PARTICULIER
Expreasion de la richease d*ini lien et d*ini «olé — La
véritable expression de la richesse d'un lieu est le chiffre de la population qui Thabite et qui s'y maintient à l'état de prospérité.
La véritable expression de la richesse d'un sol est dans le chiffre de la population qu'il entretient, c'est-à-dire dont il paye la main-d'œuvre et les fournitures par ses produits bruts ou travaillés sur place.
Quand des populations nombreuses sont accumulées sur un point et entretenues par le commerce, l'industrie,
2 CULTURE DEIA iriGUB.
les arts, on par les fonds de l'Ëtat, c«s popnlations commanditent les cultures voisines et peuvent tirer les produits qui leur sont utiles des csdl^ les plus p'jU'res, en y répandant les ressources et la richesse qui leur viennent d'ailleurs.
Dans ce cas, c'est la population qui enrichit le sol pour s'entretenir, et non le sol qui entretient la population par sa richesse.
Cette fertilité artîBcielle n'a d'ailleurs qu'un périmètre dont la limite absolue est déterminée par les besoins du groupe central et par l'équilibre entre les prix de ces produits et les prix des produits provenant des points plus éloignés. Au delà de cette limite, toute extension ou tentative d'extension de grandes cultures dans un sol pauvre n'engendrera que la gène, la misère, et, en fin de compte, te délaissement du fol.
Quand un sol est naturellement fertile ou producteur de récoltes estimées et payées un haut prix, il attire, fixe et entretient par lui-même des populations nombreuses ; il est réellement un principe de richesse ; il est essentiellement colonisateur.
Il importe beaucoup, en philosophie agricole, de ne pas confondre la fertilité d'un sol obtenue par la richesse d'une population préexistante et indépendante, avec la fertilité d'un sol qui a créé une population et .sa richesse. Le premier sol n'a qu'une valeur relative, le second sol possède une valeur absolue; ce dernier est producteur de la richesse ■ ' " utre sol en est l'absorbant.
qui coDStatent le degré de TMlear colonisatrfe« — A quels signes reconualtre et par quels chiffres le degré de valeur colonisatrice négative ou posisol quelconque ? Par la nature de ses produits et X brut offert à ces produites immédiats ou Ira- ' place. Le chiffre brut de la vente sur place, tclk
CULTURE DE LA VtôNE.
est la seule expression vraie de la richesse de la culture, c'est la richesse de la colonie; le chiffre du profit net n'exprime que le taux du revenu privé. Que la terre produise des métaux précieux, qu'elle produise le thé, le café, l'indigo, le coton, le mûrier, la canne, la betterave, la vigne, l'olivier, les céréales, ks pâturages ou les forêts, cette base d'appréciation de la richesse coloniale reste la même et parfaitement exacte.
En effet, le produit d'un hectare peut être vendu 2,000 fr. et ne rendre que 100 fr. de bénéfice net; un autre produit vendu 500 fr. peut rendre également 100 fr. net. Dans ces deux cas, l'intérêt privé est le même, tandis que la puissance colonisatrice du premier est quatre fois plus grande que celle du second, puisqu'il a été payé quatre fois plus de main-d'œuvre, de fournitures et de concours divers, et que, par suite, la population a reçu une somme quatre fois plus grande que le produit de la récolte d'une superficie égale*.
Cnltures h basse, h moyenne et h hante main-d'œnTre*
— En prenant pour point de départ les sols qui ne produisent rien, la valeur brute des produits se superpose à
* Entre Sept-Saulx et Reims, la mière de Vesle avec ses affluents traverse •nviron 600 hectares de marais. Leurs produits sont généralement compotes de roseaux, de carex, de joncs et de prêles, qui fournissent des litières le qualité inférieure. Ces marais valent en moyenne 1 ,200 fr. l'hectare, et ■apportent de 50 à 60 fr. de revenu net, qui, avec une dépense de mainrœuTre de 15 fr. pour la récolte, donnent de 65 à 75 fr. de valeur brute. Le )ropriétaire d'un hectare de ces marais reçoit donc 4 ou 5 pour 100 de la ralôir de son sol, ce qui est un beau revonu foncier pour l'intérêt privé. — fais 65 et 15 fr. par hectare sont un triste produit pour la société et pour 'État, puisque 10 hectares de ces marais ne pourvoiraient pas au budget anmel d'une pauvre famille qui se contenterait de recueillir leurs produits naurels.
