‹ Culture de la vigne et vinificationChapitre 20 sur 60 · PLANT · texte numérisé non relu

PLANT

Des trois espèces de plants. — Dans les soixante -quinze départements de la France où Ton cultive la vigne et où Ton peut étendre sa culture avec avantage, la diversité des sols et des sous-sols, des pentes et des sites, de la température et des intempéries, est telle, qu'il est impossible d'indiquer jusque dans les derniers détails la meilleure pratique possible dans chaque localité pour la plantation des pépinières et des vignes ou pour leur conduite ultérieure absolue; mais il est des faits, des préceptes et des lois qu'il est indispensable de connaître et dont il faut tenir compte en tout pays; je commencerai par les résumer succinctement.

On multiplie la, vigne à Taide de boutures, de chevelées ou de plant enraciné provenant de bouture.

La bouture est un sarment de l'année coupé sur un œp ei mis en terre sans racine.

La chevelée est un sarment couché sous terre et ayant pris acine sans être séparé du cep.

Le plant enraciné est une bouture ayant pris radne en pépinière.

Ces trois sortes de plant reproduisent exactement les caractères, qualités et défauts du cep dont ils sont tirés. Les semis de vigne peuvent seuls donner des variétés, mais on ne peut apprécier ces variétés qu'après de longues années; ce dernier mode de création et d'extension des vignobles n'est donc ni pratiqué ni à pratiquer.

Bouuires. — La plantation directe de la vigne en boutures, lorsqu'elle est pratiquable, est préférable à la plantation en plant enraciné et surtout à la plantation en chevelée : 1^ parce que la bonne reprise de la bouture sur place avance au moins d'un an l'époque des produits* 2*" parce qu'elle constitue immédiatement un arbrisseau parfait, ayant son mésophyte, ses racines et sa tige sans que la transplantation ait à lui faire subir une mutilation: l'expérience prouve que le cep ainsi obtenu sur place a plus de vigueur et de durée; 3® parce que la bouture économise le temps et les façons, par conséquent la dépense de la production de la chevelée et du plant enraciné. Malheureusement, dans les terrains trop légers et trop maigres, la bouture ne réussit point ou réussit mal, et, dans ces deux cas, elle entraine des retards, elle nécessite des replantations et il en résulte des irrégularités de lignes et des inégalités d'âges qui sont extrêmement préjudiciables par les dépenses et les difQcultés qu'elles entraînent ultérieurement.

La vigne la mieux plantée fait attendre cinq à six ans ses premiers produits^ une ou deux années de retard sont une lourde charge ajoutée à cette avance de temps et de façons; il faut donc à tout prix réussir une plantation du premier coup.

CheTeiées. — La plantation en chevelée est beaucoup plus sûre que la plantation en boutures; pour peu que les che-

Telées aient été levées avec soin et qu'on les replace promptement dans un bon lit bien gras et bien ameubli, elles réussissent toujours et poussent vigoureusement. Mais la chevelée suppose le voisinage d'un grand vignoble fourni d'un grand nombre de ceps qu'on veut propager; on ne tire pas les chevelées du cep sans inconvénients pour la vigne mère; elles deviennent fort coûteuses; enfin, elles présentent des colliers de racines le long d'une tige souterraine, disposition peu physiologique et peu durable dans la vigne en plein champ. Une vigne bien tenue ne comporte pas la production de chevelées, et les chevelées ne produisent pas une vigne robuste.

Plante enracinés. — Le plant enraciné, provenant de boutures mises en pépinière, ùe présente aucun des inconvénients de la chevelée : on le produit très-économiquement, il oITre la constitution normale de l'arbrisseau isolé, on le lève avec facilité au moment de la transplantation, et sa reprise est aussi assurée que celle de la chevelée.

La bouture et le plant enraciné sont, en effet, les seuls bons éléments de l'extension et de la création des vignobles; mais, pour faire le plant enraciné, il faut employer d'abord la bouture.

Qu'est-ce que la bontnret — Tout Sarment de l'année, coupé fraîchement d'un cep ou d'une treille de novembre en avril, portant deux yeux, l'un en terre et l'autre hors de terre, constitue à la rigueur une bouture; deux yeux en terre valent mieux qu'un œil, trois yeux sont meilleurs que deux yeux; un plus grand nombre d'yeux est inutile et même nuisible, parce que les racines prises au quatrième, cinquième et sixième œil, sont trop séparées de la tige et ont besoin d'un enfouissement à une trop grande profondeur ou d'un trop fort couchage si le sol végétal n'est pal assez profond. Quant à la crossette^ qui n'est autre chose

qu'un sarment au pied duquel on a conservé un tronçon de ▼ieuz bois, elle est inférieure en tout point au simple sarment; elle constitue une mauvaise origine radiculaire, une circulation difficile et embarrassée dans le vieux bois, et, en outre, il faut beaucoup plus de temps pour la trouver et la disposer, et, par conséquent, son prix d'achat est beaucoup plus élevé.

Manière d'obtenir, d'expédier et de eonserver on grmMÈÛ

nombre de bontores. — Pour faire les pépinières ou planter directement les vignes, il suffit donc d'avoir des fagots de sarment provenant de la taille ordinaire de bons vignobles, ou plutôt des bons cépages qu*on désire propager ou cultiver. Ces fagots doivent être fraîchement recueillis après la taille, c'est-à-dire dans la huitaine qui suit cette opération.; si le temps est pluvieux ou couvert, le sarment est encore bon après quinze jours ; il est bon pendant plusieurs mois s'il est conservé en lieu humide et frais comme dans les caves, ou dans un sol humide; ou bien lorsqu'on veut l'expédier au loin, si on l'a mis dans des tonneaux ou des caisses imperméables avec de la mousse ou des éponges imprégnées d'eau ; la paille n'est pas bonne, parce qu'elle s'échauffe et fermente sous l'influence de Thumidité au point d'altérer les sarments.

Tériflcation de l'état de eonservation des bontnres* —

Soit sur place, soit à leur réception après un court ou un long voyage, les bottes de sarments doivent être examinées : si leurs sarments, coupés net et en biseau, ne présentent plus ni humidité ni verdure à la tranche, ils ne valent plus rien ou sont bien près de ne plus rien valoir. Pour s'en assurer, on les baigne douze heures dans une eau douce et on recommence l'épreuve de la coupe; si l'on s'aperçoit que la surface coupée elst verte ou présente un ton de verdure, tout espoir n'est pas perdu; mais en ne devra risquer ces sar-

ments qu'en pépinière, leur réussite est trop douteuse poùi qu'on les utilise pour la plantation directe d'une \igne.

