaient et se frappaient, probablement avec des branches de figuier sauvage. Les Arcadiens frappaient l'image de Pan avec des scilles ou oignons marins. En lonie, à une époque très ancienne, lorsqu'il y avait famine ou pestilence, on commençait par affamer un homme, puis on le conduisait en un lieu consacré, on le bourrait de figues, de fromage, de pain d'orge, enfin on le jetait à terre et, avec une verge composée de scilles, de branches de figuier sauvage et d'autres arbres, on le frappait sept fois sur le membre viril. A Chéronée, dû temps de Plutarque, on fouettait un esclave avec des branches à'agiius castus et on le chassait avec ces mots : « Dehors, famine ! Entrez, Abondance et Santé ! « Ces rites, qui rapjiellent celui du bouc émissaire chez les Hébreux, sont évidemment d'origine agricole ; ce sbnt les mauvais esprits, ceux qui nuisent à la fécondité des terres, qui sont chassés, honnis, battus, parfois lapidés et brûlés. Mais Mannhardt a parfaitement, reconnu que, dans une phase religieuse antérieure, il ne s'agit pas tant de maltraiter et d'expulser le démon nocif que d'exalter et de fortifier le bon génie de la moisson, représenté par un homme, un animal ou une image, en détruisant, au moyen de coups, les influences pernicieuses qui pèsent sur lui. Ainsi, en Wesphalie, le jour de la fête de Saint-Pierre (22 février), les enfants frappent les portes avec des marteaux en criant: « Dehors, l'oiseau de l'été! » L'oiseau de l'été s'est réfugié jDendant l'hiver dans la maison ; il faut l'en faire sortir, comme les Romains faisaient sortir le dieu de la guerre lorsqu'ils ouvraient les portes du temple de Janus. Nous avons déjà vu que l'on flagellait l'image de Pan en Arcadie ; à Délo.s, on traitait de même l'image d'Apollon. Evidemment, Pan et Apollon ne sont pas des mauvais génies ; on les frappe, comme les Luperques frappaient les femmes, afin de les rendre féconds et bienfaisants.
Dans les rites agraires de l'Europe, on connaît de nombreux
exemples où le « roi de Mai » et d'autres personnifications de la moisson donnent et reçoivent des coups. Mannhardt a étudié, dans un autre ouvrage, une série de coutumes qu'il a réunies sous le nom de Schlag mit der Lebensruthe (fustigation avec la verge de vie) '. Au mardi-gras, à Pâques, au l'"" mai, à Xoël, les hommes et les femmes se battent entre eux ou battent leurs serviteurs et ceux qu'ils rencontrent avec des branches feuillues, des faisceaux de branches ou des lanières de diverses couleurs; ce sont surtout les filles nubiles et les femmes qui sont ainsi frappées par les hommes, sur les mains, les doigts, les pieds ou le dos. On frappe aussi de même les animaux domestiques et les arbres fruitiers. Souvent, en frappant, on crie: « La maladie au loin! La santé dans tes membres! Dehors, le mal! etc. ». Ceux qui frappent, comme les Luperques à Rome, courent à travers les champs, sous des déguisements divers qui ont passé aux fous de cour du moyen âge, comme la baguette de ceux-ci est devenue la marotte de ceux-là. Charvet, dans son Histoire de la sainte église de Vienne, a décrit un usage, supprimé au xvil" siècle seulement, dont il a lui-même noté l'analogie avec les Lupercales. Il est vrai qu'il n'y est pas question de coups, sans doute parce que le vieux rite avait été humanisé par l'Eglise. « On célébrait à Vienne tous les ans, le premier jour de mai, une fête appelée la cérémonie des Noircis . . . L'archevêque, le chapitre, l'abbé de Saint-Pierre et celui de Saint-AndnJ nommaient chacun un homme qui se noircissait tout le corps pour courir les rues dans un état de nudité depuis le matin jusqu'après le dîner, etc. » Le passage est trop long pour être cité ici, mais cette seule phrase suffit à prouver qu'il s'agit d'une course compliquée de mascarade, avec, en outre, la nudité rituelle qui témoigne toujours d'un état de choses très ancien.
Mannhardt n'a pas manqué de se demander, comme le feront sans doute quelques-uns de nos lecteurs, si le rapport •'•tabli par ces usages entre la fustigation et la fécondité ne