DES GRANDES PLUIES, ETC
Les moyens de préservation des gelées et des pluies froides jouent un des premiers rôles dans le succès d'une culture de vigne; mais ces moyens, dont Tefficacité incontestable est sanctionnée par une longue pratique et récompensée par d'énormes profits, ne peuvent être appliqués à la grande viticulture que par ces courageuses intelligences qui pénètrent l'avenir et devancent le temps par le travail, la science et l'inspiration : pour préserver seulement un hectare de vignes, il faut développer dix kilomètres, c'est-à-dire deux lieues et demie d'abris protecteurs. Le seul énoncé de cette vérité la présente sous l'aspect d'une chimère, mais cette chimère est comme celle des chemins de fer et des télégraphes électriques, en moins de trente ans elle sera classée parmi les réalités pratiques.
Des fléaux de la vig^ne. — La vigne, comme chacun le sait, est en butte à de nombreux fléaux, parmi lesquels on a rangé de tout temps, surtout dans la région moyenne et septentrionale de la France : 1^ les gelées de printemps, qui détruisent les bourgeons fructifères ; 2^ les pluies persévérantes et froides de juin, qui empêchent la fécondation des fleurs et font couler les grappes; 5° les gelées d'automne, qui font tomber les feuilles et empêchent les progrès ultérieurs du raisin; 4® enfin, les pluies de cette même époque, qui pourrissent les fruits.
Je ne parle ni de la grêle, ni de la maladie, ni des insectes, qui prélèvent encore de trop fortes parts sur les ven-
danges, mais dont les effets présentent un caractère moin:» permanent, moins général et moins lié à la marche habituelle de nos saisons.
On a beaucoup parlé des quatre fléaux que j'appellerai climatériques, et dans ces derniers temps on a cherché et expérimenté un grand nombre de moyens de préserver la ▼igné des gelées de printemps surtout. Mais les moyens qui ne garantiront pas les vignes des quatre principaux fléaux qui les ruinent ne résoudront jamais le problème de la certitude et de la régularité de la récolte.
Tlgncs auxquelles on peut appliquer mirée airanta^e les mo^rens perfeetlonnéa de préservation. — Pour préserver
les vignes des gelées blanches de printemps et d'automne, pour éviter la coulure des fleurs et la pourriture des fruits en juin et septembre dans les régions moyennes et septentrionales des vignobles, il faut faire une dépense moyenne de 500 fr. par an et par hectare, en outre des frais ordinaires de culture et d'entretien. Le résultat sera une récolte assurée tous les ans, double en quantité et supérieure en qualité à la récolte moyenne du pays.
Si la récolte est, par exemple, en moyenne de 30 hectolitres à l'hectare (et ce taux est celui de la plupart des bons vignobles), le produit moyen des vignes préservées sera double, soit de 60 hectolitres. Il faut donc, pour entreprendre la préseivation en culture méthodique et continue, que ces 30 hectolitres vaillent plus de 500 fr. J'irai même plus loin : je ne conseille pas cette pratique là où la valeur moyenne de l'hectolitre n'atteint pas au moins 30 francs.
La préservation suppose donc d'abord des vignes à fins cépages; mais elle exige encore d'autres conditions, elle implique la culture en lignes à souches basses, palissées.
§ 3. — PAILLASSONMAGE
La y.ticulture, conduite comme je viens de le dire, et complétée par la préservation régulière et permanente, passe au rang des industries à produits certains et à rendement calculable, comme la culture des pêchers à Montreuil, et la culture des chasselas à Thomery.
C'est ce mode de préservation, régulier, permanent, sanctionné par une longue expérience, ce sont les murailles et les chaperons fixes et mobiles de Montreuil et de Thomery qu'il s'agit d'appliquer économiquement et pratiquement à la vigne cultivée en plein champ.
Dimensions des paillassons. — Un tel problème ne peut être avantageusement résolu que par des paillassons longs comme les lignes de vignes, réduits, pour réconomie et pour la facilité de leur manœuvre, à la largeur strictement nécessaire (0".40), qu'on roule ou déroule comme la toile, pour être étendus le 1* avril et rentrés ou mis en meule sur place le 1* novembre et même plus tard, si la perfection de la maturité du raisin l'exige.