StratiÛisation des sarments. — La vérification de l'état

des sarments une fois faite, si le résultat est satisEaisant, il faut immédiatement, comme je l'ai dit, stratifier ces sarments, c'est-à-dire les enfouir à 0".50 de profondeur, sous/ une bonne terre meuble ni trop sèche ni trop humide, par lits réguliers de 0".08 à O"'.!^ d'épaisseur, puis fouler la terre lorsqu'ils en sont recouverts. Les «arments ainsi stratifiés peuvent rester jusqu'à dix-^huit mois sans perdre leui faculté de végéter; il semble même que quelques semaines ou les premiers six mois de stratification les prédisposent à une végétation vigoureuse.

La stratification est ainsi doublement précieuse en préparant le sarment, et en donnant au pépiniériste ou au vigneron le temps de s'approvisionner et la faculté de choisir l'époque la plus favorable au succès de la plantation.

Époqoe de la reprise des boutures. — Le moment de

Tannée le plus favorable à la reprise des boutures est le printemps, avril et mai. C'est le moment de faire les pépinières «t de planter directement les vignes en boutures. Les plants enracinés réussissent mieux, au contraire, s'ils sont mis en ferre à la fin 4e l'automne.

La bouture -confiée à la terre bien avant le temps de cha^ leur et de sève continus peut y dessécher ou y pourrir, souffrir également des alternatives de chaud et de froid, de sécheresse et d'humidité, sans aucun effet utile pour une végétation impossible ou accidentellement interrompue; un végétal complet, ayant racines et tige, peut mettre à profit toutes ces circonstances ; un rameau qui crée ses organes n'a qu'une existence toute fœtale, qui disparait au moindre écart des conditions de son incubation; pour bien réussir, la bouture a besoin d'un temps chaud continu. Le mois de

iSO CULTURE DE LA VIGNE

mai, dans les régiops du Nord surtout, vaut donc mieux encore que le mois d'avril pour la plantation des sarments. C'est pour moi un fait acquis par de nombreuses expénences.

§ 2. — PiPIHlÊRES.

Sol propre aux p^inièrM. — Le terrain le plus propre aux pépinières est celui qui convient aux légumes et aux prairies naturelles; c'est-à-dire, un terrain frais et généreux. Toutefois on peut constituer d'excellentes pépinières dans les plus mauvais terrains, dans les sols les plus arides, en y apportant 2 kilog. de fumier de ferme et 4 kilog. de bonne terre végétale par mètre courant de lignes à planter. Néanmoins les bas-fonds non inondés, le bord des' ruisseaux, les lieux humides où Ton évite avec soin de placer la vigne à fruits, doivent toujours être préférés pour les pépinières.

Préparation dn sol de la pépinléare. — Autant que possible, remplacement destiné à recevoir la pépinière doit être labouré, bêché ou pioché profondément (0".30 à 0°*.40) en novembre ou au plus tard en février, et être biné au printemps, afin que toutes les herbes soient détruites. On peut, à la rigueur, se dispenser de toute opération préalable et attaquer le terrain au moment de faire la pépinière : elle sera plus difficile à bien établir, mais le succès sera le même, à peu de chose près : toutefois le terrain devra toujours être préalablement bien retourné, bien nettoyé et bien nivelé.

Plantation de la p^inlére en action. — Le fiimier

étant apporté en tas à une extrémité du champ, ainsi que la terre végétale, les sarments stratifiés sont extraits du sol, reliés en bottes et apportés à un atelier de femmes, mûmes

GULTUHE DE LA YIGNE 12)

diacune d'un sécateur et d'une baguette modèle de 0"*.36 de longueur. Chaque femme délie sa botte et rogne chaque sarment à (r.56, en abattant contre le bois les restants de vrilles ou les queues de raisin : les sarments trop tordus, écrasés ou cassés, ceux qui ne sont pas verts à la coupe, doivent être rejetés.

Devant chaque femme, ou entre deux femmes, est place un petit banc à quatre pieds, les pieds en Tair; les boutures, à mesure qu'elles sont taillées, sont déposées entre les quatre pieds, comme on mètre le bois de chauffage, et les pieds ont une hauteur et un écartement qui contiennent 1,000 boutures.

Les boutures doivent y être placées parallèlement et toutes dans le même sens, c'est-à-dire les pieds avec les pieds et les têtes avec les têtes.

Aussitôt qu'une mesure est remplie, le surveillant de l'atelier en fournit une autre, vérifie le conditionnement des mille boutures en jetant un coup d'oeil sur les extrémités, qui doivent être vertes, et en examinant s'il n'y a pas de vides faits à dessein dans le faisceau et s'en assurant par plusieurs secousses imprimées au banc. La bonne livraison reconnue, il passe un Uen autour dix faisceau, le serre, l'arrête et le hvre à un enfant qui le porte aux planteurs ou bien va le poser les pieds dans une eau douce de 0".O5 de profondeur. Le piqueur rend le banc vide à la coupeuse et lui marque sa livraison sur son carnet, au prix de 0'.75.

Pendant ce temps, un homme ouvre à la bêche et au cordeau une jauge indéfinie de 0"*.25 de profondeur sur un fer de bêche seulement de largeur, présentant, à partir du cordeau, un talus d'environ 40 degrés d'inclinaison; un enfant, muni des boutures, les couche sur ce talus de façon qu'elles dépassent le cordeau de 0"*.06 à 0".10 hors de

erre et à la distance de 0''.025 les unes des autres; un autre enfant, muni d une truelle, recouvre les sarments de O".02 à 0"*.03 de terre végétale depuis le cordeau jusqu'au fond de la jauge, et derrière Tenfant un homme, portant ui panier qu'il est allé remplir de fumier, distribue le fumier dans le fond de la jauge dans la proportion d'environ quatre litres (2 kilos) par mètre courant ; la jauge est ensuite remplie de la terre qui en a été extraite, et cette terre est alors piétinée et foulée avec force, de façon à sceller fortement les sarments dans le sol. Le tassement du sol est la condition principale du succès, parce que les boutures ont besoin d'un contact immédiat et très-serré ayec le sol pour en tirer par capillarité l'humidité nécessaire à leur végétation. On achève de remplir la jauge en ouvrant une jauge semblable et parallèle à 0"'.25 de la ligne de plants qu'on vient de former, et toujours au cordeau, pour y recommencer exactement l'opération que je viens de dé- -crire.

