TAILLE
NéeeaÊàté de laisser A chaque cep, tons les ans, une branche * fruit et une branche é. bois. — Une SOUche,
occupant avec ses racines un mètre carré de sol, peut entretenir des rameaux qui couvriraient une bien plus grande superficie ; donc, pour dompter l'expansibilité de la vigne et conserver la fécondité dans ces limites d'un mètre carré, il faut que la taille intervienne encore avec énergie et saga* cité; il faut, pour ainsi dire, satisfaire la nature en la trompant, comme on satisfait l'activité d'un écureuil en le laissant courir dans une cage tournante qui n'est guère plus grande que lui. On sait que les arbres abandonnés en plein vent n'ont presque besoin d'aucun soin, tandis que les
arbres en quenouilles, en espaliers ou en coraons ont besoin de tout l'art de Tarboriculteur. Il en est de même pour la vigne.
TaiUe sèche oa dliivw. — Chaque souche, selon son âge et sa vigueur, peut produire, par période de végétation annuelle, de quatre à six sarments de 1 mètre et plus de longueur. A la taille d'hiver ou taille sèche, la plupart de ces sarments doivent être abattus complètement et le plus près possible de la souche; mais deux sarments au moins doivent être conservés : Tun rogné à deux ou trois yeux de la souche; l'autre, maintenu à une grande longueur, et, mieux encore, à toute sa longueur. C'est ce dernier sarment, laissé tous les ans au printemps et abattu tous les ans pour être remplacé au printemps suivant par un autre sarment pareil, qui satisfait à l'activité de la vigne en lui laissant la plus grande allure possible, c'est-à-dire toute la longueur du bois qui a poussé Tannée précédente.
Les gravures 1 et 2 montrent les principes et les effets les plus parfaits de la taille. Une branche à bois CD (grav. 1) a produit quatre sarments : un de ces sarments, CE, le plus rapproché de la vieille souche, sera taillé en E à deux yeux pour reproduire de deux à quatre sarments, suivant la vigueur de la vigne, et les pampres qui devront constituer ces sarments seront élevés et soutenus contre un échalas de 1"* à 1".25; des trois autres sarments, on choisira, non le plus gros, mais un sarment de grosseur moyenne, à nœuds saillants, le plus propre à prendre la position horizontale, DF, par exemple, pour en faire la branche à fruit A'B' (grav. 2) : quant à la vieille branche à fruit AB, elle devra être coupée à son point d'insertion sur la souche.
Cette taille, la plus propre de toutes à assurer la fécondité de la vigne et à entretenir sa vigueur, est d'une grande simplicité, et peut être maintenue avec une facilité merveil-
- AB, branchï 1 fr
leuse chaque année; elle s'adapte parfaitement aux vignes cultivées en lignes, et si parfois la branche à bois n'a pas donné ses sarments et que la branche à fruit se soit emportée, un ravalement intelligent a bientôt rétabli dans l'état normal le cep dérangé.
Cette méthode, que je recommande parce que je Tai pratiquée avec un succès incontestable, n'est point nouvelle : elle est appliquée de temps immémorial, mais sans principe et sans règles fondées. Les sarments laissés de toute ou de presque toute leur longueur, plies en cercles et rattachés au cep, courbés en arc et piqués en terre, couchés horizontalement et attachés près du sol sous les noms de pleyons^ picSj raquettes y longs bois y verges , hastes^ courgées^ etc., etc., ne sont autre chose que des branches à fruit, comme celles que je conseille, et les coursons ou crochets représentent parfaitement mes branches à bois. Je n'indique rien de nouveau, je mets en ordre et en lumière les meilleures pratiques en expliquant leur raison d'être.
