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LES TUMEURS CLASSIQUES

Il existe un certain nombre de tumeurs, la plupart provenant d'animaux expérimentaux, qui à force d’avoir été longuement étudiées, dans la mise au point de la technique de la culture du cancer, ont fini par devenir courantes dans les recherches cancéreuses. Ce sont, d’abord, les tumeurs qui ont été employées à cause de la facilité avec laquelle on à pu se les procurer et leurs rapports avec les installations de laboratoire, telles par exemple, le sarcome de Rous ou les tumeurs des petits rongeurs, le rat ou la souris, chez lesquels les tumeurs spontanées, souvent transplantables et souvent compliquées dans leurs aspects héréditaires, offrent néanmoins un choix énorme de variétés, et dont les sarcomes et le carcinome d'EnRLicH, les sarcomes de JENSEN, de la Fondation CROCKER, le carcinome de FLEXNER-JOBLING sont Îles mieux connues dans la littérature et dans les laboratoires. D’autres tumeurs, les sarcomes de WALKkER ou le carcinome de WALKER sont in- Léressants à cause de l’aspect des cellules, et les auteurs qui les ont cultivées ont pensé qu’il valait la peine de rechercher les techniques nécessaires à leur culture.

Ces tumeurs ont le droit d’être citées ici parce que la technique de leur culture est arrêtée dans tous ses détails. On peut désormais prendre ces tumeurs, les mettre en culture suivant la technique indiquée, sachant que les résultats seront invariables. On peut profiter de toute l'expérience de nos devanciers en matière de connaissances physiologiques et cytologiques. On peut donc employer ces résultats définitivement acquis, pour toute recherche pratique ayant pour but une idée générale scientifique pure, biologique, étiologique. histogéné-

tique, voire thérapeutique.

Pour les autres tumeurs, spéciales aux laboratoires, elles ont été sûrement aussi longuement cultivées ; les détails de leur culture ne sont pas moins bien connus. Mais ces tumeurs sont l’objet de recherches spéciales dans les laboratoires dans tout le monde, et elles sont indiquées dans la littérature par des numéros parfois astronomiques. On n'indique, très souvent, ni la description anatomo-pathologique de la tumeur d’origine, ni les détails de la culture. Souvent, on ne les cullive que pour vérifier les connaissances générales acquises avec les autres tumeurs.

Le sarcome de Peyton-Rous de la poule.

La première tumeur de PEYroN Rous avait été découverte chez une poule de Plymouth Rock, sa malignité, relative, étant limitée aux poules de cette espèce. Mais bientôt, à force de la transplanter, sa malignité augmenta, et on put l’inoculer à toutes les poules. Sa spécificité, d’ailleurs est restée limitée aux poules. A présent, cette tumeur est d’une très haute malignité, tuant en 3-6 semaines, avec cachexie marquée et métastases pulmonaires, musculaires, cardiaques, péritonéales, de l'ovaire, etc. Son infiltration et sa diffusion sont nettement visibles, mais le plus souvent la tumeur est nodulaire, atteignant la dimension d’une orange au moment de l’aulopsie. L'examen microscopique montre une tumeur polymorphe, avec présence de cellules fusiformes et cellules rondes, infiltrant les tissus normaux. Les métastases reproduisent cette structure (ROSKIN).

Il est important, à ce point, de se rendre compte des théories prévalentes au moment de la découverte de cette tumeur. MORAU avait, le premier, en 1894, réussi à transmettre par greffe des tumeurs chez la souris. LEO LOEB (1901) et JENSEN (1902) réussirent, de même, les premières greffes chez les rals. Le nombre de tumeurs transplantables s'est rapidement multiplié. BORKEL, BASHFORD, EHRLICH n'avaient

Jamais pu trouver une action de filtrat acellulaire de ces

tumeurs, et ces auteurs soutenaient l'intégrité de la cellule vivante, parasitaire, comme facteur unique dans la production du cancer. Ils fondèrent, avec ceci, la théorie parasitaire du cancer, la cellule cancéreuse étant une cellule étrangère à l'organisme, pouvant vivre et se multiplier dans son milieu comme un parasite. Mais les travaux de IRWIN SMITH sur Îles Lumeurs infectieuses produites par le B. tuméfaciens chez Îles plantes tendaient à lui substituer une théorie bactérienne qui, ne pouvant pas se généraliser, non plus, à force de ne pas pouvoir toujours mettre en évidence un agent causal, avait donné lieu à la supposition que cet agent pouvait avoir une nature virusale, être un virus filtrant, tel que ceux des maladies infectieuses.