Planches et senOers de la pépinière. — On forme ainsi

cinq rangs de plants à 0"^.25 de distance l'un de l'autre; puis on laisse un intervalle de O'^.SO comme sentier, pour les sarclage, taillage, épamprage, rognage et nettoyage; de ce sentier la main peut atteindre facilement au milieu de la planche de cinq rangs^ sans qu'on soit obligé d'y pénétrer. Si l'on dispose d'un terrain suffisant, on peut donner aux sentiers un mètre de large pour faciliter les transports à •civière ou le roulage à la brouette. Il est très-utile aussi de laisser de 20 en 20 mètres des allées transversales perpendiculaires aux sentiers pour y déposer les fumiers ou amendements, ou bien les résidus des cultures.

Taille et convertore des plants. — La pépinière ache

vée, on en rogne toutes les boutures sur l'œil le plus près de terre; et, si l'on dispose d'un sable léger ou d'une terre

légère, on en recouvre tous les bourgeons à Or.02 d'épaisseur; cette pratique assure la réussite de toutes les boutures en préservant le bourgeon et Textrémité du sarment, soit des effets de la sécheresse, soit de Teffet des nuits froides, soit enfin des coups de soleil.

prodoite de la pépinière. — Dans le cas OÙ cette préservation ne pourrait avoir lieu, parce qu'on n'aurait à sa disposition que des terres fortes ou qui se durciraient facilement sous rinfluence de la pluie ou de l'aération, la moitié des boutures ainsi plantées produira toujours des plants de premier choix, un quart de ces boutures produira des plants de deuxième choix, et le reste sera perdu ; ce résultat est d'ailleurs très-suffisant.

VJéetmaiié de rapprodier ies boatores. — - U importe

de rapprocher les plants à 0°^.025 au heu de les placer à 0^.10, comme cela se pratique habituellement, parce qu'il faut quatre fois moins d'engrais, quatre fois moins de terrain et quatre fois moins de frais de culture pour obtenir une même qualité et une même quantité de plant. J'ai expérimenté les deux méthodes, dans les mêmes lieux et avec les mêmes conditions, et j*affirme que la supériorité du système de pépinières à plants serrés n'est pas douteuse.

lie meilleiir plant est eelul de deux ans de pépinières.

-» Le plant doit être levé et replanté après sa deuxième feuille; quelque vigueur qu'ait prise la bouture la première année, ses racines sont trop tendres et trop spongieuses (lour supporter sans de cruelles blessures l'arrachage et la replantation ; à la deuxième année, au contraire, les racines sont ligneuses et robustes. Toutefois il importe beaucoup au propriétaire planteur d'en surveiller encore avec soin l'arrachage, car l'ignorance et la brutalité des arracheurs peuvent compromettre l'existence et la reprise du meilleur plant.

IhréemmÊiomm A prendre pour bien lever le plant de»

pépUières* — Il faut enjoindre fonnellement aux arracheurs de ne jamais tirer le plant. Le plant doit être soulevé par un coup de bêche profond, qui, par ses mouvements d'oscillation et de bascule, en amène la terre et le chevelu à la surface du sol; la terre s'efTrite alors et tombe pour ainsi dire d'elle-même, sans distendre les racines et sans en arracher les spongioles ; c'est à ce moment seulement qu'il est permis de saisir le sarment et d'achever de dégager doucement ses racines.

A la troisième année, les racines sont trop fortes et sont allées trop loin pour qu'elles ne subissent pas une fâcheuse mutilation par Tarrachage; le plant d*éUte est donc celui de deux ans, ou plutôt de deux feuilles, car, à sa plantation possible en novembre, il ne compte que quinze mois d'existence en pépinière.

Soins A donner A la pépinière. — Les soius à donner

à la pépinière pendant ces deux années sont très-simjdes. Ils se bornent, la première année, à des sarclages assez fréquents pour que la terre ne présente aucune herbe qui arrête ou absorbe les rayons du soleil. Si les pampres sont trop longs et trop serrés au mois d'août, on les rogne à 0^.30 et on abat sur chaque pied les pampres les plus faibles pour n'en laisser qu'un ou deux des plus forts.

Au mois d'avril suivant, à la taille sèche, on ne laisse qu'un seul sarment rogné à un seul œil; on donne ensuite un binage léger et tout à fait superficiel ; du 15 au 30 juin on ébourgeonne avec soin tous les pampres sortis de terre, du collet ou du sous-œil, pour ne laisser que le sarment principal, qui doit lui-même être pincé à O'^.SO de terre. On arrache toujours avec soin toutes les herbes de la pépinière, et l'on procède à un second ébourgeonnage en août^ de façon que les ravons du soleil puissent bien mûrir le bois.

fl

On obtient ainsi, pour le mois de novembre, un excellent plant.

CJomposition et dépense d'un atelier dp plantation d»

pépinière. — Un atelier doit être composé :

1* De six hommes :

Deux pour Festraction et le bottelage des sarments stratifiés;

Deux pour ouvrir et remplir les jauges, un poui porter et mettre en place le fumier;

Un surveillant actif.

2* De six enfants :

Deux pour aider à Textraction des sarments et au tail^

lage; Deux pour poser les sarments en jauge ; Deux pour couvrir les sarments de terre à l'aide d'une

truelle.

5* De vingt femmes employées à la taille des boutures.

Cet atelier peut planter par jour, selon toutes les règles et dans la perfection, 40,000 boutures, occupant 333 mètres superficiels (3 ares 33 centiares), y compris les sentiers et les allées.

FRAIS DE PLANTATION d'uNE PÉPINIÈRE DE 5 ARES 33 CENTIARES.

L'atelier coûte par jour, au maximum 48 fr.

4 mètres cubes ou 2,000 kilog. de fumier, à 7 fr.

le mètre, ont coûté 28

L'achat du plunt : 50 bottes à 20 centimes. ... 10

Transport et mise en jauge 10

Vremière culture de 3 ares 33 centiares 12

Sarclage et soins, la 1'* année 12

Taillage, épamprage et sarclage, la 2* année.. . . 15

Arrachage du plant et transport à la vigne. ... 15

Total du prix de rêvent de la pépinière. ... 148 fr.