Rapports entre la production dn bois et la production
dn frnit. — Dans la vigne, comme dans les arbres fruitiers, plus la taille est courte, plus les jets de bois sont vigoureux et le fruit rare ; plus la taille est longue, plus les fiiiits sont abondants et les pampres faibles. La taille à un courson et à un long bois répond parfaitement à la prO' duction vigoureuse du bois et à la fructification régulière de la vigne, surtout si la longueur de la branche à fruit est proportionnée à l'âge et à la vigueur du cep : Texpérience et l'observation peuvent seules guider le vigneron à cet égard; tant que la branche à bois donne des jets suffisants pour la taille de Tannée suivante, le vigneron peut allonger sa branche à fruit; aussitôt que ces jets faibUssent, la branche à fruit doit être tenue plus courte.
Cette distinction de la branche à bois et de la branche à
fruit est loin d'être absolue pour la vigne comme elle l'est pour la plupart des arbres fruitiers. En fait, tout franc bourgeon d'un sarment de Tannée contient toujours le fruit fit le bois depuis la base du sarment jusqu'à son extrémité. On peut toujours compter que deux ou trois grappes existent à Tétat d'embryon dans chaque bourgeon; parfois cependant il n'y a qu'une seule grappe ': l'absence complète d'embryon est une rare exception, et quand la vigne n'offre pas de montre^ c'est-à-dire lorsque le bourgeon à son développement apparaît sans grappes, c'est le résultat d'un avortement interne produit par causes extérieures ou par maladie.
Théorie de la taiUe. — Si chaque franc bourgeon contient en moyenne ses deux grappes, pourquoi s'embarrasser d'une longue branche à fruit portant huit à douze bourgeons, au lieu de laisser seulement de deux à trois bourgeons sur quatre coursons ? Pourquoi la taille à long bois au heu de la taille en tète de saule? Pourquoi une branche à bois et une branche à fruit?
C'est là la question fondamentale delà culture de la vigne en plein champ; c'est pourquoi je m'arrêterai quelques instants pour la traiter.
Dans tous les cépages, l'observation montre que plus les bourgeons s'élèvent vers l'extrémité du sarment, plus l'embryon du fruit y est vigoureux et mieux il y est conservé : il n'est aucun vigneron, aucun jardinier, qui n*ait constaté que les grappes ne manquent jamais aux bourgeons terminaux des sarments, et qu'elles s'y développent plus abondantes et plus grosses qu'en aucun autre point de sa longueur. Il n'est aucun viticulteur qui n'ait pu remarquer que les grappes manquaient souvent aux bourgeons inférieurs, ou cp' elles y étaient souvent réduites à un très-petit volume et même à quelques grains, surtout dans les cépages
délicats et de qualité supérieure. Ce fait a tellement frappé les viticulteurs, qu'ils ont arraché leurs plus fins cépages, pour les remplacer par des espèces qui fissent exception et leur donnassent des raisins malgré le procédé barbare em« ployé pour les tailler. Le gamai et quelques autres cépages aussi grossiers ont en effet ce singulier privilège de pousser des grappes jusque sur la souche; franc bourgeon, contrebourgeon, troisième bourgeon, tout, dans le gamai, porte un ou plusieurs embryons vivaces; quelles que soient les intempéries de rhiver, malgré les gelées de printemps, que la taille soit longue ou courte, le gamai produit presque toujours.
£h bien, les plus fins cépages possèdent autant de fruits et peuvent en fournir autant que les cépages les plus grossiers, seulement ils ne les portent pas à la même place et ne les donnent pas aux mêmes conditions de taille : c'est vers les parties élevées du sarment qu'ils ont leurs plus beaux embryons, c'est loin du sol, au-dessus de Thumidité et des neiges qu'ils les conservent pendant Thiver : c'est sur ces sarments abaissés en bonne saison, et de toute leur longueur, qu'on fera une abondante et précieuse récolte. Si l'on ne veut que quatre bourgeons fructifères sur un sarment de 1 mètre, il vaut mieux couper, ou, selon l'expression des jardiniers, éborgner les bourgeons les plus rapprochés de la souche, etlaijsser les quatre bourgeons extrêmes, que de tailler le sarment à quatre bourgeons de la souche. Ces quatre premiers bourgeons seront presque toujours stériles dans les fins cépages, tandis que les quatre derniers seront toujours fertiles.