Tout près de Reims, 20 à 30 hectares de ces mêmes marais ont été mis en ultures potagères à l'aide de sacrifices de tômps et d'argent; chaque hectare 'aut de 12 â 15,000 fr., donne des produits nets de 500 à 600 fr. et des pro-
4 CULTURE DE LA YtGNB.
peu près dans Tordre suivant : les maigres pâturages des pelouses, friches et savarts, les marais à litière, les forêts, les bons pâturages et prairies naturelles. Ces quatre premières classes peuvent être désignées sous le nom de produits à basse main-d'œuvre.
La moyenne main-d'œuvre est représentée par la grande classe des céréales et prairies artificielles. Viennent ensuite les plantes féculentes et oléagineuses, les plantes textiles, les cultures potagères et fruitières, celles des plantes saccharifères, celles des vinifères, celles des plantes stimulantes, etc., etc. Ces dernières classes, qu'on désigne sous le nom de cultures à haute main-d*œuvre^ comprennent le tabac et Tindigo, le thé, le café, la vigne, la betterave et la canne a sucre; le mûrier, le cotonnier, le lin, le chanvre, etc.
Toute culture à haute main-d'œuvre est essentiellement colonisatrice, et ses produits ont toujours une valeur vénale brute élevée, relativement aux produits de la basse et de la moyenne main-d'œuvre. Si la culture à haute main-d'œuvre peut s'établir et prospérer, même à grands frais, sur un sol délaissé, elle y attirera la population, Ty fixera et fera prospérer ainsi forcément les cultures inférieures, indispensables à Talimentation humaine, en les commanditant en forces et en valeurs permanentes.
AwwoàUkgea de la cultore de la wtg^oe dans les temUns
pauTrea. — En présence d'un sol désert qu'il veut peupler et fertiliser, le chef des colonisateurs devra donc chercher, avant toute entreprise sérieuse, quel est le produit de haut^
duîts bruts de i,200 à 1,500 fr. — Le revenu net est encore de 4 ou 5 pour 100 pour le propriétaire, mais chaque hectare donne un revenu brut qui représente le budget local de deux pauvres familles.
Voilà la richesse colonisatrice, voilà une grande valeur pour FÉtat.
Si les 600 heclares de marais étaient amenés à cette production» ils 8afti«* raient à entretenir 1,200 familles au lieu de 60 familles.
main-d'œuvre et du prix brut le plus élevé que ce sol puisse produire. S'il le découvre, il dirigera vers lui tous les efforts et toutes les ressources dont il peut disposer, convaincu que, par sa conquête, il assurera naturellement celle de tous les produits agricoles inférieurs. A un point de vue moins collectif, le capitaliste, ce puissant agent du progrès, ne dissipera point ses forces en cultivant sur des espaces sans fin de misérables produits à basse ou même à moyenne main-d*œuvre. II saura bientôt qu'un hectare de Château- LafBtte ou de Clos-Yougeot produit plus de richesses pour tous que cent hectares de landes, de friches ou de savarts laissés en pâturages, plantés en bois ou mis en culture de ferme.
En termes plus précis, dans les terrains pauvres et délaissés, la production du pain et de la viande n'engendrera jamais la richesse, tandis que la richesse y produira toujours le pain et la viande. Jamais la culture des céréales et des prairies artificielles, seules ou appuyées de la production et de l'entretien du bétail correspondant, n'arriveront, sans une commandite permanente, à peupler les déserts de la Champagne, de la Sologne et des Landes; et cette commandite ne sera permanente que dans la culture à haute main-d'œuvre et à prix brut élevé, dans la culture de la vigne, par exemple, qui convient parfaitement à ces trois sols délaissés, et dont le produit moyen peut toujours atteindre un prix brut de trois à huit fois plus élevé que le produit moyen de la ferme, à surface égale.
En effets si, dans les sols pauvres les mieux cultivés, on calcule la moyenne des jachères» des prairies artificielles, de l'avoine, de Torge, du seigle et du froment dans la proportion de leur assolement, on trouve que le rendement annuel brut, vendu sur pied, fourrages et grains, est loin d'atteindre toujours 200 fr., et s'élève très-rarement à
i CULTURE DE LA IGNE.
500 fr. par hectare, et que le rendement brut moyen de chaque hectare de vigne dépasse toujours 600 fr., et s'élève souvent bien au-dessus de 2,400 fr.
Pour donner de ce rapport un exemple précis et frappant, je dirai qu'en 1857 le prix brut moyen de chaque récolte d'un hectare de vigne a dépassé 4,000 fr., tandis que le prix de chaque hectare de froment, la céréale la plus chère formant un huitième seulement de l'assolement, n'a pas atteint 600 fr., même dans les fermes qui sont en vue du camp de Gfaâlons.
