HUITIÈME ANNÉE, OU ÉTAT ADULTE ET COUPLET DE LA VIGNE
Tigne adulte. — A la huitième année, la vigne est arrivée à son état de perfection, et sa production est dans toute sa puissance. Pendant vingt ans à partir de cette année, la vigne, si on lui donne les amendements et les engrais nécessaires, maintient sa vigueur et sa fertilité dans tous les sols où elle n'a pas encore été cultivée. Au delà de trente ans la fécondité peut décroître et même s'éteindre sur certains sols, mais la période de production de vingt ans engendre des nchesses telles, qu'il n'est pas besoin de se préoccuper d'une éventualité, toujours rare, et que je crois impossible si de bons soins et une nourriture suffisante sont donnés à ta vigne avec régularité et persévérance.
En tout pays de la zone septentrionale, et aux pires conditions du sol, la vigne est faite à huit ans; sa culture, son entretien, ses produits, sont normaux, et les dépenses qu'elle nécessite annuellement sont, à peu de chose près, les mêmes chaque année.
Dans les régions moyennes, la vigne peut être faite à six ans, et dans le Midi, dans un bon sol et avec des soins intelligents, elle peut donner des produits réguliers à cinq
Frais d'entretien aimnel d*iin hectare de 'vig;ne adulte*
— Voici quels devraient être en moyenne chaque année les rais d'entretien d'un hectare de vigne faite^ plantée en fins épages et bien soignée, dans un terrain médiocre.
Sa nourriture devra être composée, pour une période de trois ans, de 60 mètres cubes de fumier, de 60 mètres cubes a amendements et de 60 mètres cubes de terres
neuves et végétales. Le fumier peut être estimé à 7 fr. Tamendement à 2 fr. 50, et .la terre à 1 fr. 50 le mèlro cube, mis en place, ce qui forme un total de 660 fr. pour le prix de ces trois éléments en trois ans.
Le fumier, ramendement et la terre coûtent donc,
par an, le tiers de ces 660 fr.; soit 220 fr.
Taille et sarmentage 40
Première culture, fonnation de billons et fichage. . 100
Entretien annuel des échalas et fils de fer. ... 65
Ébourgeonnages, liages et rognages 60
Trois binages 75
Vendange, transports, cuvage, pressurage, futailles
et soins, à 10 fr. Thectolitre ; pour 40 hectolitres. 400
Défichage, binage et remplacement 40
Total de la dépense de bon entretien et de production du vin d'un hectare de vigne. . . 1,000 fr.
Produit moyen annuel d'un hectare de Tig^ne a«kdte
sans paillassons. — Le produit moyen annuel d'un hectare de vigne non paillassonnée sera toujours, pendant les tingt années de pleine fertilité, de plus de 40 hectolitres, et, si le cépage de la vigne appartient aux fines espèces, chaque hectolitre ne peut, en moyenne, descendre à un prix inférieur à 50 fr.; ce qui donne un produit brut de 2,000 fr., et, défalcation faite de 1,000 fr. de frais, un produit net de 1,000 fr., représentant Tintérét à 5 pour 400 d'un capital de 20,000 fr.
Produit moyen annuel d'un hectare de vigne adnlle
avec paiUassons. — Si le système de préservation des gelées et autres intempéries est adopté, la récolte moyenne sera chaque année d'au moms 80 hectolitres, qui, à 50 fr. l'un, donnent un produit brut de 4,000 fr., et 2,100 fr. de produit net seulement, parce qu'il faut défalquer du produit brut ;
Les frais ordinaires, dont le détail est^ la page 1 97 Paillassons et leurs manœuvres. . . .
Vendange, cuvage, pressurage, futailles, soins et remplissage des 40 hectolitres en sus de la ré coite ordinaire (à 10 fr. rhectolitre).
Total
Défalquant cette somme du produit brut.
11 reste pour produit net.
1,000 fr.
1,900 fr. 4,000
2,100 fr.
Ainsi, dans la bonne culture ordinaire, sans moyens préservateurs, le produit net d'un hectare de vigne en fins plants sera toujours en moyenne d'au moins 1,000 fr., et, dans le cas du plus large emploi possible de moyens protecteurs, il sera au moins de 2,100 fr.
Prix de restent de l'hectare de Tigney après la sep-
Uèaie année. — Yoyons maintenant quel sera le capital avancé dont ce produit net de 1,000 fr. ou de 2,100 fr. devra couvrir l'intérêt. En voici le décompte approximatif :
Achat d'un hectare de icvrc. , .
1,000 fr
Dépense de 1" année
— 2* id
— 3* id
— 4- id
— 5* id
plus 200 fr., produit de la récolte de la 4* année.
— 6* id
plus 400 fr., produit de la récolte de la 5* année.
— ?• id
plus 800 fr., produit delà récolte de la 6* année.
Total de la dépense. • •
5,750 fr
-plus les intérêts de toutes
ces dépenses, c'est-à-dire à peu
près 1,200 fr., lesquels sont complètement remboursés par le prix de la récolte de la septième année, dont la valeur est de 1 200 fr. au moins.
Dans ce décompte la valeur de Thectolitre de vin u'est portée qu*à 25 fr., parce que, la vigne n'étant pas faite, la qualité du vin est inférieure de moitié à ce qu'elle sera plus tard, le vin n'ayant toute sa valeur que lorsque la vigne qui le produit date de la huitième année.
Reodemciit net de la ^viçne poor le propriétaire. —
Le capital déboursé est donc à peu près de 6,000 fr., et le revenu moyen assuré est de 1,000 fr., c'est-à-dire d'environ 17 pour 100.
Si Ton a recours aux paillassons protecteurs à partir de la quatrième année, le capital avancé devient moindre, puisque l'augmentation des récoltes, pendant ces quatre ans, représente un chiffre de 2,500 fr., et que la dépense des paillassons et de leurs manœuvres n'est que de 2,000 fr. pour les quatre ans.
Le rendement moyen des vignes à fins cépages, avec le plus large emploi des moyens protecteurs, sera donc toujours de 35 à 40 pour .100 des avances faites par le capitaliste.
Beademeot de la 'vig^ne pour le vigneron» — Si C est le
vigneron qui plante et cultive lui-même sa vigne avec sa famille, les résultats sont bien plus avantageux pour lui: car, pendant les sept premières années, la main-d'œuvre figure pour une somme de près de 3,000 fr. dans ravance du capital. Un vigneron pouvant disposer de 2,000 à 3,000 fr. peut donc entreprendre pour son compte la plantation d'un hectare de vigne, et en tirer, par son travail, de 1,500 à 2,500 fr. par an, à partir de la huitième année.
Toutefois la condition absolue du succès réside, pour le vigneron comme pour le capitaliste, dans la culture des plus fins cépages, capables de produire des vins d'une valeur réelle et moyenne de 50 fr. l'hectolitre (50 cent, k
litre, 40 cent, la bouteille). Tous les âm cépagei MC, où la TJgne peut mûrir ses fruits, produiroi d'uD pris moyen plus élevé et d'une vente certs tout avec le nouveau débouché ouvert aux vins pai de commerce qui a été conclu en ISf^O avec l'Angl