Quand un vigneron taille sa vigne en coursons ou crochets à un ou deux yeux, il est assuré de jeter bas sa plus belle récolte, et il est loin d'être certain (même pour le gamai) de rien conserver qui soit d'un bon produit : c'est la
rigueur de la saison d'automne et d'hiver qui stérilise les bourgeons inférieurs des sarments, et c'est la serpette du vigneron qui jette bas la récolte échappée aux intempéries : tel est le secret de la montre ou de Tabsence de montre des vignes.
D'après ce qui précède, il est facile de comprendre Futilité d'une branche à fruit, c'est-à-dire d'un sarment conservé dans toute sa longueur; il est facile aussi de voir que ce sarment, devant être retranché tout entier l'année suivante, ne peut nuire à la régularité de la conduite de la vigne, quand bien même il porterait ses fruits à son extrémité la plus éloignée du cep , mais, si cette branche doit tomber tout entière, il faut pourvoir à son remplacement par un sarment vigoureux : de là la nécessité d'une branche à bois, c'est-à-dire d'un courson qui produise avant tout des pampres suffisamment développés.
Avant d'aborder la question des pampres, je dois ajouter à la question de la taille sèche quelques considérations importantes.
Le sarment laissé de toute sa longueur, comme branche à fruit, n'est pas utile seulement parce qu'il porte les bourgeons terminaux les plus fructifères et les mieux préservés contre les alternances de l'humidité, des gelées et des frimas, mais encore et surtout parce qu'il satisfait à la constitution expansive et vagabonde de la vigne, et entretient ainsi sa vigueur, et, par suite, sa fécondité.
Certains cépages (et ce sont les plus fins) ne produisent constamment qu'à la condition de courir toujours.
En 1842, au mois de février, je montais au télégraphe de Poligny ou d'Athis, près de Semur, à travers des vignes qui me semblèrent étranges; elles étaient en lignes, soutenues par de petits échalas réunis par des perchettes : le long de ces palissades couraient sur terre des souches dont
plusieurs avaient jusqu'à 20 mètres de long; elles mar« chaient réunies de place en place en faisceau commun par une hart d'osier, et n'offraient, dans leur longueur, aucun sarment; chacune des souches ne portait généralement que sa broche terminale, et parfois un courson tout auprès : de telle sorte que chaque cep ne produisait sa végétation et son fruit qu'à 10, 15 ou 20 mètres de son pied.
J'accomplis mon ascension au télégraphe, et, en redescendant pour revenir à Semur, j'étudiai de nouveau cette singulière disposition, et je vis bientôt qu'elle n'était pas générale. Plusieurs vignes étaient taillées sans souche et très-près de terre. J'accostai successivement trois vignerons, et tous trois s'accordèrent à répondre ainsi à mes questions : a Les ceps que nous faisons courir sur terre sont des fins plants, et surtout des pineaux, qui seraient stériles si nous les tailHons court, et ceux que nous taillons court sont des gamais, qui produisent beaucoup, même quand ils sont toujours ravalés sur place. Les vignes à souche nous donnent d'excellent vin, et en quantité suffisante, parce que nous les laissons courir. » Arrivé à Semur, je me suis fait servir du vin de pineau sur souche, et je dois dire que nulle part je n'en ai trouvé de plus délicat. Je savais que les vignerons de Semur sont de fins observateurs, mais je n'appréciai pas alors, faute d'expérience, toute la portée d'une pratique qui me sembla d'abord très-gênante et tout à fait barbare. Pourquoi, me disais-je, ne pas faire courir sous terre ces souches dégarnies, aussi embarrassantes que laides? N'est-ce pas là ce que font les Champenois dans leurs riches et belles cultures de fins plants? Aujourd'hui, je comprends que les Semurois ne voulaient pas gâter leur raisin par les colliers de racines ajoutés chaque année le long d'une souche souterraine; enterrer la souche, lui faire prendre racine, c'est la supprimer, c'est amener chaque
année, dans le fruit, des fluides aqueux mal élaborés, c'est rajeunir le cep annuellement.