Cette pépinière produira 50,000 bons plants qui, transportés à la vigne, vaudront 5 francs le mille et garniron Z hectares.

Un hectare de pépinière serait ainsi planté en trente trois jours, coûterait à peu près 5,000 fr. et fournirait de ^oi planter 100 hectares en plants de deux ans. J'ai établi ainsi des pépinières de deux à trois millions de boutures «qui ont dépassé quatre fois mes besoins pour 34 hectares. Les conditions dans lesquelles j'établissais ces pépinières étaient tellement défavorables, que je devais compter sur la non réussite des trois quarts des boutures ; c'est le contraire qui s'est produit; les trois quarts des boutures ont réussi.

§ 3. — PLiMTATION DE LA VIGNE

Défonça^e do sol. — Le sol destiné à recevoir la vigne •doit toujours être préalablement défoncé et remué jusqu'à 0°*.50 au moins de profondeur.

Si la couche de terre végétale qui le recouvre est peu épaisse (0". 15 à O^.SO), on ne doit point la retourner au point de lui faire occuper le fond tandis que le sous-sol Tiendrait former la surface. Elle peut néanmoins être mélangée avec un tiers ou la moitié du sol sous-jacent On obtient ce résultat à Taide d'une forte charrue Dombasie qui retourne la terre à 0™.25 ou 0"*.30 de profondeur; ei| la faisant suivre par une bonne charrue fouilleuse, chargée d'un poids proportionné à la dureté du sous-sol, on remue le sous-sol et on Tameublit suffisamment à O'^.SO et O^.SS au-dessous de la première culture. Un second défonçage opéré de même dans un sens perpendiculaire au premier défonçage donne à l'opération une perfection complète.

Défonçaire d'un sol un. — Si le sol à retourner et à

fouiller est nu ou bien s'il n'est couvert que de quelques herbes rares et minces comme dans les savards de la Champagne, Topération du défonçage peut être exécutée immé- ^atement et sans préparation.

Les deux attelages comportent l'emploi de six chevaux ^goureux ou de six bœufs et le travail de quatre hommes solides, prenant les mancherons et guidant les chevaux alternativement pour se reposer les bras d'une tension et d'un ébranlement frès-fatigants, surtout dans la manœuvre de la charrue fouilleuse quand elle attaque un sous-sol pierreux. Le double équipage coûte de 30 à 33 fr. par jour et donne pour travail un demi-hectare en premier défonçage et un hectare en défonçage en travers. La dépense totale est donc de 90 à 100 fr. par hectare. Le défonçage à la main n'est pas meilleur et coûte au moins 200 fr.

Béfonça^e d'an sol coavert de Té^étation. — Si le sol

à défoncer est couvert de bruyères, de fougères, de genêts on d'arbrisseaux quelconques, il faut raser ces végétaux et tes hacher à la serpe, de façon à pouvoir les répartir au fond des raies. S'il est couvert d'un gazon ou peloux trèsépais, il faut, préalablement au défonçage, décortiquer le sol au moyen de la charrue à dégazonner les friches et les marais; un soc plat, en fer de lance, de 0"'.40 à la base sur 0".50 de longueur, précédé de trois contres, un coutre placé dans l'axe du soc et les deux autres à 0".20 du premier coutre, un à droite, l'autre à gauche, soulève avec une facilité merveilleuse et en coupant toutes les racines, deux lanières de gazon de 0".20 de largeur sur 0".08 à 0*.10 d'épaisseur. Ce soc forme le patin d'une forte araire à mancherons, ayant une roue directrice en avant.

Les lanières sont laissées sur place pour être détournées seulement au passage des charrues de défonçage et jetées au fond des raies à mesure que ces iraies sont creusées.

La dépense de cette double opération de décorticage et d*enfouissement des arbrisseaux et des gazons peut vaner de 80 à 150 fr. par hectare. Le défonçage et l'enfouissement simultané, opérés à la main, ne coûteraient que 250 fr. Il y a donc égalité de frais dans les deux modes d'opération; les charrues, dans ce cas, en effet, n'ont que l*aYantage de faire gagner du temps et de suppléer à la main-d'œuvre humaine.

Pour l'opération de l'enfouissement, la charrue fouilleuse ne doit pas être employée ; c'est Taraire Dombasle qui doit * revenir dans le même sillon, son versoir opposé à sa première marche, et former ainsi un véritable fossé dans lequd on enfouit les gazons et arbrisseaux, et que l'on comble avec la terre qu'on soulève en creusant le sillon voism; deux charrues à versoir opposé peuvent compléter l'opération en se suivant ; seulement, au sillon de retour, l'araire qui marchait derrière doit marcher devant, changeant ainsi d'ordre à chaque nouveau sillon.

Le surcroît de dépense causé par le décorticage et l'enfouissement ne doit point être regretté, car il est largement compensé par 500 à 600 mètres cubes d'un amendement précieux enterré de façon à assurer une longue prospérité à la vigne. Cet avantage est tel, que, si l'on opère dans un terrain nu et qu'on puisse y apporter sans trop de frais des fougères, des bruyères, des branches de sapin, des broussailles quelconques à enfouir au défonçage, on ne devra pas négliger ce soin. Dans les terres fortes ou trop imperméables, une ligne de pierres ou de cailloux, des fagots reliés en boudins, déposés ay fond d'une raie à chaque mètre courant, sont, à défaut de drainage, une excellente pratique.

Le défonçage du sol doit avoir lieu pour tes plantations à boutures de même que pour les plantations en ceps enra-

cinés. Il doit être pratiqué le plus longtemps possible avant la plantation prévue; dans tous les cas il doit être suivi de binages pour détruire toutes les herbes qui auraient pu surgir, et de hersages, et de roulages, soit au rouleau Croskill, soit au rouleau ordinaire au moment même de la plantation.

§ 4. — TRACÉ DBS GABBis ET i»B8 UGNBS.

Au moment de planter, le sol doit être uni et ferme pour qu'on puisse y tracer exactement les carrés et y dresser les lignes de plantation dans un parallélisme parfait. Un mètre de plus ou de moins dans un des côtés du rectangle, un des angles trop fermé ou trop ouvert, suffisent pour jeter la perturbation dans Tinstallation de tout le vignoble et susciter de très-grands embarras; je le. sais et je le dis, parce que j'ai été mis dans ces embarras par la négligence et l'inaptitude d'un conducteur vigneron.

