CONDITIONS GÉNÉRALES DE LA CRÉATION DES TIGNOBL^S
Assiette des visiies. — La vigne peut être établie lucra'.H vement pour produire le vin partout où Teau n'est pas stagnante dans le sol, partout où les brouillards ne séjoumeiiL pas, soit dans des bassins sans écoulement, à la façon de Teau, soit au sommet des montagnes, à la façon des nuages.
Toute superficie qui est nettoyée facilement d'eau et de vapeurs, soit par les pentes naturelles, soit par les vents, qu'elle soit en plaine ou en montagne, est propre à l'assiette d un vignoble si la température du lieu peut y amener le raisin à parfaite maturité.
■ Depuis les amas de roches nues, comme celles de Fontainebleau, jusqu'aux pauvres sables des dunes, sur les sols les plus arides de la Champagne, de la Sologne, des Landes, etc., partout la vigne à fins cépages peut être établie et produire la richesse par le travail et l'intelligence appuyés sur une avance de 3,000 à 6,000 fr. par hectare en sept ans.
Terrains en friche. — Le sol qui n'a jamais porté de vigne, si maigre et si infécond qu'il paraisse, récèle toujours des principes vivifiants pour la vigne : il en contient beau-
coup plus s'il est couvert de pelouses, de fougères, de bruyères, de genêts, de genévriers, de genêts épineux ou d'arbres résineux de toute nature.
iBcUnateoii do sol. — Dans les pays de collines ou de montagnes, les lieux d^élection de la vigne commencent à quelques mètres au-dessus du fond des vallées et finissent bien avant certains sommets trop élevés. Dans les pays de plaines, les dépressions du sol, le voisinage des marais, des arbres en massifs, doivent être évités, et les mamelons aérés et dégagés par les vents seront choisis de préférence.
Les inclinaisons du sol de 10 à 30 degrés valent mieux pour la vigne que les pentes plus ou moins fortes.
ExposiUon. — Les expositions est^ sud-est^ md^ valent mieux que les expositions nord-est et nord; mais les plus mauvaises sont, sans contredit, nord-ouesty ouest et sudouest. Toutefois, sauf des contre-indications toutes locales, la vigne peut être établie à peu de chose près dans ^outes les expositions, et y donner de bons produits.
Terrains inaeeessibles h la charme. — Relativement au
mode de plantation et de culture, les terrains doivent être divisés en deux classes : les terrains inaccessibles à la charrue, et ceux que la charrue peut cultiver.
Les premiers comportent encore deux divisions : les terrains susceptibles d'une culture régulière à la main, tels sont les terrains en montagnes trop rapides pour qu'il soit possible de les cultiver à la charrue, mais formés d'un sol homogène; et les terrains à roches disséminées, ou en rochers à gradins et à terrasses, ne présentant ou ne pouvant recevoir la terre végétale qu'en certains points naturellement ou artificiellement établis.
Caltare de la vigne sur des i^adlns et an mlllen des
— Les principes relatifs au choix des cépages, à la
MO CULTURE DE LA )fIGNB
nourriture et à l'engrais, sont applicables à la vigne cultivée dans des sols à gradins et à terrasses au milieu des rochers: mais la conduite et la taille de ces vignes sont plutôt celles des treilles que celles de la vigne en plein champ. Le nombre des ceps ne peut être le même, les alignements, les palis< sages, le développement de la tige, dépendent de circonstances spéciales. Un seul cep peut couvrir un rocher de 20 mètres superficiels, comme il peut couvrir un arbre : je dirai seulement ici qu'il faut donner au cep un encaissement de terre végétale proportionné à l'étendue qu'on veut obtenir de sa tige, et une quantité d'engrais également proportionnée à la quantité de raisins qu'on veut en obtenir chaque année : par exemple, un kilogramme de fumier par kilogramme de raisin, et un sol végétal cubant 2 mètres pour 20 mètres de surface de tige au soleil. Dans ces conditions, un seul cep pourra, sans s'épuiser, produire 20kilog. de raisin par an.