La branche à fruit sur souche résout seule toutes les difficultés de quantité et de qualité réunies dans une culture uniforme, simple, propre et facile.
La stérilisation de la vigne par la taille courte ou en tête de saule est facile à comprendre : quel est le jardinier ou le plus simple cultivateur qui serait surpris de ne point récoller de groseilles sur un groseillier dont il ravalerait tous les ans les branches à deux ou trois yeux de sa tige? de ne point récolter de noisettes sur un noisetier, de cerises sur un cerisier, traités de même? Chaque végétal a son arborescence et son expansion propres, et la vigne est loin de faire exception. Le savant Payen n'admirait-il pas, il y a quelques semaines, qu'un cep de pineau, parfaitement stérile tant qu'il avait été tenu court, fût devenu tout à coup d'une fertiUté remarquable lorsqu'il avait été lâché en treille? Ce fait, observe par un savant non moins renommé, H. Becquerel, et par conséquent d'une exactitude incontestable, contient toute la théorie que j'expose, et la pratique que j'ai suivie el que je conseille n'est que son application.
l^poqae de la (aOie. — Si cette taille de la branche à bois et de la branche à fruit sur souche est admise, à quelle époque convient-il de la pratiquer? Tard en saison; le plus tard possible, si Ton veut savoir ce que l'on fait, et surtout être assuré de la montre.
Si Ton doit appliquer des moyens réguliers de protection contre les gelées du printemps, la taille doit être faite quelques jours seulement avant le renflement et l'épanouissement des bourgeons, c'est-à-dire en général du 15 mars au 15 avril sous le cHmat moyen de Paris.
Pleurs de la taille. — On ne doit pas Craindre les pleur:!
de la taille; ils n'épuisent la vigne en aucune façon : Teau qui coule alors en abondance n'est point la sève, c'est le ruisseau où chaque bourgeon puise en passant, selon ses besoins, les éléments de sa sève; et, de ce que le ruisseau' court, il n'en devient ni plus faible ni plus malsain pour cela : les pleurs de la vigne prouvent simplement que les organes irrigateurs fonctionnent et qu'ils fonctiomient bien.
Sur les conseils de M. Dugué, ingénieur en chef du dépar* tement de la Marne, homme aussi éminent dans la pratique que dans la théorie des sciences naturelles et mathématiques, j'ai fait, à Tégard des pleurs de la vigne, des expériences sur une grande échelle.
120 ceps du même âge, dans un même terrain, ont été taillés moitié à un courson et à un long bois, moitié à trois coursons à un et deux yeux, avant tout mouvement de sève; 60 ceps en ligne à côté ont été taillés à trois coursons à un et deux yeux, les pleurs de la vigne coulant librement et en abondance; 60 ceps traités de même ont été cautérisés au fer rouge de façon à arrêter tout épanchement. Enfin 60 ceps ont été taillés avec un courson et un long bois pendant la montée des pleurs. Les pousses et les fruits des ceps taillés par ce dernier procédé, comparés aux 60 ceps taillés longtemps avant le mouvement de la sève, n'ont présenté aucune infériorité à leur égard. Les ceps taillés court et cautérisés ont donné des pampres évidemment inférieurs aux ceps analogues non cautérisés, et ces deux séries n'ont presque pas donné de fruits comparativement aux ceps taillés à lona bois. C'est par ces expériences, et par un plus grand nombre d'autres observations aussi concluantes, quoique moins prédses, que j'ai reconnu, de façon à pouvoir l'affirmer, que l'écoulement des pleurs de la vigne est plus favorable que nuisible à la bonne vè^^éiation du cep.