Ontoiafi^e des trac^. — Un certain nombre de T formés par l'assemblage solide de deux règles en sapin de 3 mètres de longueur chacune sont d'une utilité extrême pour tracer les carrés et les lignes de vigne. La tête du T est alignée parallèlement à la route, la tige perpendiculaire indique la direction des lignes, et réciproquement la direction des lignes assure la perpendicularité des chaînes de tète. Deux chaînes d'arpenteur, formées de gros fils de fer articulés de mètre en mètre marquent la distance exacte des lignes de ceps, tandis que plusieurs chaînes pareilles, tixées vis-à-vis chaque articulation des chaînes de têtes, tendues perpendiculairement à ces chaînes, marquent également par leur articulation de mètre en mètre la place de chaque cep.

C'est à Faide de cet outillage des T et des chaînes que le

conducteur du travail peut installer rapidement et sûrement les ouvriers à leur besogne et éviter toute fausse manœuvre.

Orientation des lignes de ceps. — Avant d'établir les

routes de service, les routes de jonction, les côtés des rectangles et le parallélisme des lignes de ceps, une question très-grave aura dû être irrévocablement résolue. Quelle sera Forientation des lignes de ceps ?

Théoriquement, la meilleure orientation est la direction nord-sudj parce que les lignes de ceps reçoivent Tinsolation est et ouest^ et qu'aux heures voisines de midi le soleil frappe la terre nue qui les sépare de façon à réchauffer le plus possible. Dans la direction est et 'ouest des lignes, une partie de la terre est toujours dans Tombre projetée des ceps, et les fruits placés au nord du palissage sont eux-mêmes privés de soleil.

Mais les conditions de routes préexistantes, de pentes de montagnes ou de rampes, peuvent contraindre à varier les directions. Ces directions peuvent donc passer du nord à Yest^ au sud et à You^est. Mais elles ne doivent jamais affecter les directions passant de Y est au sud pour, incliner de Youest au nord, du moins en France, où Texpérience a prouvé de temps immémorial que les expositions à Youest et au nord^ la première plus encore que la seconde, étaient les plus mauvaises expositions de la vigne.

L'orientation des lignes de vignes bien déterminée, lei routes tracées et délimitant les rectangles, une chaîne de tête est fixée à chaque côté correspondant aux deux route": de service au moyen de fiches en gros fil de fer, à poignées supérieures. Ces deux chaînes doivent être parallèles et partir d'une distance égale de Taxe d'une route de jonction. Autant de chaînes de lignes qu'il en faut pour l'importance de l'atelier de travailleurs qu'on emploie sont tendues d'unf

CULTURE DE LA VIGNE 13f

chaîne dW îéte à l'autre chaîne de tète, vis-à-yis chacune de leurs articulations, c'est-à-dire de mètre en mètre. Le parallélisme des chaînes de lignes et leur perpendicularité sur les lignes de tête doivent être déterminés et vérifiés au moyen des T.

§ 5. — PUNTATION PBOPREMENT DITE.

Personnel de la plantation. — Ces dispositions prise»

par un conducteur chef d'atelier, aidé d'un porte-chaîne, la plantation à boutures ou en plant enraciné peut être faite soit à la tâche, soit à la journée, parce que la plantation va être réduite à une opération toute mécanique, où l'intelligence du vigneron n'est pas nécessaire. J'ai même constaté que cette intelligence est parfois nuisible à tel point, qu& j'ai été obligé de renoncer à l'emploi des vignerons pour la création des pépinières, la création des vignes et leur conduite jusqu'à 4 ou 5 ans.

Des terrassiers français, belges et allemands m'ont planté et mené à bien 34 hectares de vignes que j'ai dû retirer à 60 vignerons des plus habiles de France, après avoir constaté qu'ils refusaient de me comprendre et s'obstinaient à travailler selon leur coutume. Ils avaient raison de faire leur métier tel qu'ils le connaissaient, et ils le connaissaient très-bien, et moi j'avais tort de prendre des hommes mtel* Ugents et expérimentés, alors que je me réservais tout le raisonnement et qu'il me fallait seulement des bras.

Tous les ouvriers travaillant à la terre, hommes, femmes^ enfants, sont propres à planter la vigne et à la conduire mécaniquement sous une bonne direction (leur travail se réduisant toujours à une action précise et uniforme) ; une Camille de vignerons ne doit entrer à l'atelier qu'après avoir {NTomis une exécution absolument passive, un silence conif

plet sur la nature du travail et une réserve absolue de critique et de pronostics.

IVéceMité de planter la Tlg^e au mlTeau du sol. —

Avant de décrire le mode de plantation, je dois agiter cette question : la vigne doit-elle être plantée en relief ou en contre-bas du sol? sur des mottes ou biilons ou dans des trous ou fossés?

Dans les terres saines, c'est-à-dire qui laissent descendre les eaux jusqu'à 1 mètre sous le soLet n'en retiennent par capillarité que l'humidité nécessaire à la végétation, la vigne doit être plantée, comme la plupart des végétaux, au niveau du sol.

lia Tifpne doit être parfois cnltlTée en biilons. — Dans

les terres très-humides par elles-mêmes ou par la proximité d'un sous-sol imperméable, la vigne réussit mieux sur biilons ou ados qu'au niveau du sol. En aucune circonstance die ne doit être plantée en fosse ou en fossé pour y être maintenue longtemps. Les provins sembleraient établir un précepte contraire fondé sur une longue pratique, mais le provin n'est, à proprement parler, qu'un recouchage, un mode de repeuplement, de terrage et d'engraissage de la vieille vigne. Les vignerons, dans un grand nombre de vignobles, plantent aussi la vigne au fond de trous en quinconces ou de fossés en lignes, et cela avec la sanction de Tcxpérience et une apparence de grand succès ; mais c'est encore là une condition propre à la pépinière et aux premiers âges du cep; c'est aussi un mode de défonçage. Mais, quand le cep est adulte et la vigne en plein rapport, le sol ^ repris partout son niveau.