ColUire aa flanc régulier des montagnes. — Quant aux
terrains homogènes en montagnes, tous nos préceptes leur sont applicables; seulement les opérations de défonçage, de terrage, de fumure et de grosses cultures, y sont un peu plus onéreuses que les mêmes opérations pratiquées sur des terrains accessibles à la charrue; mais ce surcroit de charge est largement compensé par les avantages hygiéniques et par la qualité supérieure des produits de la vigne cultivée sur des coteaux.
Tiabttité des vignobles A eréer. — Lorsque l'emplacement du vignoble est choisi ou déterminé, la première condition à remplir est d'en rendre l'accès facile aux voitures^ non pas en un point seulement, mais, autant que possible, à des distances qui n excèdent pas 50 mètres (deux petits relais de brouettes ou de civières) entre les routes parallèles auxquelles tous les rangs de ceps doivent aboutir perpeadi^
culairement. Ces routes ne doivent pas avoir moins de 5 mètres de largeur pour faciliter le croisement des voitures, le dépôt des amendements et des engrais, des sarments à la taille, des pampres au rognage, des récoltes aux vendanges, des échalas, des paillassons, etc., etc.
Les routes perpendiculaires aux lignes de vigne doivent être distantes de 50 mètres; elles peuvent être reliées entre elles par d^autres routes parallèles aux lignes de vigne n'ayant que 5 mètres de largeur et distantes de 200 mètres les unes des autres, de façon à donner à chaque rectangle de vigne une contenance régulière d'un hectare.
Ces routes secondaires n'ont besoin d'avoir que la largeur nécessaire à une voie de voiture, parce qu'autant les routes perpendiculaires sont indispensables au service direct de la vigne, autant celles-ci y sont inutiles : les lignes de vigne faisant obstacle à toute communication facile et à tout transport dans l'intérieur des carrés, elles n'ont pour objet que de faciliter le passage des voitures, des instruments et des bêtes d'exploitation d'une grande route à l'autre.
Cette disposition des chemins des vignes n*est ni fantaisiste ni arbitraire : elle assure tout simplement le succès d'un vignoble en rendant très-faciles et très -économiques ses cultures, son entretien, son exploitation et surtout Tapplication des remèdes à tous ses maux. Il me suffira, pour donner une idée de l'importance, de la bonne distribution et de la multiplication des routes de service, de poser quelles chiflres connus de tout le monde.
Talenr des Toles de commimication des Tlgnobles. —
Un mètre cube de terre, d'amendement ou d'engrais, déchargé d'une voiture ou versé d'un tombereau, dans l'allée de service du haut, et un autre mètre cube versé dans Fallée du bas, n'ont nécessité chacun, en moyenne, qu'un demi' -relais de transport à la brouette; ils coûtent donc
tl2 CULTURE DE LÀ \IGNE.
chacun 0'.05 de charge, 0'.05 de transport, O'.OS de décharge, soit 0'.15 le mètre cube pour amender et en- ' graisser 1 hectare situé entre deux routes à 50 mètres Tune de l'autre. Ce même mètre cube coûte 0^20 si les deux routes sont à 100 mètres, et 0^30 s'il n'y a qu'une route à une extrémité : l'économie de la disposition proposée (et expérimentée d'ailleurs par moi en grand) est donc au moins de 0^15 par mètre cube; or les diverses opérations d'importation et d'exportation des amendements, terrages^ engrais, échalas, sarments, pampres, raisins, de l'entrée et de la sortie des hommes, femmes et enfants pour les cul* tures, dépassent de beaucoup les mouvements dépensés pour 400 mètres cubes. Le produit économique de la double route à 50 mètres de distance est donc d'au moins 60 fr. par an et par hectare, sans compter les facilités de dépôts, de manœuvres qu'elle donne et qui seraient impossibles sans elle : il faut avoir éprouvé les embarras que donnent les services et les soins des vignes pour se rendre bi^n compte de l'avantage et même de la nécessité de fréquentes et larges voies de communication. Eh bien, en outre de ces besoins satisfaits, chaque route rend 60 fr. d'économie ou de revenu par an et par hectare de vigne desservi; sa superficie (de 5 mètres de large, couvrant 200 mètres de long) est de 10 ares, desservant ainsi, à sa droite et à sa gauche, un demi-hectare, en tout 1 hectare. A 60 fr. de revenn par 10 ares, 1 hectare de routes, ainsi appliquées au service du vignoble, produirait donc 600 fr., ou 10 pour 100 d'un capital de 6,000 fr. Les routes des vignobles sont donc de l'argent bien placé.