Avantage de tailler au moment de l'ascension de la
ftéTe* — La taille au moment de la sève offre au viticulteur intelligent un avantage inappréciable : celui de pouvoir conformer l'opération à Télat des bourgeons et à leur degré de eonservation; combien de fois n'ai-je pas vu les trois ou quatre yeux inférieurs attaqués, détruits par Thiverl « Les vignes sont gelées d'hiver, dit-on alors, il n'y aura pas de récolte. » Mais jamais, dans ces circonstances, je ne les ai vues gelées, ni dans leurs parties supérieures ni dans la totalité du cep : comment ménager la production future, si la vigne a été taillée avant Tliiver, comment choisir les sarments les plus épargnés et les bourgeons les plus sûrs?
Dans tous les pays sujets aux rigueurs de Thiver, la vigne ne doit être taillée qu'au moment où la sève se met en mouvement, et ce moment serait, à mes yeux, encore prématuré, si l'on ne devait protéger, soit par des paillassons, soit par d'autres moyens, la vigne taillée.
En l'absence de tous moyens protecteurs, et dans l'intention arrêté** d'abandonner la vigne à toutes les chances du printemps, la taille peut être pratiquée sans mconvénient ni dommage, du 15 au 30 mai, après la sortie de tous les bourgeons. On peut alors, à son aise, choisir tous les fruits, et n'en laisser que la quantité convenable et proportionnée à la force du cep, comme cela se pratique d'ailleurs pour d'autres arbrisseaux à fruits.
J'ai expérimenté cette méthode en 1845, 1846 et 1847^ à Ârgenteuil, avec un succès complet et continu, sur 9 ares de vieille vigne absolument stérile, depuis quatre ans sous mes yeux, et depuis un grand nombre d'années au dire du vigneron. Au mois de mars, je nettoyais chaque cep de ses petits sarments, laissant de un à trois des meilleurs brins dans toute leur longueur. Puis je donnais une bonne cuK ture et je plantais les échalas en lignes, bien que les ceps ne
ussent point alignés, et j'unissais les échalas par deux rangs je fils de fer : du 15 mai ou 15 juin, suivant Tannée, tous les bourgeons offraient une pousse de 6 à 12 centimètres. les pampres stériles et les pampres fertiles étaient alors parfaitement distincts. La plupait des bourgeons terminaux (les quatre à cinq bourgeons supérieurs) présentaient leurs ieux grappes chacun, tandis que les six à sept bourgeons mférieurs étaient absolument stériles. Je choisissais une ou deux brauches à fruit que j'abaissais en les attachant horizontalement, ayant soin d'abattre toutes leurs pousses stériles, et je taillais un autre sarment, lui laissant ses deux ou trois pousses les plus basses pour le bois de Tannée suivante. Je rendis ainsi pendant trois ans une fécondité complète à cette portion de vigne. Les ceps, loin de souffrir de cette taille tardive, semblaient reprendre plus de vigueur d^année en année ; le raisin arrivait à maturité en même temps que celui des autres vignes, et le bois ne présentait aucune différence dans son aoûtage. J'aurais poursuivi Tépreuve indéfiniment, si 1848 ne m'avait détourné de cette étude pour d'autres études du même genre, beaucoup plus étendues en d'autres lieux.
A propos du choix des cépages, des engrais et des cultures superficielles ou profondes^ je reviendrai sur les expériences et les observations faites par moi aux environs de Paris en général, et à Argenteuil en particulier : car la plupart des exemples et des solutions pratiques de la viticulture se trouvent réunis dans les départements de la Seine et de Seine-et-Oise.
TaUie des pampres. — La conduite et la taille àe^ pampres sont des plus simples : elles se réduisent à ces préceptes : 1° arrêter toute expansion du bois dans la branche à fruit en pinçant l'extrémité de chaque pousse à deux feuilles au-dessus de la pluA haute grappe, comme Tin-
CCLTDRE DE LA TIGRK. 39
diqucntles traits ppppp (grav. 5), le long de la branche à fruit AB ; 2° exalter tes pousses de la branche à bois BC, c'est-à-dire en favoriser le développement, en les maintenant verticales le long d'un grand échalas, et en se gardant bien de les pincer ni rogner avant qu'elles aient dépassé cet échalas; 5' le long de la branche à fruit, de même qu'à la branche à bois et à la souche, jeter bas toutes les pousses stériles au gourmandes, tous tes pampres, en un mot, qui ne peuvent servir ni à la récolte de l'année ni à former le bois de Tannée suivante. (Grav. 3.).