Études sur les raisinés de la Yigne. — Cette plantation

première au fond du sol le plus végétal est-elle nécessaire, est-elle utile? Elle n'est ni nécessaire ni utile, elle est nuisible et contraire à la constitution du cep, de même qu'elle

«erait contraire à tout autre végétal dont on enterrerait la tige à mesure qu'elle monterait, et cela au point de séparer son mésophyte, et par conséquent l'origine naturelle de ses plus fortes racines, des effets de Faérage et de Tinsolatian : heureusement que, pour ceux qui plantent ainsi profondément, la vigne a des ressources de vitalité infinies et qu'elle pousse de nouveaux colliers de racines à chaque nœud que Von enterre : car les racines inférieures ne pourraient remonter dans le bon sol^ elles manqueraient de cha« leur et pourriraient sans sève dans l'humidité.

Les meilleures racines de la vigne, celles qui fonctionnent énergiquement, sont celles qui partent de la tige à 0°*.15 ou 0".2O sous terre, et qui là sont stimulées par la tempe rature extérieure à leur sommet, tandis que leurs extrémité divergentes et plongeantes vont chercher partout la nourriture et l'humidité, dont elles s'emparent par une véritable force thermo-électrique résultant du contraste de température aux deux extrémités de la racine.

La plantation profonde n'est qu'une erreur perpétués par la routine : si le vigneron, à mesure qu'il remplit sa fosse, détruisait chaque année les colliers qui se forment au-dessus des racines primitives et profondes, il verr^ût bientôt périr sa vigne, et constaterait ainsi la faibksse et Timpuissance des racines venues sur le sous-scl- mais il n'en fait rien et il a raison; sa vigne prostré, cela lui suffit; seulement il croit qu'elle prospère par les racines inférieures, tandis que c'est par les racines nouvelles et supérieures. Mais son travail dispendieux a toujours retardé et souvent compromis le succès; combien de fois, dans les pays où les provins sont trop profonds, le propriétaire n'at-il pas déploré la lenteur ou la mort de ses ceps recouchés en provins, alors qu'il en attendait une abondante et prompte récolte !

Plantetion de la vig^iie comparée A la plantation des

asperges, — On voyait encore, il y a vingt ans, un semblable effet d'une pratique erronée dans la culture des asperges : une fosse d'asperges à établir dans un potager était une grave question d'art, de travail et de dépense; on la creusait à un mètre de profondeur; on préparait tout autour des tas de sable choisi, de fin terreau et de terre franche, ou même de terre de bruyère; on asseyait les griffes profondément après avoir recherché celles qui provenaient des fosses à ancienne réputation; on distribuait savamment les couches de terre franche, de terreau, de sable, jusqu'à ce que la fosse fût presque comblée; et, quand les asperges finissaient par surgir de ces catacombes, c'était un grand succès ; mais pour un succès de maigres et fantastiques asperges, on comptait de nombreuses et complètes défaites. Aujourd'hui l'asperge se développe avec la plus grande vigueur et bien mieux à la surface du sol qu'à une grande profondeur. Si on plante encore une griffe de deux ans de semis dans des fossés peu profonds, c'est exclusivement pour que l'asperge présente la longueur de blanc qu'on lui désire, car on ne comble les fossés qu'après trois ans, et cela seulement au moment de la pousse du turion, et dès la fin de la saison on s'empresse de vider le fossé jusque sur le collet de la griffe, pour lui rendre le plus tôt possible les influences atmosphériques.

Si l'on cultivait l'asperge près de la surface du sol en la couvrant au printemps de la terre fine et légère nécessaire pour que sa tige blanchisse, l'asperge croîtrait encore mieux que dans les fossés : demandez à M. Lérault, le célèbre producteur d'asperges, ce qu'il en pense ; je crois pouvoir affirmer qu'il est de mon avis ; et M. Gauthier^ habile horticulteur de Paris, vient de faire connaître à la Société impériale et centrale d'horticulture les plus belles

méthodes ae culture d'asperges semées et repiquées comme tous les autres légumes sur le sol plat. J*ai visité ses produits, qui sont surprenants de précocité et de beauté.

£h bien, ce que je dis des asperges, je le dis de la vigne * die doit être plantée de telle façon que son collet soit au niveau du sol, d'où ses racines fibreuses s'élanceront à toutes les profondeurs voulues ou possibles, selon la nature spéciale du sol ou du sous-sol. La vigne forme ainsi Farbrisseau parfait dont les racines et la tige s'équilibrent dans une exacte proportion, qui peut être contenue dans un espace restreint et toujours le même.

La treille de jardin a d'autres besoins et d'autres exigences : tantôt il s'agit d'obtenir un jet vigoureux qui monte d'une seule pousse à la hauteur qu'on désire, tantôt il s'agit d'obtenir des grappes volumineuses et des grains gonflés d'un liquide riche en eau et léger en sucre : on conçoit que l'addition par le recouchage de six, huit, dix colliers de racines nouvelles concourt merveilleusement à ces résultats ; mais la vigne n'est pas la treille, le raisin de table n'est pas le raisin à vin, et d'ailleurs, si le recouchage ou l'ensouchement a de graves inconvénients pour la vigne, il n'a pas les inconvénients de la plantation profonde ; car le recouchage rampe à la portée des influences végétatives de l'atmosphère.

Ces réflexions faites, je reviens à la grande plantation des vignobles.

Proportioa des eoi^raii ci amendfsmente selon la na*

tare des sois. — Le sol ayant été défoncé, nivelé et roulé, les routes étant tracées, tous les moyens d'assainissement étant préalablement assurés, les amendements et engrais sont déposés le long des routes, dans la proportion suivante relative à la maigreur ou à la bonté du terrain :

Pour les sols les plus maigres et les moins fertiles, 50 mètres cubes de fumier de ferme ,

Pour les terrains calcaires, 100 mètres de sables fertiles ,

Pour les terrains siliceux, 100 mètres de terres cal caircs.

A défaut de ces deux derniers amendements, on emploie 100 mètres cubes de compost formés de 75 mètres des meilleures terres végétales du pays et de 25 mètres de fumier d'^étable, superposés en couches de 0°^.15 de terre et de 0^.05 de fumier, pendant six mois ou un an; soil 5 litres de fumier et 10 litres d'amendement par cep planté.

Dans les sols gras et fertiles^ 10 mètres cubes de fumier par hectare, soit 1 litre par cep, et 20 mètres cubes d'amendements, soit 2 litres par cep, sont parfaitement suffisants»

Entre ces deux extrêmes de 5 litres de fumier et 10 litres d'amendements, en tout 15 litres par cep dans, les sols maigres et 1 litre de fumier et 2 litres d'amendements, en tout 3 litres par cep dans les sols gras, il sera facile de déterminer approximativement quelle proportion d'amendements et d'engrais convient à toute espèce de sols intermédiaires.