Position A donner aux paiUassons. — Du 15 mars aU
15 novembre, les lignes de paillassons subissent quatre manœuvres pour garder quatre positions fixes.
Première position. — Du 1* avril au 25 ou 30 mai, les paillassons sont fixés presque horizontalement au-dessus des ceps préalablement taillés et palissés.
La gravure 7 indique la première position du paillasson appuyé d'une part sur le grand échalas et d'autre part sur le billon au moyen d'une petite fiche piquée dans le billoo par sa pointe et dont la tète est fixée à l'échalas par un petit clou ; sous le paillasson on voit la souche et ses sarments taillée; on y voit aussi le petit échalas. '
Le paillasson dont on voit la coupe est à deux chaînes en Bl de fer galvanisé' ou en ficelle rendue imputrescible. Une seule attache sur chaque fiche, au niveau de sa chaîne supérieure, suffît à le maintenir dans toutes les manœuvres et contre tous les venta.
Ont. 1. — Cep lailU et abriU du 1" >TrII an 30 mai. La gniura te repiÉsenta aTUDt toute *%élati(ia.
La gravure 8 indique les mêmes dispositions que la gravure 7 , seulement les sarments de la taille sont dans un état de végétation déjà avancé.
Dans les deux gravures, le grand échalas est à l'est, au sud ou au sud-est du billon. La souche est contre le billon et même dans la pente du billon. L'inclinaison du paillasson avec l'horizon est de 50 à 40 degrés.
Si la végétation est trop vigoureuse, on peut donner au
cep plus de lumière en rapprochant le grand échalas de la souche et en piquant la fiche du paillasson plus bas sur la pente du billon. Pour être préservés des gelées, il suffit que les bourgeons soient sous Taplomb du paillasson, de façon à ne pas voir le ciel verticalement.
Gra7. 8. * Cep abrité des gelées du printemps an commencement de sa ▼égétaCion.
La gravure 9 représente en perspective une série de ceps, avant toute végétation, recouverts de leurs paillassons; la gravure 7 en donne seulement Télévàtion et la coupe.
En un jour, un atelier de dix hommes déroule et fixe sur les fiches dix mille mètres de paillassons, c'est-à-dire garnit un hectare. J'ai fait placer ainsi par dix hommes, non exercés, soixante-dix mille mètres en six jours.
La gravure 10 représente en perspective des ceps en végétation commençante protégés selon les dispositions de la gravure 9,
Deuxième position. — Du 30 mai au 5 ou lOjuiîiet, le? paillasBons sont relevés sous un angle de 60 degrés avec rborizoQ, angle ouvert à l'est et au sud, fermé à l'ouest et au nord.
CULTURE DE LA VfGNE.
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La gravure 11 représente en élévation et en coupe le paillasson relevé à 60 degrés sur le cep; le biilon est diminué des deux tiers et les pampres gagnent la partie supéneure du grand écbalas par leur extrémité, tandis que leur base, où se trouvent seulement les Qeurs, reste abritée des pluies froides du nord-ouest.
Suivant la saison ou le climat, l'inclinaison du paillasson peut être augmentée ou diminuée. Si la température est sèche et chaude, le paillasson doi* être moins incliné et
plus éloigné : on obtient ce résultat en rapprocliant le grand échatas de la soucbet
Grs«. 11. — Ctf ibriti contre I* «onlnn (dn 30 mai m 1- juillet). Eipoiilion est, >ud, ou iud-eat.
La gravure 12 représente en perspective la même situation relative des paillassons et des ceps que dans la gravure 11. Les pampres de la branche à bois ne sont pas pinces, ceux de la brandie à Truit sont seuls pinces.
Troisième position. — Du 10 juillet au 10 ou 30 septembre, suivant le temps, les paillassons sont fixés ver^calement au nord et à l'ouest des ceps.
La gravure 15 représente en élévation et en coupe le cep en pleine végétation soutenu par le grand échalas, reporté au nord ou à l'ouest de la souche et y maintenant le paillas~ son vertical; le billon a disparu complètement.