GiiT. 3. — Cep en Tigdtiilici:
pfrr
Ëtaiocc e( rosange. — L'étalagej c'est-à-dire la suppression des taies ou pampres inutiles et gourmands, ainsi que le rognage des pousses après tes avoir ramassées et liée» autour de l' échalas, ont été pratiquées de tout temps, mais généralement après la floraison et sans autre but que de grouper les branches éparses. d'empêcher leur destructioF
4e CULTURE DE LA VIGNE.
çir le vent ou par les opérations de la culture, et de faire mieux pénétrer dans la vigne Tair et le soleil.
§ 7. — PINÇAGE.
Le pinçage, quoique inventé déjà depuis cinquante ans, n'a été bien étudié dans ses effets que depuis une quinzaine d'années, et Ton peut dire qu'aujourd'hui môme son application à la vigne est loin d'être générale. Pourtant les services tirés de cette opération faite avec intelligence et discrétion sont énormes; je vais essayer de les, faire connaître el de les expliquer.
Le pinçage est une opération qui consiste à arrêter Texpansion d'une pousse de Tannée en supprimant son sommet au moyen des deux ongles du pouce et du doigt indicateur. Le pmçage diffère du rognage en ce qu'il ne supprime que le bourgeon terminal du jeune rameau, alors que le bourgeon présente à peine le volume d'une lentille {pp^ grav. 5); tandis que le rognage supprime le quart, le tiers, la moitié d'un pampre tout venu, c'est-à-dire 20, 30 et 50 centimètres de ce pampre.
Le pinçage a pour objet : 1** d'empêcher les sucs végétaux de s'appliquer à la création et au développement exubérant d'un rameau dont le prolongement est inutile; 2** de reporter ces sucs sur les fruits, les feuilles et les bourgeons restants, de façon à en assurer la formation, à en augmenter le volume et à en activer les périodes d'évolution, de maturité et de perfection.
Le pinçage appliqué aux melons, aux petits pois, aux îomates et à un grand nombre d'autres productions potagères, a prouvé depuis longtemps qu'il remplissait trèsbien le double objet indiqué ci- dessus pour les plantes heiv bacées.
Dans Farboriculture, Argenteuil en a tiré le plus grand parti possible pour Texploitation des figuiers. Grâce au pinçage des bourgeons foliacés, les jeunes figues ne coulent pas, elles acquièrent promptement un grand volume; elles mûrissent plus tôt et sont plus riches en sucre.
Le pinçage appliqué à la production abondante et parfaite des figues est une pratique générale et très-ancienne à Argenteuil, et cette pratique est une des sources de fortune de ce riche et intelligent pays. Mais, si ses habitants savent si bien produire les figues, ils observent aussi toutes les conditions qui peuvent en assurer la beauté et la qualité : lorsqu'ils sont assurés de la montre de leurs figues et de sa solidité, ils abattent sans ménagement toutes les figues qui dépassent la quantité jugée suffisante pour Tétendue et la vigueur du figuier, et c'est par centaines, par milliers, qu'ils les sacrifient. Ces hécatombes se font également pour les pêchers et pour d'autres arbres fruitiers. Elles se feront également sur la vigne quand on osera lui laisser montrer toute sa fécondité, pour choisir ensuite à son aise la quantité et la qualité des fruits qu'on en veut obtenir.
Le pinçage a été et est encore appliqué à la vigne par des praticiens très-intelligents, il a été expérimenté et conseillé par de savants professeurs. Toutefois les lois de son application ne sont pas encore dégagées de toute obscurité : pour mon compte, voici les eflets que j'en ai obtenus et les conséquences qui me semblent devoir en êlre déduites.