Le sarcome de Rous venait comme une aubaine pour expliquer cette théorie. Cette tumeur, transmissible par greffe, donnaient des filtrats au Berkefeld, acellulaires, capables de provoquer une tumeur en inoculation dans l’organisme. La tumeur était aussi produite en inoculation de la poudre desséchée depuis un an. D’ailleurs, ce n’était pas un fait isolé. Presque simultanément, FUJINAMI et INAMOTO découvrirent pareil fait pour un myxo-sarcome de poule, transmissible par extrait filtré, tumeur décrite plus loin sous le nom de myxo-sarcome de KimuRA. Les découvertes de cette nature se succédèrent, toujours dans le domaine de la poule — ostéochondrosarcome de Rous, MurPHy et TITLER, autre sarcome fusocellulaire de Rous et de BEGG, endothéliome de MurRaAY et de BEGG, etc, etc. En même temps, on découvrit que Îles leucémies étaient transmissibles par extrait filtré (ÉLLERMAN et BANJO 1910), que travaillent aujourd’hui OBERLING et GUÉRIN, FURTH et Sruggs, ROTHE et ENGLEBRETH-HOLM, qui apparentent les leucémies aux sarcomes.

Marquons tout de suite notre hésitation, après CARREL, F1s- CHER, BISCEGLIE, DEMITH, BURROVWS, BRISTOL, DES LIGNERIS, EPHrussi et d’autres, à appeler ce principe transmissible un virus filtrable. La bactériologie a consacré ce nom pour indiquer un organisme infiniment petit et vivant. Les indications obtenues jusqu'ici n’indiquent pas une nature vivante pour

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celte substance extraite des tumeurs. Adoptons, jusqu’à preuve plus conclusive, le terme de principe filtrant pour indiquer cet agent mystérieux.

Disons aussi tout de suite que les caracteres de cette tumeur de Rous, ou des «autres lumeurs malignes à principe filtrant, ne permettent en rien de les distinguer des tumeurs malignes où cette substance ne peut pas être mise en évidence, voire les tumeurs des mammifères et les tumeurs humaines. On aurait cru, d’abord, que toutes les tumeurs de poule possèdent ce principe, mais on découvra bien d’autres tumeurs qui ne l'avaient pas. De plus, à part les verrues infectieuses et cerlains papillomas infectieux, on a maintenant une tumeur de lapin, où ce virus se retrouve, le papilloma de Shope. Cette tumeur est un papilloma typique du lapin des champs, qui a été greffé en série chez le lapin domestique. Elle a été très travaillée par SHOPE, ROUSs et BEARD et dans la plupart des laboratoires, par son intérêt comme étant la première tumeur lypique de mammifère transmissible par principe filtrant. Ce papilloma montre une progression vers le carcinome, progression rapide qui donne après quelques mois, plus de 20 % de carcinomes. FAULKNER et ANDREWES (1935) ont cultivé in vitro un fibro-papillome de ce genre et ont trouvé la persistance de production du virus. En plus, ils ont pu trouver l'existence d’un virus provoquant l’inflammation purer'et simple.

Il paraît, ainsi, qu'il ne faut pas, pour le présent, faire de distinction entre les différentes tumeurs possédant ou non ce principe, très labile, et se détruisant facilement. La similarité de cytologie et d'évolution font que toutes ces tumeurs sont des cancers. Il semble bien aussi que des substances inertes peuvent produire lous les mécanismes depuis la nécrose et la fermentation, jusqu’à la prolifération, en passant par l’inflammation, et nous croyons, avec le Professeur Roussy, que non seulement le cancer est une maladie commune aux hommes et aux animaux, ayant de mulliples causes et une diversité de formes analomo-cliniques groupant des maladies

étroitement apparentées, mais qu'à ces multiples causes répond un processus unique.

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