En prenant pour base la moyenne des vingt dernières années, on reconnaît que la vigne a une puissance colonisatrice de trois à huit fois plus grande que ceUe de la ferme; en effet, dans les conditions actuelles, la vigne nourrît de trois à huit fois plus d'ouvriers, et donne en outre de trois â huit fois pins de produits nets que la ferme.
Si la culture de la vigne était perfectionnée comme elle peut l'être désormais; si elle était préservée de la gelée et de la coulure par des moyens pratiques et permanents, sa richesse et ses e^ets colonisateurs seraient doublés.
En affirmant que la vigne convient parfaitement aux terrains délaissés des Landes, de la Sologne et de la Champagne, je n'entends pas dire qu'ils peuvent et doivent être entièrement plantés de vignes. Je dis qu'une faible partie de ces terrains (de '/m à Vu)) cultivée en vignes, suffirait po'jr y commanditer perpétuellement l'agriculture proprement Jute que le capital sera gaspillé en efforts stériles dngt-cinq ans s'il est appliqué d'abord à la culture les et des prairies artificielles, et qu'il doublera en si l'on commence par la culture des vignes.
■eut ammel compBPatlf d'im hectare de vigne et lare de feme en Champagne. — Les assertions
!ns d'énoncer, fondées sur l'observation et l:i prs'
tique directes, sont positives; voici, à cet égard, quelques bases extraites de mes notes et chiffres sur le rendement annuel moyen de la vigne et de la ferme en Champagne, arrondissement de Reims :
24 hectares de terres défrichées et mises en culture de ferme donnent, après douze années d'avances de temps et d'argent, un produit brut ainsi composé :
3 hectares de froment Tendu sur pied (paille et grain). . 1,200 te
3 hectares d'avoine 600
3 hectares de seigle 1,000
3 hectares de jachère »
3 hectares d'orge 700
3 hectares de prairie artificielle d^une année 600
3 hectares de prairie artificielle de deuxième année. . • 800
3 hectares de prairie artificielle de troisième année. . . 700
Total du produit brut moyen des 24 hectares. . • 5,600 fr.
Ce total, divisé par 24, donne 233 fr. pour produit brut moyen de chaque hectare.
24 hectares de vignes plantées en bons cépages (dits fins noirs de Champagne) donnent, après huit ans d* avances de temps et d'argent, un produit brut ainsi composé :
En tenant compte des intempéries, maladies et ravages d'insectes, la récolte moyenne, calculée sur douze années, est reconnue de 15 pièces de vin de 2 hectolitres par chaque hectare; et la moyenne du prix de chaque pièce de vin, déduite du même nombre d'années, est supérieure à 100 fr.
Le rendement total brut des 24 hectares de vigne est donc de 36,000 fr., c'est-à-dire de i ,500 fr. par hectare. Ce prix moyen ne baissera jamais Les faits accomplis depuis quarante ans le prouvent. La consommation continuera à progresser. L'insuffisance actuelle des récoltes de vin,
I qui oblige le commerce local à s'approvision- , en Touraine, en Bourgogne et jusque dans les ktrdeaux, aura peine à dlsparaitre. Le choix les cépages et les améliorations de la viticulture des vins encore plus recherchés. Enfin les enits et les facilités que le gouTernement ne manie donner aux vignerons, tout en assurant la l la pureté de leurs produits, porteront dans itier la consommation des vins de France à une 1 plus rapide que l'accroissenient de la produc-
iit brut de l'hectare de vigne est donc de six à us élevé en Champagne que le produit brut de : ferme; et on obtient ce résultat en moins de andis que plus de douze ans sont nécessaires Ire l'amélioration agricole. En portant à huit fois le de la richesse de la vigne, on reste donc aula vérité. Dans les localités où l'on ne cultive os cépages et par les plus mauvais procédés, la le la richesse de la vigne est encore de trois fois à la richesse des produits de la ferme. En effet, I que là où le vin vaut en moyenne i2 fr. 50 , la récolte moyenne par hectare est de ÇO hec- :st-à-dire de 750 fr., tandis que la moyenne de 3 ferme n'y dépasse pas 255 fr.
imparaison des produits bruts, la vigne a donc î puissance colonisatrice de trois à huit fois plus celle de la ferme : ce fait est incontestable. Du s'assurer qu'il ne s'agit point ici d'un paradoxi le, il Eufht de jeter un coup d'œil comparatif dation des vignobles et sur celle des fermes. Ici ilaïnes avec une petite oasis au milieu, là de ges entassés les uns sur les autres.