Si l'on pince exactement tous les pampres d'un même cep sans en laisser un seul s'étendre en un long bois, toutes les grappes réussissent bien et la récolte est abondante la première année, si le nombre des grappes n'excède pas ce que le cep doit en porter, la seconde année, les grappes sont plus rares, plus claires et plus petites; la troisième année« le cep a perdu de sa vigueur et ses bourgeons sont à
peu près stériles. Il reste dans cet état les années suivantes, et ne reprend sa fertilité que lorsou'en cessant de pincer ses pampres ou le laisse se refaire. Plus le cep sur lequel on pratique le pinçage absolu est vigoureux, plus il se stérilisera rapidement. Il m'est arrivé de voir, dans cette condition, les seconds bourgeons sortir avec énergie, et emporter les grappes dans une végétation folle, malgré un second pinçage exercé sur leurs pousses ; en sorte que le pinçage, qui, pratiqué partiellement et sur une ou deux branches spéciales du cep seulement, s'oppose à toute coulure, devient parfois une cause de coulure s'il est appliqué au cep tout entier ; mais, dans tous les cas, le pinçage absolu et répété devient une cause de stérilisation et de dépénssement Onal.
Si Ton ménage, au contraire, d'une façon quelconque, mais surtout selon la méthode que je propose, la végétation normale du cep, en laissant les pampres acquérir toute la longueur que la première sève est capable de leur donner, l'opération du pinçage, pratiquée seulement sur la branche ou sur les branches à fruit collatérales et accessoires aux eeps, donne les résultats les plus favorables, et doit être pratiquée tous les ans sans crainte pour l'avenir. Dans cette condition, le pinçage Umite exactement la dépense des sucs végétaux à la nutrition, au développement et à la maturité des fruits, en leur fermant les débouchés et en rendant leur détournement impossible de ce côté. La branche à fruit, pincée dans tous ses pampres, peut être comparée assez justement à une lambourde de poirier ou de pommier, dont la seule fonction est de donner des fruits : cette branche à fruit devient en effet, par le pinçage, une véritable lambourde artificielle.
Aussi, fort de mon expérience, je n'hésite pas à dire aux vignerons : « Quel que soit votre mode de culture de la vigne.
€1 VOUS laissez de longs bois, des pics, hastes^ verges, courgées ou des ployons à vos ceps, pincez, à àtx^x feuilles au-dessus de la deuxième grappe, tous les pampres fertiles qui en sortiront, et abattez tous les pampres stériles ; puis soignez le cep principal comme à l'ordinaire. Par cette pratique vous pourrez doubler votre récolte. Si vous n'avez pas l'habitude des longs bois, adoptez-la sans hésitation et sans crainte ; le pinçage vous garantit que votre vigne n'en sera point fatiguée, et cette branche à fruit donnera la ré* «oite la meilleure et la plus sûre. y>
Je ne sais pas comment les sucs végétaux forment le bois «t les fruits, ni si c'est le même fluide qui peut engendrer les fruits et le bois ; mais il est certain, d'une part, que par ^es opérations chimiques on peut convertir le ligneux en sucre, et que la nature, à une certaine époque de la végétation, convertit le sucre des graminées en fécule et en ligneux; il n'est pas moins évident, dans l'arboriculture, que l'abondance du fruit se produit au détriment du bois et que l'exubérance du bois exclut la grande production du fruit, n y a donc au moins un rapport et une solidarité incontestables entre ces deux produits, en apparence si différents : et c'est sans doute en arrêtant le développement exagéré des pampres que le pinçage fixe la grappe, l'empêche de couler, la fait grossir et mûrir plus tôt,
n est facile de s'assurer d'ailleurs que le prolongement des pampres au-dessus des fruits est une perte réelle de Bucre, puisque ces pampres, piles, réunis en masse et mis en tonneaux, fermentent et produisent une certaine proportion d'alcool.
