POUR LES MEILLEURES BAUX-DE-TIB
Folle-blanche.
Dans rest, le centre et Vouest :
POUR LES BOKS TIKS !
Épinette et blaiics-iiimés, Fromentés roses, blancs et
gris, Gentils roses, blancs et gris, Blesliers, Pineaux blancs ou charde-
nays,
Pineaux gris ou beurots.
Pineaux de la Loire ou de
Vouvray, Pineaux noirs ou noiriens.
Plants dorés, Terts et gris, Rieslings, Savagners.
Quelques-uns des noms que je viens de citer sont des noms de pays, profondément inconnus hors du département où on les applique à un cep déterminé, et représentant un cépage désigné dans le département voisin sous un tou( autre nom. C'est là une des conséquences les plus fâcheuses du défaut d'encouragement et d'enseignement pour la viti-
culture. Il n'existe pas^ en France, quarante cépages qui méritent d*étre cultivés en grand pour les bons vins qu'ils produisent, et ces quarante cépages sopt confondus sous quatre cents noms qu'on trouvera dans les diverses ampé* lographies : les qualités diverses et relatives de ces cépages en richesse de moût, de tanin, d'acides, de sels, de matière colorante, d'huile essentielle et de bouquet, n'ont jamais été constatées, et à plus forte raison leurs qualités et leurs défauts respectifs dans la viniQcation.
Nous sommes encore en pleine alchimie relativement aux vignes et à leurs produits; tnais cette alchimie est tellement riche en faits locaux et en observations de crus, qu'elle est toute prête à se formuler une bonne nomenclature et à fonder ses progrès sur une chimie positive.
En attendant, je répète que les vignerons et les propriétaires savent fort bien distinguer les fins cépages des cépages grossiers de leur voisinage; qu'ils prennent donc pour planter ou pour compléter leurs vignes les plus fins cépages, qu'ils les cultivent comme je cultive moi-même et comme je conseille de cultiver, ils obtiendront ainsi bientôt des récoltes aussi abondantes, plus riches en alcool et d'une bien plus grande valeur vénale et hygiénique qu'avec leurs vignes à plants grossiers.
Examen «ommatre de la valeiir relative des fins cépages
et des cépai^es f^rossiers. — Quelques faits suffiront à faire comprendre ce que je viens de dire. Un hectolitre de jus de chasselas contient de 2 à 3 pour 100 d'alcool, un hectohtre de jus de gamai en contient de 5 à 7, un hectolitre de jus de pineaux en contient de 10 à 14 pour 100. Un hectolitre de vin de pineaux vaut donc, pour Palcool seulement, 2 hectolitres de gamai et 4 hectolitres de chasselas.
Mais le vin de chasselas n'est guère bu que dans la maison du vigneron ou chez ses voisins du village; le vin de gainAÎ
pénètre dans les cabarets de la ville la plus voisine; tandis qu'on envoie le vin dB pineau dans toute la France et dans le monde entier.
L'abondance du vin de chasselas, pendant trois années, est ûcnc la ruine :car une futaille d'une contenance de 3 hectolitres coûte souvent autant que 9 hectolitres de ce vin.
L'abondance des gamais, pendant la même période, c'est la gêne du vigneron à cause du prix élevé des tonneaux et de Favilissement du prix du vin, dont la consommation est limitée.
L'abondance des pineaux, pendant une période quelconque, est toujours une bonne fortune, car la consommation de ce vin est universelle, et son prix demeure constamment et relativement très-élevé.
L'absence pendant trois années de récoltes des vins grossiers entraine la misère du vigneron et du propriétaire, parce que les consommateurs de ce genre de vin le remplacent facilement par la bière, le cidre, ou par des boissons artificielles, et refusent de le payer au delà d'un certain taux; d'ailleurs la conservation de ces vins est difficile et coûteuse à cause de leur bas prix relativement au coût élevé des futailles et de leur manutention : tandis que l'absence de récolte des vins fins et généreux. porte à des prix indéfinis la valeur de la quantité de ces vins restés en cave, 1* parce que leur consommation n'est jamais suppléée par les boissons artificielles; 2" parce qu'on peut les conserver pendant plusieurs années; et 3*^ parce que l'élévation croissante de leur prix compense et au delà la valeur de leur fût et de leur manutention. Il est donc incontestable que celui qui planle la vigne aujourd'hui méconnaîtra ses intérêts les plus évidents en la plantant en cépages grossiers.
Tariatioiis du reveno d'un Tignolile selon la nature du
eépasre qu'on j cultive. — A quantité égale de jus, par le seul fait de la valeur intrinsèque en alcool, valeur relative toujours la même, le revenu du planteur est représenté par 3 avec les analogues du chasselas (pour vin); avec les analogues du gamai, le revenu est représenté par 6 avec les analogues des pineaux, son revenu est représenté par 12.
Mais par la valeur du goût et du bouquet, par les effets hygiéniques et stimulants des forces physiques et intellectuelles, la différence des vins fins aux vins grossiers est bien plus sensible; aussi aujourd'hui vend-on les vins fins plus de 200 fr. l'hectolitre, alors qu'on vend les vins de gamai 25 fr. et les vins inférieurs 12 fr. Thectolitre : c'est-à-dire que le prix des vins de gamai est huit fois et le prix des vins inférieurs seize fois moins élevé que le prix des vins fins.