Prix comparatif de la main-d'ceaTre sur oo hectare de Tig^e et sur im liectare de ferme* — Il est facile de
se rendre raison de la différence que je constate par une considération autre que celle du produit brut. Le prix moyen de la main-d'œuvre de chaque hectare de ferme ne s'élève pas jusqu'à 25 fr. en y comprenant la culture, la récolte et jusqu'à la mise en état de vente des produits; tandis que le prix de la main-d'œuvre d'un hectare de vigne, y compris la préparation des produits pour la vente locale, ne peut jamais descendre au-dessous de 125 fr., et s'élève souvent, par exemple en Champagne, jusqu'à 400 fr. Ce qui revient à dire que la vigne nourrit de cinq à seize fois plus de bras d'ouvriers manuels que la ferme. Plus la culture de la vigne se perfectionnera, plus la colonisation viticole augmentera. La ferme subit, au contraire, une loi diamétralement opposée. Les batteuses, les moissonneuses, faneuses, etc., diminueront de jour en jour la main-d'œuvi*e agricole; et c'est là un véritable progrès, car à des produits à bon marché il faut des moyens rapides et économiques de production. Mais en diminuant la mamd'œuvre qui s'y applique, il faut reporter avec énergie celte main-d'œuvre sur des cultures plus riches, sous peine de dépeupler les campagnes et d'encombrer les villes.
InflocDce de la division de la propriété* — La division
de la propriété, depuis soixante ans, en fournissant un développement extraordinaire à la main-d'œuvre parcellaire des champs, a contribué par-dessus toutes les autres causes au développement de la population. Mais, si la division de la propriété a d'abord rendu l'agriculture plus productive, à son tour l'agriculture n'a pas tardé à ressentir le fardeau du grand nombre de travailleurs qu'elle avait à nourrir, et, pour produire plus et à meilleur marché, elle tend aujourd'hui à rétablir les grands espaces où elle puisse former des
iO CULTURE DE LA VIGNE.
assolemenls et promener à l'aise ses instruments perfectionnés et ses troupeaux; en effet, il faut de grandes exploitations pour multiplier les petits bénéfices.
Je le répète ici, et je le répéterai toujours : le pain et la fiande sont des conséquences, et non des principes de colonisation; ils constituent des nécessités et non des richesses; ils sont aux populations ce que le salaire est aux ouvriers, une dépense et non pas le trésor qui fournit la paye. La vigne, an contraire, est à la fois l'atelier et le banquier des vignerons ; elle nécessite et commandite autour d'elle la production du pain et de la viande, elle paye un large tribut à l'État, elle exporte au loin ses produits et elle trouve encore le moyen de rémunérer largement son propriétaire s'il est un véritable viticulteur.
Je terminerai ce chapitre par la démonstration sommaire de cette dernière assertion.
Frais et prodalls d'm bectare de vigne. — Pour préparer et amender le sol de façon qu'il reçoive une vigne dans de très-bonnes conditions; pour planter cette vigne, la cultiver et l'entretenir pendant six ans, il faut dépenser de 5,000 fr. à 6,000 fr, par hectare; rien de moins; car, s'il est vrai que rien n'est ruineux comme la culture économique, cela est plus vrai encore pour la vigne que pour toute autre culture.
Après six ans pendant lesquels l'intérêt de l'argent et la
main-d'œuvre sont payés, si les cépages sont bien choisis
et la culture bien suivie, la récolte moyenne sera toujours
Aa Aft liDciriljires dans les fins crus, et de 60 hectolitres
13 moins délicats. Les vins de la première caté-
ont, en prix moyen et en tous pays, plus de
'hectolitre; et les vins de la seconde catégorie
fr. 50 l'hectolitre, soit, en produit brut, au
OO fr. pour les 40 hectolitres de fins crus, et
750 francs pour les 60 hectolitres de crus ordinaires. De ce prix brut devront être retranchés 750 fr. de maind'œuvre, fournitures et entretien annuels pour les vignes de la première catégorie, et 575 fr. pour les vignes de la seconde catégorie.
Produit net d'un hectare de irlgne. — La vigne donnera donc toujours 750 fr. de produit net dans un cas, ef 375 fr. dans Vautre cas, c'est-à-dire plus de 12 pour 100 du capital avancé, ou plus de 10 pour 100, valeur du sol comprise. C'est, en effet, le revenu que les vignerons intelligents ou les propriétaires expérimentés obtiennent de la Tigne. Et je ne crains pas d'affirmer que ce revenu sera souvent plus que doublé par les améliorations faciles à réa* User dans la viticulture de tous les pays.