Je placerai ici une observation que tout vigr.eron a pu faire, mais qui n'a jamais été exprimée de façon à fixer l'attention des savants : un bourgeon qui sort d'une vieille souche et produit un beau sarment ne donne jamais de
fruit la première année. C'est une branche gourmande pour la vigne. De plus, ce gourmand, ijuoique d'une belle et saine végétation, ne porte lui-même encore aucun sarment à bourgeon fertile : c'est du bois seulement qui sortira de ses bourgeons; ce n*est qu'au troisième bois sorti de la vieille souche que le fruit sera produit. La conséquence de ce fait me parait importante en ce qu'elle tend à montrer qu'il existe, dans le sarment même, des prédispositions ou des éléments essentiels à la production du fruit. Le vieux bois ne possède plus ces éléments, le bois de deux ans lui-même ne les a déjà plus. Le sarment de l'année les possède seul, et il les possède plus vers ses extrémités élevées que dans sa partie la plus rapprochée de sa souche mère. Certains sarments de l'année, que les vignerons connaissent bien, sarments très-gros, à canal médullaire très-développé, à nœuds très-éloignés et à tige très-droite, semblent aussi de vraies branches à bois; leurs bourgeons sont rarement fertiles, et le bon vigneron ne les conserve pas; il leur préfère avec raison les sarments moyens à bourgeons très-renflés et à intervalles grêles.
Ces faits ne sont point étrangers à la théorie du pinçage, parce qu'ils établissent nettement que, s'il est possible de détourner au profit de la fructification une portion des sucs végétaux qui seraient perdus en bois surabondant, il ne faut pas moins songer à préparer des bois bien constitués et dans les conditions physiologiques indispensables à la production du fruit. La question du bois doit même dominer dans Tart, comme elle domine dans la nature : car la nature, dans les végétaux abandonnés à eux-mêmes, subordonne toujours la fructification à l'arboresceacc norwale et complète. Chaque espèce d'arbre a ?îon arborescent^ spéciale à former avant de pouvoir produire son fruit : c'est-à-dire qu'il lui faut une certaine étendue et une certaine qualité de rameaux indispensables à la fructification. La vigne ne ce
maintiendra fertile et vivace qu'à la condition de produire sans cesse de longs bois nouveaux chaque année.
J"ai pratiqué le pincage en grand pendant plusieurs années sur les branches à fruit qui toujours présentaient une production moyenne de dix à vingt belles grappes, sans que le cep qui les portait et se développait librement à côté parût diminuer de vigueur. L'expérience faite sur un grand nombre de ceps m'a montré, au contraire, que la branche à fruit, sans Topéralion du pinçage, épuisait promptement la vigne si tous ses pampres réussissaient à porter fruit et n'étaient modérés que par un rognage tardif.
Le premier pinçage doit être pratiqué aussitôt que deux petites feuilles se sont développées au-dessus de la deuxième grappe, et au-dessus de la cinquième ou sixième feuille s'il ne se montre qu'une grappe au pampre ; l'époque la plus convenable pour le pincase varie du 15 au 50 mai dans les vignobles du nord de la France, et du 15 avril au 1*^ mai dans le Midi : la règle de son application, aussitôt l'épanouissement de deux feuilles au-dessus de la deuxième grappe, est d'ailleurs précise et ne laisse aucune incertitude sur le meilleur moment de pratiquer le premier pinçage en tous pays. Les pinçages qui suivent celui-ci, le premier est le plus important, s'appliquent à tous les contre- cœurs ou sous-bourgeons de la branche à fruit auxquels on ne laisse que deux ou trois feuilles, au moment des accolages, des cpamprages, des rognages, et toutes les fois qu'il faut donner* à la vigne une façon d'été, le précepte rigoureux étant de ne jamais laisser la sève se perdre en produisant des pampres inutiles.
n ne faut jamais abattre, en les désarticulant du sarment qui les porte, les contre-cœurs ou sous-bourgeons sortis le ^ long des pampres, mais il faut seulement les pincer ou les casser en leur laissant deux ou trois feuilles. Cette petite
éve dans le hcuton qui se prépare à sa hase vante : ce bouton sera plus gros que les era toujours des embryons fructifères d'une