II n'est pas douteux toutefois que, dans l'avenir, les vignes à fins cépages étant de plus en plus cultivées, leur culture étant de plus en plus perfectionnée et donnant autant de fruits que les vignes à gros cépages, le prix de leurs produits devra baisser de façon à ne valoir peut-être que 150, 100, et même 50 fr. l'hectolitre; mais c'est encore là un résultat magnifique pour le vigneron, le propriétaire et le consommateur. Quand, par l'effet des récoltes abondantes de plusieurs années, on vend les bons vins 50 fr. l'hectolitre, on vend les vins de gamai 20 fr., les vins inférieurs, 10 fr., et c'est là la ruine des vignobles grossiers; tandis que le prix de 50 fr. l'hectolitre est et sera toujours une richesse pour le propriétaire et pour le vigneron : c'est aussi une grande richesse pour le consommateur s'il ne paye que 50 c. le litre d'un excellent vin. Les faits ne laissent aucun doute à cet égard.
Tl CULTURE DE LA VIGNE.
Aapport de la valcnr A la quantité des produits des
gros et des fins cépag^es. — La production moyenne des vignes à fins cépages des arrondissements de Reims et d*Épernay est d'environ 15 pièces (30 hectolitres) par hectare; la production moyenne des vignes à gros cépages de ces arrondissements et des arrondissements Umitrophes s'élève à 30 pièces (60 hectolitres) : si Thectolitre de ces vins grossiers vaut 25 fr., T hectolitre de vins fins vaut toujours plus de 50 fr. Les produits bruts de chaque hectare sont donc de 1,500 ir. Comme les dépenses de toute nature ne s'élèvent pas au-dessus de 750 fr., le produit net de chaque hectare est donc de 750 fr. , et représente 10 peur 100 d'un capital de 7,5006*., c'est le coût maximum d'un hectare planté et attendu sept ans, en terrain, en frais el en intérêts; mais si, par suite de Tabondance d'une récolte de 60 hectolitres à l'hectare, les vignes à vins fins ne vendent plus leurs produits que 25 fr. l'hectolitre^ elles gardent le même bénéfice, et les vins grossiers, tombés par suite de leur abondance à 10 ou 12 fr. l'hectolitre, ne couvrent plus les frais. Dans un sens inverse, c'est-à-dire dans les années d'absence complète de récolte, la misère et la ruine des vignes à gros cépages sont parfois terrible^ parce que la consommation de leurs vins est annuelle et locale, et que le retour de bonnes récoltes n'apporte pas un 5»ix compensateur. 11 suffit, d'ailleurs, de jeter un coup 4'œil sur la richesse prodigieuse des grands crus, et sur la :?)édiocrité et la pauvreté relative des vignobles à gros ce* pages, pour que la cause des fins cépages soit radicalenf)«in( gagnée.
Manière de planter on de repeupler une vîgne» — «Tm-
siste vivement pour engager les propriétaires et les vignerons à mettre à part les sarments de tout ce qu'ils savent être fin plant, plant à bon vin, et à en faire des fagots onii-
naires, soit pour les vendre de 20 à 30 centL les le fagot, soit pour les garder pour leur propre usage J'invite les propriétaires qui veulent, soit repeupler leurs gnes éciaircies, soit planter des vignes, à rechercher et à acheter ces ragots dans la huitaine de la taille. Le mieux, comme je Fai déjà dit, pour les grandes entreprises, c'est d'arrêter à l'avance et d'acquérir tous les fagots des vignes renommées pour leur bon vin dans les environs ou dans les grands vignobles où Ton peut avoir des relations sûres.
Aussitôt qu*on est en possession de ces sarmei ts, on fait ouvrir une fosse de 40 à 50 centimètres de profondeur; on étale au fond de cette fosse les bottes déliées en couches de 10 à 15 centimètres d'épaisseur, et l'on remplit la fosse de toute la terre qu'on en a extrait, puis on foule un peu cette terre; si Ton doit recevoir de grandes quantités de fagots, on prolonge la fosse et on la recouvre de même.
Les sarments, ainsi stratifiés, c'est-à-dire disposés par couches et couverts, peuvent rester à la disposition du planteur depuis novembre jusqu'à juin, non -seulement sans perdre leur faculté de végéter lorsqu'on les plantera, mais, au contraire, en se prédisposant favorablement à la végétation. «Tai fait ainsi toutes mes pépinières, d 15 avril au 50 mai, avec des sarments enfouis depuis décembre, février et mars, et, comme expérience, j'ai fait avec les même sarments une pépinière de 3,000 plants le 1*' juillet; celte pépinière a parfaitement réussi. Quant aux autres pépinières, elles comportaient de 2,000,000 à 3,000,000 de boutures; elles ont toujours produit des plants d'une rare beauté.
Le viticulteur en possession de ses sarments stratifiés a donc, jusqu'au 30 mai, tout le loisir nécessaire pour préparer son terrain, soit de vigne, soit de pépinière, et, pour cela, il n'a fait qu'une dépense si minime, qu'il peut ne
s'en point préoccuper s'il a changé d'intention ou s*il n'est pas prêt. Mais, s'il pe prend pas ses précautions à!vant la taille, il ne pourra plus, la même année, ni planter de vigne ni faire de pépinière; il ne pourra planter qu'en achetant du plant s'il en trouve, et ce plant, acheté fort cher, sera d'une qualité douteuse.
Au contraire, en suivant mon conseil, le viticulteur aura des plants sur place, bien choisis, bien arrachés, bien frais, à très-bas prix, et il pourra vendre le surplus, avec grand bénéfice.