Assainissement des vig^nobies. — Après la viabilité du
vignoble (j'aurais dû dire même avant sa viabilité), le premier soin doit être d'assurer son assainissement; c'est-à-dire d'établir l'écoulement des eaux de la surface et de l'intérieur
du sol à la plus grande profondeur possible, et de prévenir FaccumulatioD et la stagnation des brouillards ou vapeurs d'eau à sa superficie.
Les brouillards se rassemblent, se nivellent et séjournent dans les bas-fonds, dans les dépressions du sol sans issue, exactement comme les eaux des mares ou des étangs : un basfond, une cuvette aux flancs d'une rampe, même rapide, même élevée, un encaissement de haies ou d'arbres serrés sont autant de réservoirs à vapeurs, où la vigne gèle, où la vigne coule. Mais, chose singulière et peu connue, c'est que, si un large chenal est pratiqué à ciel ouvert à ces encaissements dans leur partie la plus déclive, la vapeur s'en écoule à peu près à la façon de l'eau; toutefois, à la dilTérence des eaux, les brouillards séjournent plus longtemps à l'abri des haies, à l'abri des arbres, à l'abri des contre-forts de toute nature qui brisent complètement les vents.
Il faut donc détruire les bois, les arbres, les haies élevées à l'intérieur des vignobles ou qui les dominent de trop près, en même temps que l'on ouvre des canaux évacuateurs des vapeurs à toutes les dépressions du sol sans issue déclive.
liMi rcMites doivent servir h l'assainissement des vig^nes.
— Les routes de service des vignobles doivent toujours être faites en déblais; elles doivent attirer à elles Thumidité et les vapeurs; il faut sacrifier ici une viabilité plus ou moins saine à la salubrité des carrés de vignes qui doivent toujours être en relief sur les routes qui les bordent. Plus les routes seront larges, profondes, rapprochées, plus elles réuniront les conditions de canaux récepteurs et évacuateurs, plus le vignoble sera garanti contre les gelées et la coulure. Ces conditions sont très-faciles à réaliser par l'intersection faite en lieux convenables des routes de service et des routes de jonction.
Ce vaste drainage à ciel ouvert sera, dans la plupart des cas, suffisant pour l'écoulement des vapeurs et pour celui des eaux : mais dans les terres fortes et imperméables, le dramage horizontal viendra joindre ses bons effets à raction des routes, et dans les cas de sous-sol de glaise, d'alios, ou de tout autre obstacle à l'absorption souterraine des eaux, aii^si qu'en l'absence de pente suffisante, le drainage vertical et les puits absorbants devront être employés.
li'assainisaeiiieiit et la 'viabilité d*iui vig^noble doivent être exéeotés et assurés avant d'7 planter la wîgwMe. —
Tout doit être prévu, tout doit être arrêté dans la création d'un vignoble avant de préparer le sol et de planter la vigne. Tout ce qui pourrait la déranger ultérieurement doit être exécuté à ce moment, et Ton ne doit ajourner que les travaux qui pourront être exécutés sans troubler sa végétation. Car, je Tai déjà dit et je ne me lasserai pas de le répéter, la vigne est un riche arbrisseau, coûteux à planter et à cultiver, et dont il faut attendre longtemps les produits; il apporte triomphalement la fortune en sept ans s'il ne trébuche pas en route; mais, s'il est obligé de recommencer son voyage (et il est obligé de le recommencer à chaque déplace» ment), il appauvrit ou ruine toujours le planteur.