Plantation de la vls^e en bontores a^ee amendemcnte

et entrais. — Si le sol est excellent et éminemment propre à la vigne, on peut le planter directement en bouture au plantoir j broche^ harre^ pic ou pal, c'est-à-dire au moyen d'un pieu de fer ou de bois dur enfoncé verticalement de O'^.SO à 0".40 en terre par un ou plusieurs coups de mailloche (gros maillet ou marteau) vis-à-vis chaque articula tîon des chaînes. Plus le terrain est sec et plus sa vigueur végétative est douteuse, plus le trou doit être élargi pour

CULTURE D;Ë la VIGNE 157

recevoir autour de la bouture ou des boutures une quantité d'amendement proportionnée (de 1 litre ^u moins h 4 litres au plus); le fumier ordinaire ne convient pas à ce mode de plantation; moitié d'un bon terreau, moitié de bonne terre végétale du pays bien mélangés et aiguisés de 10 pour 10(^ de cendres de bois, de tourbe, de houille, ou de 5 pouf 100 de poudrette ou de 1 pour 100 de poudre de guano : tel est le compost qui stimulera le plus énergiquement la reprise et la première végétation des boutures. On peut encore, à défaut de ces stimulants, verser un litre de purin sur chaque trou rempli et non encore tassé.

Si le terrain n'a besoin que d'un litre de compost par trou de bouture, chaque hectare comportant 10,000 trous, 10 mètres cubes de compost doivent être préalablement déposés, 5 mètres à une route de tête et 5 mètres à l'autre route. 20 mètres cubes, 50 mètres, etc.» seront de même distribués de chaque côté par hectare, si le terrain exige deux ou trois litres de compost par trou. Dans tous les cas, il en faudra toujours un litre, car on ne doit jamais risquer le succès d'une plantation de vigne : un insuccès même partiel coûte plus cher que les dépenses qui assureni le succès.

Atelier de plantation en action. — Un atelier de plantation de vigne est composé de :

Oa porte-maillocbe qui enfonce le d'une écope-mesure, la quantité

pal ; de compost dont il a besoin ; ce

\}n porte-pal chargjé d^assurer les planteur est chargé de maintenir

proportions du trou ; les boutures aux deux extrcmi-

Un en£iot porte-bouture qui place tés du diamètre du trou, de les

et maintient deux boutures dans garnir de terre et de compost,

cnaque trou; de les assurer en foulant forte-

On planteur qui porte le. compost ment la terre dont on a rempli

clans im panier qu'il dépose k le trou et son pourtour, terre et où il prend, au moyen

Un atelier ainsi composé plante 1,000 ceps par jour, s'il est aidé par :

Un approvisionneur de compost, Un arracheur de sarments stratifiés,

qui suffit à deux planteurs et qui peut approvisionner dix ate*

leur apporte les paniers pleins et liers ;

remporte les paniers vides; Un conducteur et un porte-chaine,

Une femme qui taille les boutures qui suffisent aussi pour dix ate«

et approvisionne deux ateliers ; Hers.

Cet atelier coûte par jour 10 fr., et, pour planter un hectare par jour, il faut dix ateliers pareils coûtant ensemble, tout compris, 100 fr. Il faut joindre à cette dépense 20 fr. de sarments stratifiés et 40 fr. au moins de compost à 4 fr. le mètre cube.

TaUle et couverture des boutures. — Lorsque la plantation est faite, toutes les boutures doivent être ravalées au sécateur sur Fœil le plus près de terre, et, si Ton dispose de sable ou de terre légère, on doit recouvrir cet œil et le sarment qui les surmonte d'une épaisseur d'environ 0".02 de sable, comme je l'ai recommandé pour les pépinières. Cette double opération n'entraîne pas une dépense de 10 fr. par hectare, et elle a une grande efficacité pour la reprise des boutures.

Plantation en boutures dans les terrains très-maigres et très-froids. — Si le terrain à planter est très-maigre, très-poreux et très-froid (ce qu on appelle vulgairement an terrain sans sève et sans amour)j s'il paraît surtout absolument stérile à sa surface, on ne doit y risquer la plan- '^tion en boutures qu'en préparant, pour chaque cep futur, un encaissement qui puisse faire vivre ce cep au moins deux Bns; cet encaissement ne peut être moindre de 30 centimètres cubes, ce qui exige 320 mètres cubes de bonne terre végétale à 1 fr. le mètre rendu au pieu Je la vigne.

et 50 mètres cubes de fumier à 7 fr. le mètre également rendu au pied de la vigne.

Les trous doivent être faits à la pioche ou à la bêche, vis-à-vis chaque articulation des chaînes et du même côté des lignes; un homme ne peut faire que 200 trous par jour. Cest encore une dépense de 100 fr. par hectare^, qui, jointe à celle du transport et du placement de 370 mètres coûtant 74 fr., porte à 900 fr. par hectare le prix de la plantation à bouture faite dans ces conditions, et ce prix s'élève à près de 1,000 fr. si la plantation est faite en plant enraciné.

S'il s'agit de fins cépages, cette dépense ne doit pas faire reculer; la vigne la payera largement ainsi que les dépenses ultérieures, comme on le verra plus loin. Toutefois je ne parle ici que de terres supposées absolument stériles et où un sol factice doit pourvoir à la plus grande partie de la végétation pendant plusieurs années.

PlaatatioB de la vigne en plant enraciné avec amen*

démente et engrais. — Dans les terrains maigres de la Champagne, de la Sologne et des Landes, la vigne peut être plantée en plants enracinés avec des engrais et des amen* déments. Il faut 5 litres d'engrais et 10 litres d'amendements, au maximum, parce que le sol, même le plus maigre, y est propre à la vigne; la bouture peut même y être risquée en beaucoup de lieux, mais la méthode la plus «ûre est la plantation au plant enraciné.

Atelier de plantation en action. — Toutes choses étant •en état, le conducteur des travaux dresse les carrés et pique les chaînes de tête et les chaînes de lignes avec un aide ou deux aides, pris parmi les ouvriers les plus actifis et les plus intelligents; il peut ainsi assurer la plantation d'un hectare de vigne par jour et en même temps diriger et

110 GULTUR2 CE L.i VIGNB

surveiller le travail des cinq ateliers qui sont nécessaires pour effectuer cette plantation : .

Chacun de ces cinq ateliers est ainsi composé :

1* Un premier ouvrier faisant les trous en moyenne de 0"*.40 de longueur sur 0".20 de largeur et sur une profondeur de 0".30 à une extrémité, et dont le fond s'élève graduellement jusqu'à ce qu'il se confonde à l'autre extrémité avec le niveau du sol extérieur, c'est au delà de ce dernier point que la terre extraite du trou est rejetée en talus. Ces trous doivent être faits à la pioche, à la houe, ou bien à la bêche parallèlement à la chaîne; la profondeur de 0°*.30, qui doit recevoir le plant, doit correspondre à chaque articulation de la chaîne;

2^ Un enfant qui apporte le plant et place un plant dans chaque trou ;

5** Un enfant muni d'une écope-mesure qui présente le fumier au planteur;

4^ Une femme munie aussi d'une écope-mesure double de celle de l'enfant, qui présente l'amendement au planteur ;

5*" Un planteur qui saisit le plant de la main gauche, fait jeter Tamendement au bord du trou, en amène de la main droite un tiers au fond du trou, place dessus verticalement le plant, ramène la terre voisine la plus meuble sur les racines avec le reste de l'amendement, fait répandre le fumier et passe ensuite à un autre trou ;

6** Un ouvrier qiii recouvre le fumier de terre, place la tige à 0™.10 de la chaîne, presse avec force et avec roin le tout, et arrange proprement le pourtour ;

7° Enfin un service de civières pour apporter le fumier et les amendements; ce service est composé de 6 hommes si le besoin de chaque atelier est le maximum d'engrais et d'amendement, et de 2 hommes seulement si Ton n'a be*

8oin que du minimum : un atelier ainsi composé plante dans la perfection 2,000 plants par jour.

RAYalemmt, nettoyafpe et soins A donner A la plantation. — Aussitôt que le carré de vigne est terminé, on ravale chaque plant sur un œil, on nettoie et on ratisse Tensemble de façon à présenter un aspect de propreté complète.

La vigne doit être élevée et tenue coquettement dès son origine et toujours : éa toilette, à toutes les époques, doit être Tobjet de tou9 les soins, elle doit faire Forgueil du propriétair^e et des vignerons : son produit brut annuel sera de 200,000 fr. par 100 hectares ; les frais d'entretien de ces 100 hectares seront de 100,000 fr.; le produit net sera donc de 100,000 fr. par an. La vigne ainsi cultivée en grand est une propriété de grand seigneur; elle crée des châteaux, elle paye de nombreux domestiques, elle élève à son service des mères réjouies, des filles vermeilles, des garçons vigoureux, des hommes énergiques; c'est une grande et riche dame qui ne peut vivre ni dans le désordre, ni dans Tôrdure, ni dans l'abandon. Il lui faut une cour et une maison montée, sous peine de dégradation et de mort; elle a droit d'ailleurs à tous ces avantages, puisqu'elle ep. peut payer tous les frais.

§ 6. — TRAVAIL DB LA YIGNB A LA TACHE ET A LA JOUIUféE.

Moyen de faire exécnter A la tAelie les façons des tri*

guem. — n faut faire exécuter toutes les façons à la tâche. Pour les adjuger en connaissance de cause, le conducteur des travaux fait lui-même des trous, y place les plants, aiguise et plante des piquets avec un bon ouvrier; plante des pointes, et tend des fils de fer, etc., pendant une heure Après chaque opération commencée, montre en main, et

142 CULTURE DE Là V1G^K

finie de même, il compte la quantité de chaque travail fa en une heure, et, comme une journée de travail se compose de dix heures, il multiplie par dix le chiffre qu'il a obtenu, et le résultat de la multiplication indique la quantité de travail qu*un bon ouvner peut faire en dix heures et sert de base pour fixer le prix équitable d'une journée de travail. Souvent le maître doit se rendre compte en travaillant lui-même en secret pour n'être pas injuste envers Touvrier et pour ne pas être trompé. J'ai bien des fois forcé mes contre-maîtres à donner aux ouvriers des prix équitables, en leur prouvant qu'en une heure on pouvait faire tant de travail ou qu'on ne pouvait en faire que tant. Ce procédé du maître, d'exécuter lui-même ou de faire exécuter par un ouvrier actif et consciencieux tout travail nouveau pendant un temps déterminé, pose une excellente base à tous les travaux et permet de les concéder presque tous à la tâche. Je recommande ce procédé à tout le monde et pour la plupart des industries agricoles.

Combioaison de la tAcfae et de la Joomée. — Il est SOU*

vent très-difficile pour un propriétaire de se décider entre le salaire fixe par jour (où l'on obtient en général la bonne façon, mais peu de travail) et le salaire à la tâche (qui produit beaucoup de travail, mais en général une mauvaise façon); la solution du problème consiste dans la connaissance pratique de ce qu'un ouvrier ordinaire peut faire en dix heures de chaque travail spécial bien exécuté. On conclut ensuite des marchés à la journée, dont chaque heure sera payée en prenant pour base un dixième du travail bien fait et conforme à un échantillon désigné. Mais ce serait là simplement le travail à la tâche, avec réception ou rejet pour bonne ou mauvaise façon, s'il n'était stipulé une prime et une retenue sur le salaire de la journée pour chaque heure de présence ou d'absence de l'atelier. Par exemple, si dans

une journée de dix heures un ouvrier ordinaire peut répandre 10 mètres cubes d'amendements el que le prix de la journée ait été fixé à 2 fr., soit 20 centimes par mètre cube répandu, on donnera à l'ouvrier présent autant de fois 20 centimes qu'il aura répandu de mètres cubes, et en outre une prime de 5 centimes par heure de présence, ce qui élève à 2 fr. 50 le prix d'une journée de dix heures bien employées. Si un ouvrier plus habile a répandu 10 mètres cubes d'amendements en six heures, il touchera 2 fr. pour les 10 mètres à 20 centimes le mètre, plus 30 centimes pour les six heures de présence, total 2 fr. 30, moins une retenue de 5 centimes pour chacune des quatre heures d'absence, soit 20 centimes, il touchera donc 2 fr. 10.

On dit que le temps est de t argent : en culture, c'est plus que de l'argent, c'est la vie. L'ouvrier à la tâche qui se croit le droit de différer son travail cause un préjudice parfois irréparable : la question de durée d'un travail doit donc toujours être calculée, convenue et écrite.

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